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Full text of "Histoire des nobles prouesses et vaillances de Gallien restauré, fils du noble Olivier le Marquis, et de la belle Jaqueline, fille du roi Hugon, empereur de Constantinople"

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HISTOIRE 

DES NOBLES 

PROUESSES 
ET VAILLANCES 


G AL L I EN 

RESTAURÉ, 

Fils du noble, Olivier le Marquis, et de la belle Jacqueline % 
fillê. du Roi Hugon , JEmpçjfeïur.de Çonstautiàople* 

v .■ - 7 § , ♦ . !\ ^ ■.. • - 

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P ILLOT, LugrimeuT-Libraire, t*tie défc Pi'éttes, près «U 1? 

Petit*-Plac^. Oîgitizécfby CSOOQ 

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PROLOGUE. 


"TiOun éviter oisiveté , «f pour mettre plusieurs mélancolies hors de 
'*- cœurs , mondains , abandonnés et livrés à plusieurs folies pi 

faute d'instruction , ri avoir aucun passe - temps après vos réfections 

considérez -que le temps passé vous vous êtes occupés à plusieurs jeux r 
diveri ébattemens ^ à <camse que vous n'aviez pas abondance de livres , /> 
yuo/ v ous pourrez voir en ceprésent livre appellé Galien Rcstnuré f lequel fut 
Jlls du comte Olivier , marquis , qui par ses belles prouesses et les merveilleu 
faits d'armes , a réduit toute la sainte foi chrétienne. Pour vous en parler pl' 
•amplement je vous dirai la pure vérité * cor autref ois en a été fait un Romi 
auquel il n'y avait pas le quart des faits de Gailinn, Cependant j'ai tant fa 



la chrétienne té , après la mort des douze Pairs de France , et fut icelui Gai 
i lien engendré de Jacqueline^ fille du Roi Hugon 9 Empereur de Gonstanti* 
nople \parsi plus amplement vqus pourrez voir . Par*quoi si vous trouvez quel 

5 ques fautes à la lecture , veus veuillez excuser le Translateur , parce qu'il ri\ 
a personne qüi soit exempt d'en faire. J'ai translaté ce Roman des rimes et 
proses , afin que plusieurs y prennent plaisir % à cause que Us CîlUndci 

6 nom. de divers opinions et fantaisies* 






CHAPITRE P R E M I E R, 


Comme aptès que tempereur Charlemagne eut défait beaucoup Je 'tune et de 
Payens t et mis aussi plusieurs Royaumes en sa puissance , » mit en chemin 
pour aller visiter M saint Sépulcre dt Notre-Seigneur Jaut-Ckrist en Jérusalem* 


Villes et 


gracts que 
b en Jéru¬ 


salem. Environ la fête de i*Ascension , Lharkmajnie tint cour plenière à Paris, 
l laquelle était Roland, neveu de Charlemagne, Olivier le Marquis, et plusieurs 
traodsseigneurs et barom , comme Allemands, Flamands, Frisons, Biemois, 
Limousins et plusieurs autres nations étrangères 9 lesquelles feraient longues à 
^conter, et là fut un grand festin. 

Charlemagne dit à haute voi* devant tous les assistons qui étaient assemblés en 
>a présence, vous savez qu’avons la merci du Sduveur du monde, conquis à 
iorco d’armes jusqu es de la Lepre Noir on , et en maints pays et places ayons fait 
plusieurs grandes destructions. Outre plus, vout savez qu 1 !! n*sst homme sur la 
torreptys puissant que moi, ni qui a tant d’amis. La reine qui était là présente, 
>yaqt les paroles de Charlemagné, commença à dire : Stre empereur, en- 
tondc* ma parole ; vous dires que vous êtes le plus puissant elle plus riche qui 
toit au monde, sachet qu'il y a un roi, lequel est plus puissant sans compa¬ 
gnon* Quand Charlemagne entendit parier la reine, en >oo cœur fut cour¬ 
roucé, et dit t Dame, je tVons prie que disiez quel est ce roi qui est ptus puis* 
Uujt que moi, car îe promets à Dieu que quand je serai de retour du voyage 
'me j’ai entrepris, que jesuis délibéré de Palier visiter pour savoir sa puissance, 
lia r eine voyant le courroux de CbariemiMo » Jui dit ; Sire, je vous prie 

•«SR.aF' s». 1 » «as A * 


--7 --T •"T 

dires que vous êtes le plus puissant elle plus riche qui 
ü’Ury a un roi, lequel est plus puissant sans compa* 


Di Quand' Charlemagne entendit parier la reine, en >oo cœur fut cour* 
f, et dit : Dame, je vous prie que disiez quel est ce roi qui est plus puis* 

^ •_^ __i rv__> —__i : ^ __• _i* _ 






















4 


Hiilpirc 


que ne preniez à déplaisir ce que je Tons ai éU , mais sachez que Um-j 
jours ai ovï appelle? 1 1 roi Hngen , empereur de Constantinople, le plus puis-j 
saut qu’il soft en tout ie monde. Et après que ces paroles, dites, Charle-1 
magne apptlla son neveu Roland, le comte Olivier et tous les autres Pairs de 
France, et leur dît* Seigneurs , je vous recommande mon pays, car j’ai résolu ; 
d’aller visiter le saint Sépulcre de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Et pourtant, 
l’jl y a aucun devons qui veuille faire le voyage avec moi, il me fera plaisir, 
et je, le récompenserai. Roland et Olivier voyant la volonté de Charlemagne, 
lui dirent i Sire, nous ne vous quitterons pas,.et tous les autres pairs dirent l 
de mêmej dont il |es remercia; il fit préparer son équipage, et aussi chacua 
des douze Pairs $é prépara, lesquels prirent congé des dames 'et darao»- ï 
«elles. Pensez que mainte pleurs et lamentations furent faits, lesquels se-: 
xoient bien longs à raconter. Aprèo le congé pris, il s sa mirent en chemin; ■ 
et tant exploitèrent par leurs journées, qu’us passèrent tout le pays d’Hon¬ 
grie, et le mojqt d’Aspremo.nt, qui est très-fort passage, et tant firent * qu’ils 
arrivèrent en Jérusalem. " » 

Charlemagne et le$ douze Pairs de France étenf en Jérusalem, connurent 
que Notre - Seigneur les avoit bien gardés , vûs les passages lesquels 
ils avoient passés sans avoir aucune contradiction.' Ils furent droit au 
Temple , oit étoit le saint Sépulcre de Notre - Seigneur , et y croyant 
entrer dans le Temple , trouvèrent les portes fermées avec de gros et , 
merveilleux Verroux de fer. Charlefoagne voyant qu’ils ne pouvoient entrer 
dedans, adressa sa parole vers la Mère de Je^us-Clirist, en disant : glorieuse 
IVlère du Sauvenr du monde, vous savez que j’ai laissé le pays de France, 
d’Allemagne, de Flandres, et plusieurs autres contrées , pour Venir visiter le! 
lieu où fut posé le précieux corps de votredoux enfant Jésus, je vous prié qu’il 
Vous plaise me faire la grâce que dedans ce Temple je puisse entrer avec tofif 
mes gens, afin que nous puissions honorer ce précieux Sépulcre. Et inconti¬ 
nent que Charlemagne eut achevé son oraison, les portes de l’Eglise s’ouvri-^ 
rent sans que mil n’y mît,lés mains. Lui connoissant le beau miracle 
entra dëvêtement, lg£>t tous ses gens dedans le Temple, et trouvèrent douze* 
chaises fçrt précieuses , et au milieu des douze chaises il y en avoit une qrô 
faisoit la treizième, qui en beauté passait toutes"les autres, e’étoit celle o4i 
Jesus-Christ s’assit, lorsqu’il ressuscita de mort à vie*. Chacun des dnuzéj 
Pairs, après qu’il eut honfiré ce saint lieu, ils se mirent en chacune des 
douze chaises, et le roi s’assit en celle qui étoit au milieu. Puis tous ensemble 
remercièrent Notre-Seigneur Jesu$-Chriat de la gracè qu’ils leurs avoit faite 
d’être venus en ce saint lieu. f En ce ce Temple entra un chrétien, lequel ^ 
meurpit en Jérusalem, ce chrétien regard oit très-volontiers Charlemagne, d 
ainsi comme il l’adipiroit, il vit sortir de sien visage une clarté reluisante, 
laquelle ressemhloit à un rayon du Soleil ; et lux «embloit que ladite clarté 
iliuminoit tout le Temple. Ce chrétien voyânt cette belle clarté qui softoit d« 
la bouche de ce noble empereur Charlemagne, plus il e’appliquoit à le coxh, 
sidérer. Lors compte il l'admiroit fut aucunement épouvanté, car il luisem- 
bloit qu’il fut transporté de son entendement, il sortit vilement hors du 
Tmplp, et courant vers 1« Patriarche de Jérusalem pour lui dire ce qu’il 


5 

Ct fit 


, de Calîien Restauré. 

i v 

•voit vfl au Teimplfe, de laquelle chose Iç Patriarche fuj Tort élonné, 
appeller tous les gens d’Eglise, ct le* fit vêtir très-honorablement d’ornemens 
très-riches, puis se mirent^ tous dévotement en procession', approchant vers 
ledit Temple, auquel étoit le nohle empereur Charlemagne, et les douze Pain 
de France. 

Charlemagne voyant l’honnêteté du Patriarche, et voyant aussi venir la 
.belle procession, se leva de sa chaise où il étoit ^fessis, et en s’humiliant vint 
ao-dtVant, accompagné des douze Pairs. Quand le Patriarche vit la grande 
humilité dV noble emperéur Charbemagnc , il le prit par la main et le leva 
emiablement. Comme il regardoit Charlemagne, i( vit une clarté qui étoit en 
panière de raye de Soleil, qui sortoît de sa tbouebe : Charlemagne leva les 
yeux vers le ciel, remerciant Not re-Seigneur de la grâce qu’il lui a voit donnée 
d’être venu en ce saint lieu. Après que le Patriarche 'eut vu cette clarté, ct 
<prti eut relevé le noble empereur Charlemagne, il lui demanda ce qu’.'I 
eoerchok et d’où il étoit , et quels gens il menoit avec lui. A quoi il répondit 
Charlemagne, qui étoit roi de France, et avoit avec lui son neveu Ro¬ 
land, Je comté Olivier et plusieurs autres barons, et qu'ils évoient venus en 
v ce pays pdnjr honorer le saint Sépulcre où fut posé le corps de Jésus-Christ. 
Quand le Patriarche l'entendit ainsi parler, très-honorablement le reçut ec 
les'régala environ l’espace de quinze jours dedans Jérusalem; puis Charle¬ 
magne fit requête 1 au Patriarche qu’il lui plût de lui donner des saintes 
fBeüques, et qft’ett : i’houneur d’icelles U feroit fonder de belles Eglises et 
fMonastères,Vil pouvait retourner en France A quoi le Patriarche répondit, 
jflue très - volontiers il le feroit, car biçQ savoit que s’il ne lui dounoit pas 
fral&oii gré, què^par force en prendroit, et qifil n’y avoit roi , ni duc en 
pHt le monde, à qui il en voulût donner, sinon à.lui ; dont l’empereur 
:-4a^triemagne , le remercia grandement du don qiftl lui aVoit offert. • 

î C H A P I T R E I I. 

Comme le Patriarche a fris qu'U eut reçu Charlemagne et ht dou{e Pairs de • 

■ France , lui donna plusieurs saintes Reliques , lesquelles furent mises dans 

■ an ' petit coffre tris-honorahUmtnt. Et comme ledit Charlemagne prit conge 
’ .‘dudit Patriarche. 

■ V. - g: ' ' 

: A Près que le noble empereur Cbarlemagde se fut reposé et rafraîchi environ 
, ^espace de quinze jours avec le Patriarche, il lui dit amiablent qu’il lui 
lui donner dès saintes Reliques : A quoi le Patriarche consentit , car 
‘Mrs fois avoit ouit parler de lui et des douze Pairs , et qu’ils étaient 
qui ’ nettoient peine d’exancer la foi catholique. Par quoi con- 
irent le bien qui étoit en eux , le mena au Tetnplè ei étaient I$s 
' Reliques , 'et donna à Cbarlemaguedu saint Suaire de Notre-Se#-’ 
d de sa ettetnise, aveo le* plat où ü mangea le poisson, la ceinture do 
“”4|i cqp ptêcieng Uit, du bras.de saint Siméon, ct du glorieux ami 



• . Histoire : i. I 

de Dieu falot Xadre,et plusieurs autres bettes et prérieuses Reliques, Jesqurifcf ; 
furent posées très - honorablement en uo petit coffre, dont Charlemagne le t 
remercia grandement, puis prit congé de lui 9< et, se mit en chemin pour s’en j 
retourner en If rance. Avant son département, le Patriarche dit à Cbarlemagor; 
très-noble empereur, vous savez que long-temps vous avez- prétend ti d'e* ■ 
>*lter et augmenter la sainte foi catholique 9 je vous prie que vous sojes 
sur vos. gardes ; car tes payons sont malicieux. Outre plus, vous êtes hors de 
votre pays, et ne connofesez pas les passages comme il faut. Si ainsi étoit; 
vous fissent mal, j’en «Crois fâché» Charlemagne voyant le bon amour 
u Patriarche, il le remercia, lui disant qu’il plaisoit au Sauveur du monde, ( 
qu'il lui plût faire cette grâce de retourner sans danger, que sitôt qu’il y se- 
roit, que jamais il ne cesserait qu’il ne les eût mis à mort , ou qu’ils renoD- 
cerorent à l eur loi et tiendraient la foi de Jésus* Christ : Desquelles paroles h 
Patriarche en fut fort joyeux. . 

Charlemagne se mit en chemin, ©t plus ne séjourna en Jérusalem, te Ps* 
triaicbe lui donna sa bénédiction: et à Dieu le recommanda, qu’il le vou¬ 
lût garder de tous dangers. 

Charlemagne trouva plusieurs fleuves à passer 4 mais- Not$$ Seigneur et les 
saintes Reliques qu'ilportoit, montroienM-elle vertu et puissance, que lui et 
sa suite pou voient passer sans danger, ni sans avoir navires, ni galères t ta 
tous les lieux où ils passoient é oient les aveugles illuminés, les bossus et 
contrefaits en belles statures, et plusieurs autres beaux miracles lesquels 
seiotnt longs à raconter. 


CHAPITRE I I U 


Comme Charlemagne tt Us dou[e Pairs it France furent assaillis dans un bois'% 
lequel conienoil deux journées à passer , par un Turc nommé B remonta lequel \ 
avoie bien vingt mille Turcs avec lui. j 

f^Harletnagne exploitait le pays au plus bref qu’il pouvoir, et tant cbe*J 
^ Vauéha qu’il arriva an un bois, lequel durôit environ deux journées n 
jpasser. Dans ce bois s’étoit embusqué un Turc nommé Brement, qui étoit Is^ 


" ana *iu ! i : i 1 ■■' tu ■ tu *-i ■ ■ 1 >i m ^n±rjm \ MTru m t/i »■ iffT »VTéiii T AalJI 


et les dtouze Pairs. Et comme Charlemagne fut environ la moitié du bois,* 
H regarda un peu à quartier èt ap perçût Tesditi Turc», dont il fur fort étonné,.! 
il commençai à parler à Roland son neveu, et lui dit »■ mon neveu, rege rdés4 
que de Turcs voilà devant boQs ; Hélas ! maintenant je vois que la noblesto 
de France sera mise à mort. Roland voyant le deuil de ion oncle., fut cour¬ 
roucé én son coeur et loi dit, mot) oncle, noyons déconfortez do rien, car uni** 

Î iie je tiendrai Durandal en main # et que mon compagnon Olivier ne sera on* 1 
mort, je de craindrai les Payons, fussetatils' eneorecent fois autant Quandf 
le duc de Naiines do Bavière entendit ainsi parler Rotandy: U dit à bWW 
*>ago« : Sire «a per sur, si vous croje* votre Bèyyw, je croi» qtfavjenid'lmi 

• , Digitized by VjOOQ IL- f ' 




" - . \ ' N * 

' de Gallien Restauré. . , J 

nms mourrons tons, car il faut qu’il ait le diable au corps ; nu ils }e conseilla 
que bous devrions prier le Sauveur qu'il lui plaise de donner puissance aux 
saintes Reliques que nous portons, que ces maudits infidèles ni i nous puisse 
nuire : lequel conseil fut fait, et tous se mirent en prières et oc aisons ; quand. 
Roland entendit le conseil, il dit ainji, priez tant que vous va udrez; car je 
ne veux prier que Durandal mon épée, qu’elle fasse tel meurir e de ces me» 
créant, qu'on en parle à jamais. Les Payent pensant i déconfit e, les douze 
Pairs croyant approcher ; mais Noire-Seigneur montra un beau miracle; car 
quand ils voulurent tirer leurs épées ils devinrent comme des piet res et roeberr. 
Quand Roland qui étoit tout prêt de frapper sur eut, vit que ce n’étolt 
que pierres et rochers, il pensa qu'il étoit euchanté dont il fut éi'onné, et em 
se retournant Vit Charlemagne et les barons, lesquels étoient-tous dévôtri- 
meat à genoux devant les saintes Reliques,‘en prières et oraisons. Alors le 
noble duc Roland , apperçôt que Jesus-Cbrist le Sauveur du monde avolt fiait 
ce beau miracle, dont humblement sc mit en. prière et oraison , remercia nt 
Notre-Seigneur de bon cœur. • __ 

ncBqtxmmaàDQmm tumimwmHi awpa wi i MiB Écn j a» 

C H A P I T R E IV, - 

. * \ . * , 

Comme Charlemagne et Us dou^e Pairs,de France, après le miracle fait , ils sor¬ 
tirent du Fois et descendirent sut prl^ auquel il$ trouvèrent, un PaviUttyi qui 
. étoit au roi Hvgàn* ‘ ; 

OHarlemagne et les douze Pairs de Franoe, après ce beau miracle fait, mar- 
^obèrent tant qu’ils sortirent du bpis, et vinrent ded; 111 s an pré, ûfi étoit 
un Pavillon* mut peint de couleurs très-riches, au-dessus î ï y avoir une pomma 
d’or grosse et massive , dur laquelle "étoit attachée une 1 Escarboucte qui ét oit 
fort précieuse, câr -depuis elle rendoit h ne clarté * ébloui. îsànte. Dans cé Pa¬ 
villon ne demeuraient que popciiers etvachers; lesquels siVoîent grande quan¬ 
tité de pmirct-aux et de, vaches â garder, ce beau P avQion étoit au roi 
Hugon, empereur de Conitaritlnople, l'an des plus riches j et puissaus qui fût 
sb mûr ie monde. " * 

Ge rot Hugbn n’aimoît pas le déduit de la cbasse des «Mens ni des oiseaux; 
osais mieux aimoit un bon porcher ou vacher, quapd .ivpient des gras boeufs 
et gtCf pCuréCatix , qü*iine faisoit toute autre plaisance- Ses porchers et vq* 
ebeivBVoient une plu* grande audace en ?a coût que. n'a voient les gentifc- 
hommes. Il étoit trimé de kës sujets. 

Il faisoit tenir «ne bonne justice; il alloit labourer 1 et terre? à la charrue, 
* R droit instruit dès sa jeunesse 4 ce faire ; il tén oît son pays cri bonne 
Mkti, et û cause dé «a grande rithe4?è, toutes’etqùaiilés fois qi/il vouloir, ij 
•voit dit-monde 4 grabd«ombré;’{l étoit'ddux â ctàicua. Or, vous laisserai 
i parte* du roi Hugod, et retournerat â parleçHe (Jbarlermagne et de? douzq 
Patri de France quïétbiébt borsde të bois , èt regardaient ce'beau Pavillon^ ; 
te ^bifeUNuttemà^^Pieri demie Pars de ïïtbüéêr, été nt hors de ce bois % \ 


8 Histoire 

arrivèrent en un prê, auquel y avoit un beau Pavillon, comme des» 

7 avez ouï. Charlemagne le regarda' volontiers, à couse de la beauté q 
étoit feudit Pavillon. Après qu’il Veut long-temps regardé, il le montra 
HolancLet aux autres, Pairs, dhant : Seigneurs, voici une grande richesse, 
maie je promets à Dieu que si c’est.aux payées, ce seca à nous sans nulty 
.contradiction. A quoi répondirent lesbarons', qu’en France ils porteraient 
tout ce trésor. Incontinent Cbatlemàgne quitta son cheval et se mit en chçH 
min droit vers ledit Pavillon et demanda à qui i) étoit. Alors sortit un des por¬ 
chers et vint â la porte dudit Pavillon, et apperçût Charlemagne, lequel H 
demanda quels gens ils étoient, à qui étoit ce riche Pavillon. Le porcher im 
dit qu’il étoit au roi Hugon, empereur de . Constantinople, et que dedans 
étoient les porchers qui a voient porcs è milliers à garder, et quand 
vendit au^ mois d’août, ils avoient chacun cent septiers de froment. Qu an. 
Charlemagne entendit parler le porcher, il en fut fort étonné, et inconiinenÿ 
l'interrogea du domaine du roi Hugon, lequel Uidk volontiers. Aprè^ced 
paroles dites, Charlemagne lui demanda s’il le pQurrpit loger celle nuit ejf 
ce Pavillon, car la nuit approchoit. Le porcher lui répondit qu’il le logeroÜ* 
Volontiers et tout son bagage, et fassent-ils cent4b4é autant> ils ^auroientpahf 
vin et viande de toute sorte à son plaisir. Quand Charlemagne l’entendit ainsi^ 
parler il le remercia, puis* fait pied^à ferre Aetî fauàsi les douze Pairs, d 
porcher les reçut honnêtement, car il avoit assez dé biens audit Pavillon: 
quand Roland vit ceci, il dit à Charlemagne, certes mon oncfe, Vs’il étoitn§£ 
en France que nous eussions^ logé en la maison d’na porcher , il nous pour* 
roit être reproché/ Quand Charlemagne eut écouté Kblând, il lui dit ; roo 
neveu, n’en parlez plus, car la maison d’un riche porcher Vaut bien ce 
d’un pauvre chevalier. Incontinent # le porcher pria Ogerle Danois, qu’il vo 
lût être lé maître - d’hôtel, on prépara les tables, pain, vin et viandes, d 
plusieurs sortes furent apportés $ puis chacun a pris sa réfection bien hooo 
rablement. Et quând ffeland rit qu'Oger servoit, il commença à rire,e 
disant aux autres baroiis : .Seigneurs., Pieu a fauppjpurd’hui un . beau roirt? 
cle; Ôgçr a été lôa^tre^d’hotel de la mais on d’unporcher ,ct tous les Paÿ 
ée prirent à ^rire ils furent bien servi, Charlemagne ainsi que les douze Pain 
Après le repas, chacun remercia Notre-Seigneur de là bonne fortune qui leï 
étoit Venue, puis le porcher dit à Charlemagne, sire, je vous prié qu’il voti 
plaise me dire de quelle contrée vous êtes, {car yousj semblez, tqns, §|r« d‘ 
noble lignage. : : * ? iiy : 4 . : . '• <ui . *. * 

Vous êtes tous beau^hommes, puissans et de helie* corpulence $ qua 
Charlemagne entendit feçprcher, et qu’il avoit gr^ fe-vofeuté do savoir 1 
pays et contrée dont ils étoient, et qu’il lui demandon de si bpn et.arde 
désir, d’un zèle d’amour lui dit ; lotion ami, croyez fermement, que nq 
Sommes tous Français? et m’appélleCharlemagne, je tiens en masj&jeftti 
la trdisi&me partie -du mondé, et celui que vous voyez est mun nçyftu U 
land, l’un des forts et puissaps qui soit en tout le -mpude, et les ait très q 
vous voyez sont Paifs de France, tous.grands prineçf et seigaçnrft. Qjia 
le porcher entendit ainsi parler Charlçpaagne , ciçeur (ît H jfut R 

étonné, puis U dit doucement i Charlemagne qu’il jif^ lui 

* • % Diçjttized by \ J.OOQ i 


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3e Gallitn Rtsttcuri. . , , . • ' r $ 

dfê si ktett stfcvl comme tul. appartenoit. Les lits furent préparas, cjiactfn «Ha 
prendre son repos, jusqu es au lendemain qu’il fut jqur t nuif Uharlemagne 
monta i obéra)* et pris congé du. porcher qui l’avoit U«s -houerablbùieut 
reçu , puis se mit en chemun ; ; . ' 

CHAPI TRE V, , . : 

S ‘ ' r,:>i ‘ ' ' " t - 

Çotptfié Charlmdftit,tt Us tfou{t Pairs <dt francs trouAnniic'PariÜQn Vtfiher^ 
!• Injutf hoiiau mi ffagp/t, ’' "''y /■ 

r^narlemagne et lesdouzs Pairtd* Franoeflceot a» grands ^ittgence j .«fu’lle 
'^ ifouyètpnt up autrepatylfea,, où létoU. le .vacher « jleq*JelaT»ft>gr«s îxjàuft 
et ^acjjbça-gtü étotept au toi.^fegoa ; cat.eq itJi mettait totots son affection 4 
ayqsr grgpda provision de bétail poür lfeasreténeineut âa Iten domaine. Quand 
tbaçleuiaaqevit cebeau p av.il loni -il, ; a pprocba up ris a ipdis - a ppella «eux qui 
Rotent JJfdans, lesquels sortirp#U VΫ ïs»jU (psn'Ukr -savoir’ ee que' c’étoiÇj'et 
iu^qCttiei^ demandèrent àKihàrtemsguejCe qu'il cberdbnb et detnandoit. J\ 
quoi ,0 répondit* qu'il obeqekoit le roiHusgon, leqseâiavoié taartauî priser 
et.honorer,, ,ét aussi qu’il deçtandoU.sTil pourvoit être k*é, Ikii' et touté *4 
compagnie cette nuit. Quand le traître deS vachers entendit qu'é Charlemagne 
cherchait le,rqi Hugoo, et qu’il, denandoit logis pour. 4a nuit; H lèi djt s 
Çeigfltur .qui que v«juj soylez, vos» Mmblez être gens, da grande noblesse. 



4e îop pain, bon vis et bonnes viandes ; Chailemagne entendant'les-paroles 
<j» yapl»w„ et sans nul délai mit pied à terre, èt le Vacier Uii vint tenir 
f étrier 0 (dont Roland commença fort à rire ; Ipuis ’ totrt ka Pairs descendi- 
reot de leiws chevaux, lesquels furent sût- à l’écurie <ét bien/pOBsés. Chàr- 
wmagne et tous sça gens fusent .eetle nuit «epvi.A coupes d'br m d’hrgeotqru 
lui furgnt> apportés polir le ^servir honorahlnaaent. Le vacher yintaervlr Cbs ’. 
lemsjgne., et uû présenta dcax gras, .chapons devant lui appareillés ainsi qu'ri 
«ppartonpit. 



.? SrA'téuiifaeneèreDt à rîrè. Quand'chacun mit prissa réfection, ils 'furent 
P« coucher. Le lendemain, se levèrent j montèrent à cheval, puis sa mirent 
*o chemin. Appris, d’un hecagn ont trouvé qn berger qui gardolt grande. 

J unhfcé dè iboutbrtè ,• ët àihlit avec 'lui quarante. garçons , leSquelA etoient 
s ns un riche pavillon* dst’ quand fël d'otite Pilirs eurent tout vus y Roland 
jjit A CbariBHjqgne si le roi Hùgoè, émit aussi-bien fonrnp’.tdé'toutes arntes 
serpe» comme heaume, écus, lances «t autres bâtom domina U n de 
pè vous voyez, tous les princes-du monda --pourrolent 
tvn d!ua pour ce je rôtis prie marcbnnf {aa|. que^nous If ttoug 



vion!*. Cçrt«», dit, Cli arlemagn», fai grand désir de le Voir et de disin* 
piqua sbnçhèval et vint au bergerauquel il demanda S’il* le logerait en soc 
pavillon t'Lie berger lui dit qu’ouï,,, très-volontiers pour Pamour du roi Bv 
go», et aussi (que vous ma semblée être de noble maison : Quand Roland d 
que Charlemagne interrogeoit le berger, il dit à haute Voix, jamais août a 
reiournerorV en France, que mon «ncle Charlemagne ne sache comme ssi 

f ardés vaches, pourceaux et moutons. Lorsque Charlemagne et lea des» 
'airs furent descendus dé cheval ,i.saiiS lQfugltetheUt attendre là table b 
mise, «t honnêtement furent servis. Quand Roland vit que le berger serrai 
Cfcarlee>«gti» v ll s» prit à ri se, disant t Seigneurs, il à’eyt homme qui 1 
grand peme pût servir mon oncle ni joute do lui, mate ces Vaohers, pw 
cher* «t bergers en font à leur déplaisir, je crois certainement qu'il vuj 
apprendre leur métier, et tou» commeneireUt à rire; après que chacun eh 
saupé te sommeil Iqs prit, ils se couchèrent et reposèrent toute La nuit, 1 
matin se disposèrent à,, partir du pavillon «t cbeminèTent en descendant os 
montagne «« laquelle Us trouvèrent un jeune messager qui màreboit vile 
ment. Ckaièemagne désirant savoir qui il était, piqua son cheval, quandi 
fut,près loidit s messager, Dieb vota garde, dîtes-moi, s’il vous plaît, qi 
vous êtes 5 Siré, dit le messager, je stus au roi Hugon, volet à mo ceinton 
«ne botte d’ar t» je perte les tetbres quand je tels çuefque message pour hl 
ChsdtMgoe da jqreac d’ouir telles nouvelles, il ait au messager , dis-a» 
«A esfc te ni! Uiigro, car je desire té voir j Le messager dit à CharlemagK 
Sire., U-est on. «ne vallée par-deçà Constantin, où il mène là charrue, h 
•quelle «st tculo d’or «t d’argent, et émaillée de pierreries, qui est une chu 
»rès-eifcbe, càr. je «rets «que jamais homme ne vit chose dé si grandes richesse 
puis se mit à partir* le messager dit é Charlemagne que le roi Hugon avé 
«té instruit dès sa jsuoesee â «enduire la charrue. Lors Charlemagne dit an 
flairs --de Erodee, jamais je tfal entendu dire qu’un roi fût charretier , feu 
grand devnLje vous 1e certifie. Bien pènaifs Charlemagne et les douze Pain 
tellement qu’ils trouvèrent te roi Hugon qui tuénoit la charrue aux champ 
laquePe étojt d’or «tdtergeat, les hniH qui ia. menoient avoienr les colite 
battu» de fin or «t«ouverts dë.perk». Quand Roland vit la richesse, il dit 
Olivier, sllensp tôt je veus«n -supplie, si cette charrue étoit en France, j 
vous jure ma Tel q»e je la .«emplois et en ferais, battre mono oie pour avo 
de l’argent, afin que dons allassions eU Espagne conquérir les mécréass i 
convertir le peuple à la loi que sons pretestons, cat quelque richesse qu’s 
ait, si on ne là l’ait valoir elfe est perdue. • 


Y 4f ♦ t. r -v t i -v < i ♦ , t ♦ t t ♦ <if ♦ *<,►♦<> ♦ <iv ♦ t'v *- t r ♦ ÏU vt,. ♦ 


CH A PI T U 


«Ceewt» Aftlt fit* Chafltmaçnt ttu trouvé U toi Hugon , îl fut konoralltmii 
rtf* u séjourna tn sou richt palais. 

C l rei Hegenmcnoit la charrue aux champs, laquelle étoit ornée tri 
richement ; 41 avait ison chapeau une perle, laquelle randoit grande clar 
part* que le ceteUjknbeit dessus j cçitc perte éigjt si gAgdc qu’elle |ui s«« 


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it Gallitn Rtstauri. ti' 

mit h tête, et avoit en beau mulet richement harnaché. Sitôt fie CharL- 
magné et les Pairs le virent et tel état ils le saluèrent, et quand. le eut 
: Hugon les vit, il s'inclina vers eus : après toutes les salutations faites, le 
■ roi Hugon demanda à Charlemagne qui >1 é'oit, et d’oè U venoit. 

A quoi Charlemagne répondit : Je suis Charlemagne roi de. France, et njT 
a homme aù monde, soit roi ou empereur qui pe me redoute. Nous veneu* 
dn saint Sépulcre où Jesus-Christ fut niés, nous ne cherchons que, derb&tcs 

S our nous loger 5 quand le roi Hugon eut entendu Charlemagne, u dit : 

loua ami, ne vous souciez} car aujourd’hui je vous logerai royalement. 
Alors Roland dit, à Olivier, je voudrais tenir cette charrue.et monta dessus 
- un mulet richement orné, puis mena Charlemagne et les douze Pairs en saa 
palais , lequel étoit si riche, qu'il n’est langue qui puisse raconter la beauté 
ni la richesse dé oe château ; car les murs étoient n’albâtre, et Us piliers . 
d’ivoire, à l’entour dudit château il avoit bien ciuq cens fours, et pour sa 

Î rande beauté, il fut de Constantin appellé Constantinople : quand les douze 
_ 'airs virent cette richesse ils furent bien étonnés : lors Roland te prit à dire, 
je voudrais que nous tinssions à Paris cette charrue et ce charretier. je vous 
: promets que je ferais forger da bons florins. Charlemagne et les douze Pairs 
oontèren? au château, auquel le roi Hugon les reçus honorablement, ta roi 
: Hugon avoit deux ebfans mâles et une fille, les plus beaux qu’on puisse voir, 
l’un des enfaus avoit nom Tibers, et l’autre Henry ; et la fîllè avoir nom 
Jacqueline, comme 11 est trouvé dans l’histoire. Les enfant vinrent au-devant 
des François, Charlemagne et te roi Hugon entrèrent au palais, et tes barons 
après, et quand ils furent dedans, Charlemagne s’assit sur un marbre, et 
: auprès de lui le roi Hugon,, sa femme et ta fille Jacqueline. Quand QUyier 
vit cette belle fille auprès de lui » il ne pouvoit se lasser d’an admirer la 
- beauté et fut bien amoureux d’elle. Le roi Hugon fit honnêtement servir à 
table Charlemagne et les douze Pairs. Mais Olivier ne mangeait point et étoit 
'-tout pensif et rêveur, parquoi Roland lui demanda s’il était courroucé contra' 
quelqu’un. Olivier répondit, non , jo vous dirai vérité, sachez que quand 
je Vois la fille du roi Hugon, ie suis ravi de son amour, car elle’est si belle, 
*i aimable et gracieuse, que j’ai beaucoup d’amitié pour elle , Rpland se mita 
rire, disant r Vous êtes un vrai pèlerin qui venez du saint Sépulcre, et ce* 

Ï codant vous vous attachez an sexe. Quand Us eurent pris leur réfection , 
t roi Hugon fit préparer treize lits en une chambré et les fit tous encour* 

. tiner de sandal, au milieu de la chambre U y avoit un fit fort solemnel , 

' lequel étoit préparé pour Charlemagne t quand Us furent tous couchés Char¬ 
lemagne ne pouvoir dormir, lors appella les donne Pairs et leur dit : Sei¬ 
gneurs , h vous prie fie dire quelque chose pour rire, car fane puis dormir , 
alors Roland tépebdit, sire, c’ait 4 Voua ao commencer quelques discours 
IsifOx. . 

Kn cetto salle 11 y avoit va pfilec de marbre qui était creux , et dedans 3 
y ivoit On homme qui écontoit ce qoe les Français diraient pour le raconter 
i au roi Hugon. Charlemagne commença à parler le premier et dit ; Nous ve¬ 
xons do saint Sépulcre ou nous avons vu la couronne et les doux de Notre* 
fc>fiQsar,le toi Hugoacft très-zkho cl sefigu$éÿnous «Mmes en sa cour, 

■' H « _ 


U 


Histôir* 


! 


6à Üôiîi ÉVtms été honnêtement reçus , jamais ne Sera heure que je ne lui 
eu sache hou gré , U a fe plus riche palais qui soit en tonte la cbrétieDueié ; 
hais il n’y a homme en sa cour que s'il avoit vécu sen haubert et quîl eût 
le chef armé de deux heaumes de fia acier , je fes couperôis cfun coup de 
Ihon épée. Quand l’espion Inuit ainsi parler, il dit en hiitmême : Ah! Char*' 
Ici t On js bien dft au roi Hugon que vous aviez un hardi courage ,et quëttul 
De vous fit jamais guerre que vous nè vainquissiez,' mais le roi HugeUfit grande 
fôlie de yous loger. Aprèi»" que Charlemagne eut parlé, U dit à Roland qu’il 
parlât » et. Roland dit : je prendrai au matin mon cor et en donnerai de jsf 
grande force * que je ferai tomber touie la cité en un tas, et si le roiHugtm 
venoit aq devanf, je lui biûîeiôis la barbe; quand l’espion l’entendit il eût 
grande peur* et* dit en- soi-même : Hélas t si Roland fait ce qu’il dit* if ms 
faudra mourir, maudite sent l’heure qu’il fut né de mère, quand par lui fa 
cité tombera. v ' . N 

Après que Roland eut parlé, OHvîer dit : Sefpneurs, je ne me vante pas, 
frais si je x tenpts! en ce lit la b elle Jacqueline , fille dn roi Hvgon, je la ça- 
le$serois v quinze fois, féspion pensa en son cœdr qu’Olivier étôit homme 
pour piilever fa fille du roi, quelque pélériuage qu’il eût fait. Après qu’Olî- 
Vier eut'achevé toii /propos, Ogèr se prit à dire : Seigneurs, je vous promets 
que demain je romprai ce grçï phier qui est en cette salle et ferai 
hraiiler^toute cette maison ; quand lVvpibn qui étoit dans ledit pilier entendît 


parler, Bbrnard commeuçe à 'dire, demain matin si je Veu\ i abattrai cto pa* ] 
lais » et quand jç lé Verrai tomber je' ferai un si beau saut, que sans niai ’ 


h voir je partirai de céans* Quand il eut éhtendu cetj, il se prit à rire"éri 
Coi même : HéJâs ! Vrai Dierf, me faut-il mourir misérablement ? si les Fri h- 






De me tiendront pal; Aptes que Bernard' etitparié, Emery dit, et moi dp- t 
main matin je lèverai crune mafp cette grosse ^ferre qui est en la cour ^ et v 4 
fcar dépit je la jetterai contre le haut'dû palais', de si grandie force qjiç j’eir *i 
ti battrai trente toise*, I/èspièa qui tremblait de peur dit : à Dieu ne plaise * 
que ay$ la puissance d’eridorhmag.et un tel palais, qui est si fàrt et si plfein 1 
tie richesses, certes,-ah roif grand métier d’bÔtts, qui Votrl ; lôgérdit plu^drône- ^ 
Dtiit. Èi lorsqu’Emery "eut finf son pïopos, Garnies se mit à par fer et dà : j, 
Demàin quand nous serons an palais et que lë roi llugbn! boira-etmangëfâ, i 
je lui donnerai tel 1 coup sur la çof que fe lui romprai lagprgë. Quand Pës- 1 
pion entendit Gannes si fièrement parler iLse prit’àdirè Vôutba^: Oht que 1 
tu ei traître de courage 1 , tu ed homme pobr faiVé .uù jour quelque gràhd 
butragé , n’ai point v ëncore' Wf dire* aux autres si*crnelle paroîe , mon 1 
Dieu, fe suis bien malheureur d’être né , et ]t ( crois xertainqmcnt quçpfcr tôt % 
nront faks maux innvmérables. Incobüriebt que Cannes eut proposé son dîu . i 
fSaiiuei commença é-Parier et dit .* Si le roi Hugon me donnait trois tau* [ 
berte menus, vhcohîinéni que je lès dlirois vêtus , quoique je sois ifyelî'eV 
rompu, jt sauterai quinze toises plus hauts que le! murS iUl^ont autoür d^ 





f • \ ^ de Gdllun Restaure? 13 

Paîaîs, puis me coucherai sur 2a terre et m’étendrai et me retournera! si fort 
que 1er trois. haybtrxs m romptom comn^ la paille rompue aux pied*, 
yuantf l’espion eu. ouï JSaimes ain.i parler, il dit en lui-même; Héias ! or, 
vois-je bien que le patais dju foi Hugon; perdu\ quand il a logé tels gens, 
mais par tous les diables d'enfer, qui eût pensé quë ce vieillard auroit tant; 
de forée, vnequ’ilabimbiivingts ans v jecrois que Sur la terré il n’y à 
ga>f pareils^ ceux-ci, 11? qui £ech? faire de si terribles eboses qu’ils disent 
qu’ils feront. Après" que Naîrnes eut fiui, l'archevêque Turpiç commença à 
parler , disant : Je vüiderai demain toute l’eau de cette rivière qui, passe 
contre fo palais, et le ferai venif dedans Constantin, et n ? y aura homme., 
foit nobles ,, bourgeois y marcha nds , dames., dam ois elles ni antres gens qu’en 
leurs^ maisons, je ne fasse flotter en l'eau. L’espion seLprit^à dire : O Dieu! 
qui «tes mort, eii l’arbre de la croix, ne veuillez përamure'qu’un tel outrage* 
toit fair. Mauvais conseil eut Ip roi* Hugon quand il amena, tels, gens loger en 
ton palais,, qui maintenant lui. veulent faire tant de dommage. Quand l’arche* 
vêqw Turpiu etil achevé son propos : Gérard dé Mondidier se prit à dire : 
£i le roi Hugon me donpoittrois chevaux,«et qu’il 1er mit en un seatier«pa» 
loin l’un de l’autre, et que mon corps fût armé de trois ha mois aussi pesant 
que trois forts et purssaus chevaliers postant hauberts en guerre , fe sauterai 
du premier jusqu’au tiers sans toucher au second; et xfti grandi saut que jo 
ferai dessus cexbevaL, je lui romprai les 0$, fût-il le plus puissant qui soit 
en tout h pays du. roi. Üugom Quand l’espion eut entendu ainsi parier Ge-v 
lard de^Mondidicr, il fut &i pensif et émerveille d’avoir ouï telles paroles 
qu’il dit en sou cœur, glorieux Dieu, le foi Hugon iTa pas besoin d'avoir 
un tel page, jamais jo ne vK (il ouï parler d’homme qui fut plus kger que 
c^hiirxi. ^près qjue.Gérard de Munditiier eut tout dit, Richard de Normao- 
die comintftça en cette manière s Si le roi Hugon . pcenoit six hommes k9 
olusffoüta et puâ^ans< de tùute la. cité et; les fasse armer à son plaisir et 
toloncé en telle qulil. voudrai, puis après qu’il mette un grand envier 

for la» terre, «t < qu’ri £oit plein deplombhouHlant, et puis que je sois tout 
wd* et que les six hommes tous acmés soient tous Stx troussés mon col, je 
autetai. dedans le carier, et sortirai dehors, si bien que les six hommes 
«front étonnés, et auront le cœur crevé dans le conp* de la chute que je 
svaiyifiaas quq le-plomb m’ait échaudé. Iv espion fit* cette exclamation : Jo 
rois mou Dieu ! que çes geaw iei sont composés d'acier. Aprèf Garin Se prit 
1 parler * disant, devant qu’il, soit demain matin [o mettrai toute? les pierres 
^palais onia forêt v'desortequ’il ne] demeureracerfs, sangliers, ni autres 
fîtes, sauvages que je pe mette h mort ; l’espion dît tout bas» : Que puisse 
Iteslt dfe maUetmori celui qui vous jpnsmirf le chemin des céans. Ensuite 
fowtiger parlai <st r dH r Que h roi Efugro prenne? demain six épées' d’fceier 
lt mbiHeuiuf qu’ii pourra trouver, puis les fiche: à demi en terre , et ,serai 
lut njHk ate uu boives f jo sauterai dessus les pointes de relie façon que fo 
» romprai sans me blesser* 41ors Roland et Oger lui dirent : fïaus mfw» 
tonnerons pas vos épées pour Iss gâter et rompre. 

î * Digitized by CjOCK^ 



C HÀPItRE V I I. 


APri> 

iwnt 


.Copient Us dou{t Pairs Jendormirent apres qtiils turent parle ^ et comme tespion 
sortie du 'pilier et raconta au roi Hugon , Us conférences que its Pairs ayoiuit 
faits , et comme il fut en grand danger. 

b» que les Pairs eurent fini de parler le sommeil les prit et s’endormi' 
k rent, puis l'espion sortit du pilier creux qui étoii en la dvlle, fi secrète¬ 
ment que nul ne l'ouït, et raconta au roi Hugon les conférences qui avoieot . 
été fûtes par les Pairs de FrçnOe, tellement qu’il en fut fort courroucé en 
soit coeur, et les eût, tous fait mourir U ce n'eût été que Dieu aimoit Charle- 
léogne* pour ses beaux faits et vertus dont il êtoït reippli. 

nais nonobstant il dit qu’il les feroit tous pendre s'ils n’accoraplîssoicot 
leurs desseins; avant qu’il fut le lendemain matin* Quand il fut jour le rot 
Hugon vint en la chambre de Charlemagne, disant : Roi de France , quiètes 
si hardi dé voua vanter de rompre mon palais; sache? que j’en suis. 


courroucé. Je vou^ jure Dieu ; que si voila, n’exécutefc ce qué vous avez dit, 
ie Vous ferai trancher la tète à tous. Quand Charlemagne l'entendit si fiére- 

__1_ Mil_ _-_-J- ___ i « v ___J _ _».___ 



ai le cceûr si ému que de six mois je ii’eu serai rétabli. En la cour du rot* 
Hugon, il y avoit un riche baron qui avoit servi Charlemagne, lequel «voit 
nom Isabas de Bourdeaux, il fut banni de France pour une faute qu'il avoil : 
faite, le roi Hugon le vouloit faire Sénéchal de sa maison. Ut quand il vit la ; 
loi si courroucé, il lui demanda ce quïl avoit, il lui répondit, j'ai le cceora 1 
rempli de courroux et de tristesse de ce que les Français se sont vantés , itaÎT 
disent qu’ils mettront mon palais par terré, enlèveront ma fille et me feroot 1 
plusieurs autres maux. Sire, dit lsabas, je cannoisbien Charlemagne, et sais 
que jusqu’é Bonatus 9 n’y » homme si fort, et Roland;, car lui seul déferait ^ 
bien mille chevaliers , et tbus les autres sont de même ; mais pour les mettre» 
à mort je n’ai point de meilleur conseil à vous donner; sinon que vous fas^ 
aléa sonner par toute la cité, quHnéontinent la publication faite , petit* «4 
grands seient en armes , puis les aller prendre au pied levé. Le ror Hugon diff 

2 ut seroit fait, et s’il le* pouvott tenir qu'il les feroit U>us occire. 11 y avoüj 1 
i é li ‘ ” . . - . . . 

liés 



ce dation communément, jamais bon nqgût ne peut mentir. 


Digitized by 


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■ i 



•I 


, CHAPITRE VIII. * 

Contint le roi Hugon eût fait tuer les Pairs de Fr an et , site n*tût iti un /tun$ 
homme qui ItstTvoïi , tt sitoitnt assemblés environ trente mille contre treize » 

; lesquels jurent presque toui tuée par les Poiri. 

E nviron l'heure que le rot Hugon fit armer tons set gens pour mettra é 
mort le» douze Pain!'de France , un jeune homme vint parler an roi Char* 
lemagne,, et lui raconta toute la trahison que le roi Hugon hd roui oit faire 
et lui dit » Sache* que je suis natif de la ville de tua en Picardie, en la«i 
quelle H y a voit un ehanoine qui 'me voulolt maltraiter, mais j’eus le mal* 
heur de le tuer, parquet je suis banni du royaume de France, et suis venu 
en ce pays, quoiqu’on m'ait chas.é et banni de ce royaume, toutefois je no 
ponrrou endurer ni souffrir que votre majesté royale fût trahie. Sachez , 
sire, que pont les paroles que vous dites hier après souper, le toi Hugon von* 
fera tous mourir ; allez vous-en de céans si vous voulez échapper. Alors 
Charlemagne lui promit d« le faire rappeller de Son hanniaSetnent et lut par*, 
donna. I« jeune nomme s'en alla, pub Charlemagne appelle ses chevaliers 
et leur dit : Sachez, seigneurs, quêtons tes babitans de la' ville nous Veu* 
lent faire mourir pour les paroles que noue avons dites, il faut Vaillamment 
no es défendre,, afin que nous puissions tous, retourner en France. Roland dit ’ 
devant tous s Je s*b bien que les bourgeois viennent sur nous, mais je vous 
promets que de Ourandal mon épée, voue me Verre* bien frapper, et en 
telle façon les escarmoücherai, que je ferai rougir tout le palais de seng; et 
plus il en viendra , et plus j’en rerèi mourir. Oliviér dit tout haut, de Haute* 
claire mon épée , j’et* tuerai plus de mille. Alors dit le duc Natmes. je ne 
m’enfuirai prs quoique je soit vieil; mais je frapperai tant que mon epée en 
retentira, nonobstant si je pub , je fierai tant par mon parler que nous par¬ 
tirons de céans ; chacun dit ce qu'il pensoit Pendant qu’ils devisoient le roi 
Hugon qui étoit courroucé assembla ses gens, tellement qu’il s’en trouva 
plue de trente mille, contre les Pairs dè Franc* qui n’étbient que douze, et 
Charlemagne faisoit Je treizième. Le roi Hugon alla vers le palab , y mena 
ses gens en criant, oà sont ces faut et outrageux ? Quand Roland les en* 
tendit, il se leva disant s Soyons aujourd'hui vaillatfs. Alors le duc Naimes 
dit è Roland ; par le Dieu êlorieut vous êtes trop ardent. A quoi Roland! 
répondit, à tout perdre il oy a qu’uo coup périlleux t En disant cela il 
saillit sut leurs cnnetnb, Charlemagne le suivoit, et se mirent â tuer et 
tailler en pièces les habitant de Constantinople. Charlemagne avoit Joyeuse 
Son épée, dè laquelle il conpoit et tranchoh tou;. Roland était de l’autre côté 
quC- faisoit grandes merveilles, en bref, tous se portèrent si vai Nam ment, quo 
janssüs gens ne furent si bien secoués, car il en mourut plus de deux mUtç, 
et si ce n’eût été que le roi avoit fait publier que tous ceux qui fuiroient 
■croient pendu, ils sa fassent tou sauvés' du commencement de i'ssfaut ; 

car ils duoient que les Français éigfcn* de* diables fouis 4’enfsr, tant ils 

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1 6 


(iSloirt 


affoWntfc Ht.gort s« vît âin<f hotfre, Il rmftjnfa jeé 

gens croyaut mettre à .mort les 4c .Fair,. Il f a voit uu,- bourgeois qui 
conseillent au roi Hugon 'd'ap'poitrtef 1 avec Cbattedtague-, et qu’l! devoit con¬ 
sidérer que treize hçn^nes en ovoiçitfiuis A «iqxt plus 4* Heu» mille, «tqu. 
le'sàng nés mort» couroit à grand ruisseaux ; je crois,.dit-il, que .nousavons 
fer tÿrt , J carrautremënt ; treiïe hoWfrnes ne sauroieul faire telle résistance, no¬ 
nobstant, ils sont très-adroits de l'épée et Tttnis metttotem fotis à mort , Car 
nous n’a wons pas, accoutumé d.-faire-ia.guerré contre iesFrançiîs , .pburre 
parlopsA fittttr.M lAjjlJugmvfit.émMW (a retraite,'puis alla vert G-barfe- 
mrgne et lpi dit : 'roi, Français., Ôieu ,vous donne salut, vous saVtz que je 
vous ai iqgé ep mon palais,, «t quand Vous fûtes, couchés vous &es - vos ■ en¬ 
tretiens; demoi. Sire,, dit Gharlemagne, ne vous c©orroucezpas,oar -c’evt 
notre .coutume entraînons Français de nous ébattre pour passer le temps, tic 
roi Hugon plus flcbé que devant, dit à-Charfemague : Je vous pue majoi, 
que Vous n’aurez paix avec moi si vous «^accomplissiez vos desseins, sinon je 


vous ferai i t&us trzqçigr la tête. Quand Charlemagne entendit cette parole, 
le visage lui fougit de , ça 1ère, »t dit .-fièrement à Hugon: Sire^ nous n’avjpos 


rien dit;pçii' malice , et,je vous jure que-nous n’avoas dit. cela que pour nous 
^divertir: mais puisque vous en .parltez si avant , les .-paroles seront acooa- 
plies, Aloçs Roland dît, jevous prpmeW que je ne faillirai point : Olivier dit, 
je vous, jure que te ferai Je mien ou opinedonnera là boue Jacqueline, et 
au cas que j’y/jqqnque qup l'on me enupe la tête. -Chacun dit,qu’il «eoom- 
pHrqit ce qu’il a voit a vanc^.Apres. <* 1 * les gens du soi Hugon iercticërcnt. 
et Charles u retira ten une -chambre aveo les douze Pairs, ' lesquels prkeat 
conseil les uns au,x autres commeilspeurroient venir à bout ides paroles 


qu’ils a voient dites. Roland dit. à Charlemagne; mou oncle, comment bout 
eeroit-il possible de faire ce que nous avonïdit : et si noos .le faisons, nous 

. i-_ _i_-_ j*x _ — _: tv ‘ . 


sommes, en danger 4 e n*ortr Charlemagne dit* ne Voua soudez; Dieu ficus 
aidera 9 car cé*p$ et en autres lieu* *i oe noft a point abandonné. Après ils 
jfuceqtfaus entendre la Messe. Charles se mit efc prière» , invoquant / Notre-î 
Seigneur qu’il leur voulut donner secoursj Incontinent sa prière faite9 ui# 
aipge da ciel lui apparût, et lui dit, Gbarles, sois assuré* car Dieu te mande] 

S armoique les paroles dites serout accomplies; mais qu’il us *-■*.«*» 

P s»l1.a wa.aI a. li Àre/îitO f'kavlofl lo ita* v J a It 


ne t^arriye jamrV 

e dire telles paroles, lorsque Charles entendit la voir de J’#nge, ilso (*'*£ 


à pleurer tendrement fet rendit grâce à Notre-SeigneuT; ^«uis Tint eut ,douzi 
Pairs, disant : Nobles barogs, prenez réjouissance , car Dieu m’a fait sa wéi 
que ho? paroles setoient accomplies* ,Quand les barons entendirent pas «du 
T elles , ils remercièrent dévôtement Notre-Seigneur et «g bénite JAèro* 


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•HAPHB1 




C H A P I T R £ IX. 

’ 

Comme les.parolls qu'avoicnt dites les dou[e Pairs furent accomplies jj et comme 
Olivier coucha avec la belle Jacqueline y fille dit roi Hugon ; laquelle fut 
engendrai Gallien Restaura. 

T E roi Hugon fort bourrbucé s’eü Vient à Charlemagne et au* douzô Pairs 
^ pour leur faire accomplir leurs paroles eUdisant t Venez; Olivier, voua 
savez de ce qüe voue voüs êtes vanté si voiis teniez ma fille, allons mettes 
i exécution .ce que vbusaVeZ dit; oü autrement je votis ferai trancher la 
tête. Alors Olivier dit, si vous vôulez que je l'accomplisse donnet-mbi vôtre 
fille et je tiendrai mapàrole; incontinent lje roi Hugon fit préparer un lit 
richement garni auquel couchèrent là belle Jacqueline et Olivier. Le rto?tii| 
la belle Jacqueline dit à Olivier i mon ami, je vous promets la foi que pas- . 
tarerai mon père de l’exécution de vos paroles : v Le noble Olivier là remerrïà 
grandement. .Quand ce vint aü matin ; le rbi demanda à sa fille Jacqueline* 
comment elle a voit passé là bmit i Certes tabii père, je Vous assuré que 
jeune chevalier s’est acquitté de ses, parûtes de point en point; le roi se prit à 
rire. Après il dit qu’il voûtait qü’Ettjery fît ce qu’il aVbit dit le soir ; savoir* 
qu'il leveroit une pierre d’une main ; laquelle ëtôit én la cour;du palais, et 
qu’il en donnerbit un tel coup coup contre le mur qu’il en abattroit trente . 
toises. Cette pierre étoit si pesante que trente .chevaux pe la pnuvdient re¬ 
muer de terre. Alors Emety se prit â dire i Certes je l’ai dit et le ferai, et 
en parlant il la prit par le milieu et là lança si (bit contre le mur qu’il en ~ 
abattit trente toises, (non par sa force; mais pat là volonté de Dieu; Quand 
1t roi Hugon vit celà il fut bien étonné * et dit i tbüs matons doivenf bien 
aimer un tel homme qui en un moment en a rompu autant, qu’ils en pour* , 
soient faire en hn an et demi; je crois que les diables Pont fait venir en ce 
ptys pour me faite dommage. Sire; dit-il 9 aü roi Charlemagne; ce pas là un 
ait royal ; je votis ai logé honorablement en mon palais, et Vous me rendez 
e mal pour le bien.. Charlemagne lui répondit ; je ne vous fais Pul déplai-» 
ir, car vous voulez que nos paroles soient .accomplies, et eôcbre si vous 
ugez A propos elles seront toutes exécutées. Il répondit qu’oui. Incontinent . 
furpin dit : je le ferai, mais si voüs ne voulez être n ôyés r sortez tous dé 
avilie; dans le moment Tutpin monta en un grenier du palais ; puis seigna 
a rivière (par la vertu et puissance dé Dieu,) et la fit sortir et ebirtirpà* 
la ville, tellement qu’il nV eut cbambre et autre lieu qui ne fût plein d'eath Si 
7çus eussiez vu le peuple de la ville crier à haute voix : Vrai Dieu, veuillez obus 
ûder, car je crois que les Français sont venus à Constantin pour nous faire 
lérir. Quand le roi Hugon vit la cité plein d’eàu, il s’en vint à Charles, 
/liant : Sire, je vous demande pardon en-vous priant qu’il vous plaise, que 
ette rivière retourne en son lieu ; car tous les gens de Constantin sont pres¬ 
se noyés ; de tous les hommes, du monde vous êtes le plus puissant ; je veux 
eus ctre soumis moi «I tou# mes geus. Quand Charlemagne l’entendit U 



1$ Histoire 

prir à rirè , et la} dit t Voulez-vous que Ton fosse encore te que les ato’m 
ortt dit; car ils sont tous prê'S.de les accomplir? Certes non, dit le roi, 
ca* tant que je vivrai, je n'oublfrai de pareils faits, et dès maintenant je mo 
soumets à votre service. Incontinent la couronne impériale fut mise sur le 
chef de Cli*t 1 tiUagne. Alors le rot Hugon lui fit hommage et tint son pajs 
de lui , pub Charlemagne fut proelamé premier seigneur , devant , tou» les 
iia^ujns de Constantin. Ils séjournèrent huit jours au,palais duroi Hugon, 
puis s’eu allèrent et prirent congé de la belle Jacqueline , laquelle marqua 
beaucoup de regret pour l’amour de son ami Olivier. Le neuvième jour 
Charlemagne et les douze Pairs partirent et firent tant par leurs journées 
qu’en peu de temps ils arrivèrent en France, disant adieu an roi Hugca:j 
Mais quand la belle Jacqueline tes vit venir monter à cheval, elle regardoîi > 
Olivier bien tendrement, disant : Hélas ! dites-moi, s’il vous plaît, si vont 
ne me voulez «point emmener avec vous, certes, je jerois être grosse. Aussi¬ 
tôt Charlemagne et les douze Pairs de France se mirent en chemin, et labejlej 
Jacqueline se prit i pleurer et dit : comment, Olivier mon ami, me laisse- 
refc-votis ? Hélas ! menez-raoi en France, an moins si je suis grosse d'un beau ] 
fils, vous le ferez nourrir avec vos amis. Certes, djft Olivier, douce amie, 
je vôus promets que je Vais conduire ma compagnie jusques en France, et 
jpdis je reviendrai et vous épouserai, s’il plaît i votre père. Olivier la quittaj 
ïlouc en jettant de grands soupirs et depuis ne se virent; car Olivier mourut j 
i Ronoevaux par la trahison du traî're^ Ganelon. Neuf mob après la belle 
Jacqueline accoucha d’un beau fils cjoi fut nommé Gallien, lequel en sou 
temps fut vaillant, et extermina plusieurs payens. j 




> ♦ n> ♦ < v +■ < \ * m 


C H A P I t R Ë X. 


Comme 1» roi Charlemagne tint conseil avec Us Français four aller en Espagju*\ 


Q Uand l'empereur Charlemagne fut arrivé en France, il ne se soucioit gnèrtl 
de chasser aux lièvre», cerfs, biche* ni sangliers, il fit faire beaucoup 
tic harnois à forger «t forger des instrumens de guerre. Après ces choses) 
faites il assembla tous inus les nobles seigneurs et barons de France, aile* 
irnands, picards, champenois et plusieurs autres nations, il les fit venir I 
Paru en son palais royal, et lorsqu’ils furent tous assemblés , 11 * leur dit : 
Sï-ignenrs", il m’est venu un pnessager qui m’a averti que nos adversaire* 
*oni arrivés du côté de l’Espagne, lesquels font mourir tèus les éhrétien$* 
Vous mes barons et mes chers amis, à cette cause je me Veux conseille^ 
avecSire, dirent les barons, nous irons où Vous voudrez, mais vousj 
«avez tant fait la guerre que nos équipages sont tous brisés , nous n’evooj 
hauberts ni éfcus qui ne soient rompus , tous nos chevaux sont morts. Quü^ 
Charlemagne entendit ainsi parler ses barons , il leur dit : Né vous méttej 
point en peine, il Vous sera fourni tout ce qui vous sera nécessaire, et sf 
vos chevaux sont morts, nous en gagnerons en Espagne. Après ces parblefl 
dît© }• il fit préparer tout son bagage., et alla droit en Espagne pour ooimtf 

Digitized by * <JOT)QlC 




de Gallien Restauré. t£ 

bataille aux payer s. Incontinent qu’il fut en Espagne, il dit par Roland et 
les autres Pairs, que Gant-Ion iroit en ambassade vers le-roi Manille, le* 
quel f'atsoit beaucoup de mal aux chrétiens r comme vous Verrez ci-après. 


CHAPITRE XI, 


Comme 'Ganelon jut envoyé en Saragosse en ambassade vers le Soudan Marsille, 
par le consentement de Roland , ou il trahit Us dou\e Faits, dt France , et 
vingt mille hommes. ' 

TL fut conclu par.le consentement de Roland et des Pairs de France, que 
QawltAi iroit enanubassa^e devers l*r roi' Marsille, qui étoit en $aragosse, 

mÀ Ki! n n /lac lntt «nn /~"VVl a* •*! £.n>orr rvn «isknt alnn f1.1.0 AMlt r\ ^ r<\nl.ra 



>aragos*e, ^ 

son palais, qui étoit très-beau et richement paré-il dit au roi ; Sire * en¬ 
tendez, ce que je vais vous dire * le roi Charlemagne très* chrétien* vous 
mande cjue vous quittiez votre dieu Mahomet pour oroire en Jésus-Christ, et 
que vous Vous rendiez à lui * ainsi que ta ville de Saragosse et tout le pays 
des environs. Mais écoutez bien mon conseil, car je vous ferai sans faute 
Toi de France devant qu'il soif qnatre mois , et si vous tiendrez toujours votre 
foi et détruirez Charlemagne et tous ses gens., et avec ce je vous promets 
ma foi, que je croirai en votre D;eu , moyennant que vous fassiez mou com- 
: mandement* Quand le roi Marsille fouit il embrassa le traître Ganelon, et 
lui fit la plus grande chère du monde f il lui dit en riant : Dites-moi donc, 
bel ami, s'il vous Plaît, comment dois-je faire? . ( 

Alors Ganelon dit au roi : Sire , je vous prie de garder le secret en toutes 
choses } je hait à un tel point Roland , neveu de Charlemagne, que je ne 
* cherche que l’occasion de le faire mourir; c’est pourquoi Je suis [tout prêt de 
quitter ma femme, mes enfans , et perdre toutes mes sefgneurte, et même 

r tîtter ma religion pour demeurer avec'vous, pourvu.que je (puisse venir 
bout de faire mourir Roland, et si tu me veuxaider, }ê ferai mourir plu» 
de vingt mille $br,étions des plus vaillans qui soient en France, lesquels sont 
avec lui. Quand le rbi Marsille entendit, ainsi parler Ganelon» il fut fort ré¬ 


joui , car Roland étoit le plus gfand ennemi qu’il eût , parce qu’illui ave»t coupé 
np bras devant la cité d’Angers , puis il dit à Ganelon; noble chevalier,, 


dis-moi comment je pourrai avoir Roland ? Sire, dit Ganelon , vous, devez 
savoir que Charlemagne m’aime fort et se fie, beaucoup en moi « je lui dirai 
que vous êtes prêt de vous rendre à lui et aussi la ville de Saragosse, que 
Vous cfoirez en Dieu tout-puissant, et lui donnerez cent beaux palefrois , 
cent perles orientales , cent lièvres , cent brasselets , et deux épervmrs ; avec 
quatre ceps chevaux richement oroés, et deux mille marcs d’or pour payer 
zen armée. Et quand Charlemagne entendra ees propositions, il sera bien 
joyeux. Puis après lui dirai qu’il décampe t et qu’il laisse Roland et Olivief 
pour faire l’arrière-garde* afin de recevoir tou# ce# dons';: Et si^ôt qu’il serf 

, y. - ... v. ^ ^ - 


10 Histoire 

passé» outré les ponts avec son armée, vous ferez armer Xopt vos gêna, et 
fpuis vous les ferez frapper sur Roland et sur les siens vers la minuit; car 
fl ne pourra avoir nul secours, et je ferfi avec lui où je l'amuserai tant que 
jje pourrai, afin qu'il,ne puisse donner secours aux chrétiens, et alors vous 
pourrez défaire Roland et les autres Français. Par Malion , dit Marsille, je 3 
n*y manquerai pas , car mon frère Belligant doit venir demain à mon se¬ 
cours, et amènera avec Iqi cent mille Sarrasins, et quand ils Seréut arrivés, 
ils iron( avec.mes gens bièn secrètement de nuit, afin qu’ils ne les aper¬ 
çoivent point. Alors Ganelon lui dit : vous parlez sagement, mais quand 
vous^viendrez attaquer Roland, il faut prendre vos mesures; car il a avec 
lui vingt mille bons combattais, les meilleurs du royaume de Franco , il a 
aussi avec lui dix Pairs de France, lesquels sont de noble courage, c’est à 
savoir; le comte Olivier, l’archevêque Turpin, le duc Nainues, Beranger, 
jqui est mon proche parent , Estou le (ils d’Œdon, Godefroy, Inon, lvoir, 
Richard et Vincent. U est nécessaire que votre armée soit bien disposée, 
et qu’il y ait de bons commandans pour les conduire ; car tous ceux je vous 
ai nommé seront devant et les premiers en bataille, c’est la Seur delà France, 
les meilleurs chevaliers et les plus redoutez de toute la chrétienneté. Quand 
Marsille eût écouté Ganelon , il eut le cœur joyeux et jura par \ Mahon qu’il fer oit 
ïnourir Roland et mëttroit en peine èt tourment les barons qui étoient, avec lui. 
Après les paroles dites : Ganelon prit congé du roi, puis s’en retourna à 
l’armée de Chàrlemague avec plusieurs riches dons que Marsille lui aŸott fait 
présent. Lorsqu’il fut arrivé au camp de ChaltemagPe , comment il pensa 
s'incliner pour le saluer, le "traître tomba évanoui par terre* de quoi les 
Larcns furent étpnpés, après qu'il fut relevé, il dit i Charlemagne, que 
Mai si lie croiroit eq Jésus Christ, et qu'il de voit envoyer quantité d’or et 
d’argent, et lui rendjrbit les villes et cités qu’il lui avoit demandé, et que 
Ver* la saint Jean il viendront à Paris aven mille hommes pour le servir, el 
squ'ensuite il se feroif baptiser* Quand Charles l’entendit ainsi parler il vint 
embrasser le maudit Ganelon, pensant que ce qu'il disoit fût vrai. Tous les * 
tarons commencèrent à mener, grand’joie dans la tante du roi Cbarlemagne, 
puis Ganelon dit : Noble roi, qu’il vous plaise de m'eutendre, faites marcher 
Wm barnois et bagages, et voUs en allez coucher à trois lieues d’ici devant 
soleil couchant, et laisserez Roland et Olivier avec vingt mille hommes pour i 
Barrière*garde, lesquels attendront l’or, l’argent et le^ richesses que le roi 
Marsille doit envoyer, puis demain matin ils viendront après nous, ou quand * 
11 vous plaira. Cbarlemagne crut Ganelon, et lui dit qu’il partait bien.. In- * 
continent il fit marcher tous ses barnois, puis appetla îtalapd et les autres 
barqns et leur dit ; Seigneurs, vous attendrez les richesses que le roi Mar- 
fcille dpit envoyer, et je tq'en vais toujours devant» Alors Roland répondit i 1 
Charles, que trê^-volontiers ils feroient son commandement ; car iis se se 
doutaient point de la trahison. Cbarlemagne s’en alla et laissa vingt mille j 
hommes avec Roland, lesquels furent tués; dont fut grande perte pour le 
royaume de France, comme vous ouïrez ci-après. Nous laisserons à parler i 
de la trahison de Ganelon, et ,reprendrons dire de la belle .Jacqueline, , 
filîô du roi,liugoa, laquelle @a JEU sortir do Constantinople par les ordres de ' 


v Je Gailien Restauré. 21 

; £en père , «t cle "ses frères, à camuse qu'elle éfoit grosse, et fut loger secrète- 
uiènt en'la maison d’une pauvre femme, où elle accoucha d’un beau fila, 
lequel fut appellé Gailien. • 

iri»yyinaiipMaiwweMrwf«iM»e«*»«aiHrrniiinBiiHli« 

C H A P I T R E XII. 

Comme la telle Jacqueline , fille du roi Hugon , atcoucha 4'un beau fils > appelle 
Gailien Restaure , lequel nom fut imposé pat dpex Fées , dont Cunt se riôm- 
mois G allient * et £ autre Esglaüne. 

T À belle Jacqueline étant en la maison d’une pauvre femme, se leva un 
b-* matin et ajla derrière cette maison, où elle trouva une belle fontaine à 
laquelle elle alloit fort souvent pour dissiper sa mélancolie : Il arriva un 
jour qu’étant auprès de cette fontaine le mal d'enfant la prit, elle se mit à 
crier, et aussitôt (par le vouloir de Dieu,) deux Fées entendirent la voix 
. de Jacqueline, lesquelles vinrent la seçourir, et quand elles virent [l'enfant 
qui étoit un beau fils , elles furent fart réjouies et reçurent l’enfant honnê¬ 
tement. L'une des Fées s’appellpit Gallienne, et l'autre Esglanliue, laquelle 
aroit4enu autrefois 1 la terre de Pontbieu au v paya de Picardie , et fut long¬ 
temps compagne de Morgue. Quand eUe vit l'enfant elle sentit sa douce ha¬ 
leine', alors elle dit è la belle Jacqueline ; Cet enfant est destiné d’avoir 
beaucoup do peine, mais nous lui donnerons un beau don. Gallienne dit à 
Xfglantine : Dame, donnez-lui votre donj certes dit Gallienne, puisqu'il vous 
ylaît je le ferai. Je lui donne qu'il soit toute sa vie hardi comme uq lion 9 
qu’il nd puisse mourir par trahison, 6 ’il est en guerre, qn’on ne le puisse 
blesser de plaie qu'il n'en soit guéri qn trois jours , et veux qu’il soit roi de 
Constantinople, sans que ses oncles s’y puissent opposer, afin que sa mère 
£e souvienne de nous, il aura nom Gailien et portera mon nom. Esglantine 
dit, vous avez donnez de beaux* dons à cet enfant, èt moi je lui donne que 
tant quULyivraf il ne sera las ni hiessé aux joûtes et tournois, et par nul ne 
tera aérait ni poussé d’un demi pied de long , et tant fera mourir depayens 
que toute la cbrétienwtté sera en repos, avant qu’il meure il sera couronné 
froi, et quand les douze Pairs seront morts, cet enfant fera tant de beaux 
«{doits qu’il restaurera Charlemagne : alors Gallienne dit; vous avez bien 

Ï irlé, puisqu’ainsi est qu’il restaurera le roi Charlemagne , il sera appellé 
alliep Restauré, ta belle Jacqueline n’oubiia pas le nom de son enfant que 
bs deux Féei Lui avoient donné : Ensuite on manda l’archevêque pour bap¬ 
tiser fenf^nt ,1a belle Jacqueline défendit qu’on lui changeât son nom , parce 

Î m 1er Bée» lui avoient donné leditiaom. On baptisa l’enfant et fut nommé 
ralBen Restauré. Un messager alla promptement à la reine femme du roi 
Uufaon, ot lui dit : Madame , remerciez Dieu, car votre fille Jacqueline a un 
beau fils, on ne vit jamais un plus belle enfant. Quand là reine sut qu’Qli- 
*ier l'avoit engendré, elle se prit ê soupirer .tendrement, hélas ! dit-elle, il 
F*t flà ^’OUTiét est vmu es ce pays 9 dont* U npus a déplâ^ lui et sa cpm- 



St ' Histoire • 

pagnie : mais mâlgrl tout cela je ferai nourrir cet enfant, telle eboee qu’es 
puisse dire le roi mon mari, lequel par dépit d'Olivier a chassé de son pays 
ma fille Jacqueline. La belle Jacqueline étoit en la maisob de cette pauvre 
femme très-mai servie, incontinent sa tnèçe lui envoya courtines, oreillers,' 

' couvertures, or et argent à foison. Le troisième jour qu’on la vouloit bai g. 
per, sa mère la vint visiter; mais quand Jacqueline la vit elle dit : héla-, 
rua très-honoré mère ! je vous prie ne vous mettez point en peine pour moi, 
vous savez que mou père m'a fait chasser de son palais parce.que j’étoii 
grosse; sa mère lui dit, ma filleVne vous souciez de rien, car lorsque vous 
serez relevée je vous donnerai or, argent pour' mener votre train, outre 
cela, je donnerai carrosse pour vous mener et deux écuyers qui vous con¬ 
duiront jusqu’à l'hôtel de votre cousin le comte de Damas, et votre huit 
fils sera honorablement nourri. Après que Jacqueline fut relevée, «lie et son 
beau fils Gallien furent menés au coune Damas, lequel les reçut honorable¬ 
ment. Gallien fût mis à l'école, il crut en beauté et devint grand en peuib 
temps, chacun disolt qu’il étoit le plus beau qui fOt en tout le pays de Da¬ 
mas. Un mutin comme Gallien alioit à l’école, il trouva en la cour du points 
t»n cbeval qu’on y a voitattaché, incontinent il le délia, monta dessus et le 
fit tant courir qu’il mourut sous lui Le comte de Damas ëtoit à une fenêtre 

Ï tti le regardoit, alors H appella sa mère Jacqueline, et lui demanda si 
allien étoit véritablement fais d’Olivier, laquelle répondit qu’oui; alors U lui 
montra comme il avoit fait eréyer *on cbeval en courant par la cour, pula 
lui dit,; c’est une grande folie' de l’envoyer à.l’école., car il .ressemble bie» 
à celui qui l’a engendré, il sera en «ou temps vaillant chevalier , je vout 
promets ma foi que jamais il-n’étudiera. Cet enfant élevé à Damas dans II 
temps que Cbarleihague étoit à RoDcevaux faisant la guerre aux Sarrasin*, 
é'oit du grande réputation et se faisoit aimer d’un chacun, il étoit doux a 
aimable, craignant Dieu et la sainte Vierge, il étoit vrai enfant de la samtp 
FglUe, co ume nous verrons ci-après. 


CHAPftRE Xlil; 

Comme apris que Gallien eut atteint Cage de quatorze ans ; k Comte. de Damas ii 
mena vers le roi Hugon, et comme Jacqueline revint vers son pire , et dit] 
Gallien qu'il hoït fils d f Olivier. / 

Q Uand Gallien eût quatorze ans , il étoit si beau qu’il ne s’e® poUVoit trou 
ver un pareil ad pays. 11 arriva un jour que le roi Hugo® tint cour q 
ton palais, le comte de Damas y mena Gallien avec lui* Ji avoit de agressif 
épaules, les cheveux blonds, tes yeux bien», tellement que par- tout ; fut djj 
qu’il étoit le plus bel enfant que jamais ont ait va.. Son oncle et lui entre 
vent au palais, le comte s’inclina devant le roi, lequel,1e:salua homblfemeflt, 
puis sa mit à regarder Gallien qui étoit aveu la coutte de .Dama» ; Ut .quasj 
Il l’eut bien examiné, il appeBa secrètement le «natte ü lui «enibiMa qui éioii 


de G ail un Restauré,v ij 

t rnfynt; le comte ne fil point semblant qu’il leût entendu, mats II vint â 
’i, disant r Sire, comment vous portez-vous? j’avois grand volosté de vous 
>îr : Lé roi Hugon croyant qu’il fût sourd s’approcha de lui et lui cria à 
treille, dites-mùi, je vous prie, qui est cet enfant ; je ne le demande pas 
>ur mal? Quand le comte rouit il Âe prit à rite. Alors la reine qui le con- 
n soit, lui ait sire, il suffit, il n’est pas besoin de tout dire. Le roi Hngon 
t qu’ilvsàuroit qui il étoit, car en sa vie n’avoit vû plus bel enfant. Incon- 
tient il appefia Gall*en*et lui dit, d’où est-tu', bel enfant? je te prie de rfie 
dire ; car tu n'en voudras pas pire : Gallien liai dit : Sire, je n’en sais 
•rn, et jamais je n’ai coqnu mon père; car si je savois en quel pays il est, 
rois vers lai, s’il étoit en guerre et (pie j’eusse une épée , je le défendrais 
mtre ses ennemis. Quand le roi l’tntendit il se prit à rire, et lût dit devant 
ms..- vous êtes trop jeune pour faire ce que vous dite. Sire , dit Gallien, il 
ie semble que je le férois, car je me >eii* bien de la force, et ne tps lais-i 
trois point frapper. Parbleu, dit le roi Hugon , je saurai qui Voua êtes. La? 
eine dit i Sire, vous le saurez, cet enfant e>t fils d’Olivier et de votre fille 
acqueline, liquelle vous chastâtes de votre pays quand elle-'fut grosse-Alors 
■i roi Hugon fort étonné dit, puisque cet enfant est si.beau et si revenant, 
aies mander ma fille, je la recevrai «n mon palais et j'onbllral le passé;car' 
iliyier son père étoit le plus vaillant chevalier que j’ai connu dé ma vie, 
pris le duc Roland. Quand Gallien l’entendit, il remercia humblement le roi 
lugon du bien qu’il lui routait; le roi aitna tellement Gallien, qn’il resta 
eux ans avec lui. A peine l’enfant eut-il été trois mois, à Constantinople qu’il 
ûsoit merveille; mais il avoit deux oncles, lesquels étoient envieux sur lui de 4 
:11e manière, qo’il le vouloient maltraiter, â rame qu’il se portoit fort hono- 
ibletnent en faits d’armes contre les plu, vailians chevaliers , et emportait 
tus le pilx. v 


CH A P I T RE XI V./ 

Comme Tibers frappa Gallien de f Ejhiquiet en jouant aux Echecs. 

J N jour comme Gajlien jouoît aur échecs avec* son oncle, il prit un roi, 
et jdit à haute voix, je dit mat. Tibers qui contre Int jouoit eut dépit aveu 
envié qu'il avôit contre lui, prit le tablier et l’en frappa sur là tête de telle 
>rce, que le sang couloit de «où cbef jusqu’à terré, et lui dit plusieurs pa- 
ales piquantes. 

Quand Gallien vit couler ton sang en si grande abondance il reprit I dire t 
Ion. oncle, vous avez tort de me frapper ainsi, car‘je ne Vous ai fait au- 
an déplaisir. Après qu’li ent ainsi parlé à son oncle j il SQrtit de la maison 
pur parler à sa mite : Ma très-cbere mire, sachez dit-il, que mes oncles' 
Pont fait; jouer aux échecs y et en jouant mon oncle Tibers m'a frappé de 
échiquier dessus la têfè, telieident qsfil me'Pa cassée, dont le sang eti est 
ôrti rapidèment et suis fort’ filèssé, cependant jé ne l’al point voulu toucher, 

1 phttj il tt’ar appelM ’ Mtatd V J dont ]à suis courroucé ' au cotât. Ma très- 


24 1 ; Histoire 

obère mère, vous,servez que telles paroles touchent grandement à voire tidrl« 
ueur et du lünien ; on, voit bien qu’il n'a pas le cœur uoble, et qu’il est plein 
de cruauté et de malice, certes, ma chère mire, s’il est vrai ce qu'il m’a dit, 
il procurera Votre mort doot il me déplaît Je viens vers vous pour avoir 
conseil, car je ne veux rien faire sans vous et que vous n’y consentiez, pour 
cela ma mire; dites*moi qui je suis et de qui je suis engendré : Mon fils, 
dit sa mère, je vous dirai qu’une fois Charlemagne et les douze Pairs de 
France, eh revenant du saint Sépulcre de Jérusalem passèrent ici, mon père 
les logea et leur fit grand bondeur, la nuit quand ils furent couchés ils com¬ 
mencèrent à parler ensemble et se vantèrent de plusieurs choses, un espion 
qui les ouit lo vint rapporter i mon père, lequel jura qu’il les ferait foui 
mourir s’il n’accomplissoient ce qu’ils avaient dit : Alors l’un d'eux nomnrf 
le comte Olivier dit que s’il m’a voit à son coucher, qu’il auyoit quinze fois 
ma compagnie sans se reposer , mon père me donna a loi, ce que je n’osé 
refUser, il accomplit ce .qu’il avoit dit , et fûtes engendré ainsi. Gallien ré¬ 
pondit à sa m^re; certes je me soucie peu de ses reproches, puisque je m 
fils d'Olivier; il Vaut mieux être bâtard et hardi chevalier♦ que d’être poltron ] 
et être engendré de légitime mariage. 

trvi¥iw>iM»«yan««M[i«jtiaasgiinwCTaMiCTBWKnwriiiTn 

GH A PITRE X V. 

t r , . ■ ■ . • 

Comme Gallien demanda congé au roi Hugon pour aller chefcfur son pin 

en France . 

E r quand Gallien sut qu’il étolt fils d’Olivier , il en fut plus joyeux quel! 

on lui eût donné la cité do Constantinople. Toutefois il avoit le coeur 
bien triste de ce que ses deux oncles le baissaient, et si jamais il) ne leur avoit fait 
aucun déplaisir, l’un avoit nom Heuri, et l’autre Ttbers : Aussitôt il par# 
pour aller trouver son père Olivier , mort ou vif. Lors s’en vint, à son granii 

Î tère, le roi Hugon, et le remercia des biens et de l’honneur qu'il lui avoit 
ait, et de té qu’il l’a voit nourri l'espace de deux ans ou phis , puis dit : Sire? 
je vous supplie de me donner rongé pour aller chercher mon père Olivier# 
Quand le rot Hugon l’entendit ainsi parler, il en fut courroucé, et s'étonna* 
du courage de Gallien : Alors il lui oit f mon enfant:, demeures avec moi,et 
je vous jure ma foi , que d'ici à deux an 9 je vous ferai équiper de toutes 
choses, et vous donnerai quinze chevaux des meilleurs de mon royaume, de 
plus, je vous ferai tiers héritier avec mes deux fils dudit appanage; car œofl 
intention est de vous en faira part si vous le souhaitez. Certes dît Gallien, jf 
vous remercie, mais je voüs jure aussi que je n aurai jamais de joie au cœsrj 
tant que le comte Olivier n’aura épousé ma mère; car mes deux oneles m’on 
appellé bâtard, dont je suis fort courroucé , j’aimierois mieux être écorch 
vif que je ne parte incontinent, nul ne m’en saur oit empêcher. Hugon di 
d'un ton de cotirroux: ce que vous dites est vrai : oui, ce dit Gallien, dontji 
suis bien marri ; lors Hugon reprit la parole et dit || vos oncles ont tort ê 
us reprocher cela. *. DigitizedbyGoogle ' jQW# 





de Gallïtn Restaure . 2% 

Quand le roi tôt que Gallien étoit délibéré de s'ep aller , il appelle tin che¬ 
valier nommé Girard, et lui dit : Il vous faut conduire Gallien, je voua 
donnerai des chevaux et de l’argent pour faire Le voyage, et vous aurez soin 
de lui ; car Gallied m'a promis et juré qu’il veut marcher jusqu’à ce qu’il ait 
trouvé son pire Olivier. Sire, dit Girard, je le ferai volontiers, puisqu’il 
vous plaît, mais je crains fort vos deux fils, parce qu’ils haïssent Gallien. 
Pour ce, sire, sachez que s'ils lui veulent faire du mal^ je le défendrai jus¬ 
que» à la mort, èt les frapperai le plus fortement que je pourrai. 

Ma foi, dit le roi Hugon,je vous en sais bon gré, et qui plus est, je voua' 
le commande; et s’il y a homme en tout mon royaume qui veuille l’insulter 
défendèz-le, et vous me ferez plaisir, car je ne Veux point qu'on lui fa^se 
aucun dommage ni déplaisir. S’il vit jusqu’à vingt-quatre ans, il sera le plus 
vaillant chevalier qui soit en tout le monde. Incontinent le roi Hugon en 
pleurant lui donna quatre sommiers chargés d’argent ; ensuite Jacqueline sa 
meré vint l’embrasser en pleurant tendrement de son départ : Hélas ! disoit- 
elle, comment mon cœur pourra-t-iLsupporter la douleur que vous lui faites? 
jamais mère n’eut tant de disgraees, car j’ai déjà perdu mon doux ami Oli¬ 
vier, et maintenànt il faut que je sois privée démon fils. En disant cela le 
cœur lui faillir et tomba pâmée, quand elle fut un peu revenue elle se prit 
îà dire, je prie Jesus Christ qu’il vous fasse la grâce de bientôt revenir etd’a-» 
mener avec vous Olivier, i*st ce que mon cœur desire, il est votre père, 
il vous a engendré, pour ce faites telle diligence que vous l’ameniez av%c 
vous, cela me fera le plus grand plaisir que jamais on me sauroit faire. > 

Quand les deux oncles de Gallien virent qu’il étoit monté à cheval pour 
aller chercher Olivier son pire , ils furent à l’hôtel d’un de leurs Oncles qui 
étoit nommé Robert, lequel étoit très - méchant. L’un des oncles de Gallien 
dit plusieurs paroles pour le mettre mal avec lui, afin qu’il lui fit quelque 
déplaisir et aussi craignant le noble Olivier, il lui dit : mon cher oncle, sa¬ 
chez que quand nous sommes arrivés au palais , nous avons vu ce bâtard 
lequel s’en va chercher son père Olivier pour l’amener en ce pays, il mène 
avec Jui quatre sommiers chargés d’or et d'argent, s’il amène son Olivier son 
père, il ne nous prisera pas un denier par.sa fierté. Alors Tibers se prit à 
dire, un jour GaUien j pu oit avec moi aux échecs, mais pour ce qu’il m’avoit 
lit mat, je prit l’échiqüier qui étoit de fin or, et lui en donnai un si grand 
;oup sur 1^ tête qu'il étoit tout en sang , et outre cela je lui dis plusieurs 
paroles grossières : Si son ï*ère le sait tout l’or du monde ne me garantirait 
pas qull ne me mette à mort. - ' *. 

Beau neveu dit Robart, ne vous mettez point en peine, car il sera mis à 
mort. Ce Rohart assembla cent hommes et les 4 fit armer, puis allèrent courant 
après Gallien, iis s’embusquèrent en un bois par lequel il devoit passer., Le 
noble Gallien partit de la ville de Constantinople, mais au départ tpus ceux 
du pays lui en témoignèrent Jeurs regrets, entre-lesquelle la belle Jacqueline 
«a mère se prit à dire en pleurant , Adieu mon fils Gallien, pour qui far souf¬ 
fert et souffrirai plusieurs 'douleurs , je prie -Dieu qu’en peu de temps ton 
père et toi puissiez revenir en ce pays. Le roi, la, reine et tous les assistants 
commencèrent à pleorer tendrement : Quand Gallien #?s vit ainsi pleurer il 

^ . Digi >y * ,pc ;le 


\x 6 , Histoire 

Î artit ds palais et prit congé ie la compagnie, puis se mit en chemin «Vec 
iirard son maîtrc*d’hôtel et dix écuyers. 


CHAPITRE XV I. 


Comme Gallien fut ép U dans un bois par Robert , Tibers et Henri us oncles,, 
’ avec cent hommes bien armés , lesquels lé vouloient mettre à mort+ et commi 
Rohart et tous les outres furent tués, mail Tibers et Henri s*enfuirent. 


A Près 

nartr 


: que tous les adieux furent faits, Gallien, Girard et les dix éruyerf 
partirent du palais, et quand les bourgeois de la ville le surent, ils furent 
tous étonnés de ce qu’il alloit chercher son père : Aussitôt ils s’habillèrent le 

Ï lus honorablement qu’ils pèrent, cbaàun selon son état, puis se mirent en 
elle ordonnance et vinrent vers le palais où iis trouyèrent Gallien avec sa 
compagnie; Us le saluèrent humblement, ensuite ils lè conduisirent bien loin 
hors de la ville. Gallieû leur dit : Seigneurs, je vous remercie de l'honneur 

S u’il vous a plus me faire, je vous prie d’être toujours fidèles au noble roi 
[ugon, car il est votre prince et seigneur, pareillement pour ma mère que 
je vous recommande. Lors les nobles bourgeois prirent congé de Gallien et 1* 
recommandèrent à Dieu , et pour lors Gallien se mit en chemin. ' 

Les bourgeois retournèrent en la ville bien étonnés du grand désir que 
Gallien avoit de trouver son père Olivier: Gallien, Girard et les dix écuyerit 
marchèrent tant qu’ils arrivèrent dans le bois autrucl Robert, Tibers, Henri 
et les cent hommes étoiens cachés, Girard conseilla à Gallien qo*il vêtit io| 


jHaubergeon renfoncé; car il se doutoit de ce qui leur arriva; Gallien 
et ceignit^son épée nommée Flamberge, laquelle étoit d’un grand prix , le 
roi Hugon lui en avoit fait présent; quand Gallien l’eut mise il remercii 
Girard et ses dix écuyers : lorsqu'ils furent dedans ce bois, Gallien vit eq 
un Rentier Rohart, Tibers et Henri, il dit Girard ; certes je né sais qudf 
gens sont ici devant nous : Sire, dit Girard, marchons, car ce sont vof 
oncles Rohart, Tibers et Henri. Girard , dit Gallien , je les vas saluer et leur 
dirai adieu en les embrassant; car je crois qu’ils viennent Ici pour nouscon 
du ire comme ont fait les bourgeois de (Jbnstautinople : certes je le crois, dit 
Girard'; car je pense qu’ils ne vous veulent faire de mal sinon de vous tran¬ 
cher la tête Gallien dit à Girard, à vous entendre parier, il semble qta’ib 
soient venus ici pour me faire déplaisir; mais nonobstant je crois qu’ils nt 
me veulent point de mal, c’est pourquoi je vais les saluer, et je verrai et 
qu’ils ont dans le cœur. Lors Ü piqua son cheval et alla vers eux joyeuse¬ 
ment, il s’inclina en leur disant; mes oncles je vous salue, je prie Dieu ei 
sa glorieuse mire qu’ils vous donnent santé et honneur, je connote' bien i 
présent que vouj aimez ma mér,e et moi aussi, puisque vous venea avec im< 
escorte pour mO conduire, je vous en remercie humblement, et.s’il m’es 

f ossible de vous faire j^laisir, je vous rendrai service jusques à la mort. Alor 
Loharl se prit i lui âm. i vilain bâtard, fils de putain, je ne tiens aucui 

y Google : 


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de G ail un Restaure . 17 

jmpte de toi', et" ne suis point ici pour te faire honneur; mais pour te faire 
lettre la lance et l’épée à la main; car je te promets que tu auras la tête 
/anchéç. 

Quand GàUien l’entendit ainsi parler il le regarda fièrement et lui dit : 
ous èu aurez menti, traîtres que vous êtes; mais puisque vous avez jurés 
1a mort , laissez*moi prendre ma lanée et mon écu afin que je vous montre 
îa force, et si je ne vous puis vaincre, tous les trois l'un après Fautre, 
rancbezmoi la tête et je vous le pardonne. 

Alors Rohàrt répondit, si nous refusions votre requête nous serions devrais 
oltrons , nous voué l’octroyons, dépêchez-vous vite. Allons ; dit Gallien , 
out présentement : Alors il vint courant vers Girard et lui dit : mettez-vous 
•romptemént en armes, ou maintenant nous serons tous occis : puis Gallien 
'arma et pendit â son col un éçu parsemé de fleurs, puis prit une lance et 
tiqua son cheval et vint vers ses ennemis de si grande force que c’étoit mer¬ 
veille de le voir ; Robart vint de l’autre part et se rencontrèrent si rude- 
nont que d’un quart de lieue on entendoit le son des harnois, tellement se 
lorta Gallien qu’il abattit par terre homme et cheval ; incontinent Robart 
’emonta , quand Girard le vit il appella Gallien et lui dit : mon cher 
rnfant, j’ai grande peur que vous ne soyîez vaincu, car vous êtes jeune et 
o’êtes pas rusé en joutes ; pour ce venez à moi et je vous montrerai un tour, 
duquel vous en vaudrez mieux toute votre Vie. Girard prit un écu où étoit 
peint un lion et le mit à son col, il a voit un haubergeon sous sa robe, il 
prit une épée et viqt dessus Robart avec ses armes; Rohart lui dit à haute 
voix ; comment Girard, lui voulez-vous aider P je vous tenois pour mon ami 
et vous êtes mon ennemi : Oui, dit Girard, je lui aiderai jusques à la mort ; 
car le roi Hugon me l’sr donia? en garde et m’a donné ordre de le défendre 
contre tous , il n’y a si Vaillant homme au monde que s’il lui faisoit tort que 
je jj’en prenne Vengeance, puisque je l’aï en garde je ferai mon devoir; car 
je suis tenu de le. faire. Lors il dit tout bas a Gallien , regardez comme je 
vais me battre contre votre oncle Robart, car je lui donnerai tant de coups 
que vous en serez surpris : Gallien dit, volontiers je vous regarderai faire ce 
coup afin qu’une autre fois je le puisse faire contre tous mes ennemis, si j’en 
ai besoin. Lors Girard vint piqrîfcnt des éperons et Rohart d’autre côté ; Gi¬ 
rard s’y prit si subtilement et lui donna un si grand coup d’épée qu'il l’abattit 
par terre. Quand Gallien vit cela il fut joyeux d’avoir vu faire un si beau 
coup et dit : certes, Girard mon doux ami, vous êtes habile chevalier, ja¬ 
mais je n’oublierai le coup que vous avez fait ; aussitôt les gens de Rbhart 
sortirent de la forêt et .vinrent tous l’épée à la main et la lance en l’arrêt 
sur Gallien et Girard ; Gallien tira Flatrtberge qui reluisoit comme le soleil, 
Girard était toujours près de Galüea et ses écuyers après , chacun tenoitson 
épée en sa main et frappoit sur leurs ennemis à grande force; Gallien tenoit 
sa lance et vint contre un grand Pautonnier lequel il perça tout outre de sa 
lance, tellement qu’il le jeta mort à terre; il vint à un autre qui étoit auprès 
de lui et le frappa de telle force, qu’il le fit tomber de son cheval à terra 
avec la lance au travers du corps : Girard se défendit vaillamment contra 
ses ennemis qui étaient en grand nombre, mais le désir qu’il a voit deaecotiris 

f Digitized by V -.opgie 




r dêGallienRis taure. IJ 

CHAPITRE XVIII. 

.Comme après q ut le roi Hugon eut trouvé Rohart mort , *7 £ en alla à Constantin » 
Gallien , Girard et les dix Ituyers s 9 en allèrent droit à Gênes , 421 du 

duc Regnier f 4 comme ils furent assaillis en un bois par trente-deux voleurs % 
dont le capitaine avoit nom Brisebarre. 

f E rôi Hugon prit coDgé de Gallien * et Gallien de lui, puis le roi retourna 
Consfautin , et la mort de son fière Robart ne. lui fît point de peine 
>our la trahison qu’il avoit faites contre Gahien et Girard : Après cela Gai* 
et toute son escorte continuèrent leur chemin et trouvèrent un autre bois 
>rès la rivière de Gênes, ©à Hs furent attaquas par trente-deux voleurs « des* 
juels le maître étohappellé Brisebarre 9 en tout le pays n’y avoit si fort vo* 
eur ; et plus craint que celui-là; il'avoit bien régné deux ans audit bois où 
I avoit volé et tué plusieurs marchands. 

Quand il uit Gallien, il mena grande joie 9 disant : Nous n’avons pas perdu 
totre te mps de passer ici la nuit; car voilà un jeune homme qui va à Gênes 9 
[ui n’a pas quinze ans f et il est des mieux qaontez; il a aussi quatre som- 
tiers chargés d’argent 9 il nous le faut mettre à mort. 

Maître dirent les autres voleurs, nous ferpns à votre volonté. Lors ils vin¬ 
rent auxsommiers, et Brisebarre vint d’autre côté droit à Gallien 9 disant : 
üions, jeune homme 9 descend de ce cheval 9 car j’ai pitié de toi rapport à 
» grande jeunesse, et si tu le fais, je te laisserai aller sans te faire mal.' 
arron, dit Gallien, tmen auras menti* car à peine pourras?tu échapper de 
loi. Gallien tira aussitôt son épée et lui en douha un tel epup qu’il lui fendit 
« tête; Girard de Sicile frappoît d’autre côté fort rudement, quand ils se 
Irent ainsi abattus, ils s’enfuirent dans le bois , mais Gallien et Girard les 
tivirent de si prè9 qu’ils leurs coupaient bras et jambes, de tous les trente* 
tux il n’en échappa que huit qui se sauvèrent dans le bois. 

Allez canaiHes, leur dit Girard, vous n’avez guère! gagné avec lefîlsd’Oli- 
ter, allez quéHr votre maître qui est niort là-bas; car vous ne le verrez 
mais à votre tête pour vous exciter à faire des larcins et brigandages sur 
s grands chemins* 

Après que les larrons furent défaits, Gallien et son escorte cheminèrent 
tiques à Gênes : Quand ils furent arrivés en la ville, ils virent un messager 
si passait par la rue, Gallien l’appella et lui dit; mon anii, je vous salue, 
tes moi qui est le seigneur de cette terre et pays? Le messager dit, c’est le 
te de Gênes qui en est le souverain possesseur. Qui êtes-vous? il semble à 
* re habit et au train que vous menez que vous soyez gentilhomme. Sachez 
mji* vrai quo mon duc est en son palais, parce qu’il a un peu mal à la tête, 
crois qu’il ne sortira pas d’aujourd’hui; mats si vous allez vers lui il vous 
géra volontiers, c’en le plus /vaillant qui soit sous le firmament < Gallien 
1 remercia, puis se mirent en chemin pour aller au palais.. Les babitansle* 



Histolri 


regardoient comme en France, on [regarde les chinois ou autres nations étran¬ 
gères. La duchesse qui étoit au palais, descendit incontinent qu’elle le vit et 
alla ati-devant d’eux.,Quand Gai lien la vit il lui fit révérence et la salua 
honnêtement, puis demanda où étoit le duc Regnier, et qu’il souhai- 
toitparler à lui. Alors la duchesse lui demanda, qui êtes-vous, qui de¬ 
mandez monseigneur le duc, qui est un homme de grande, noblesse? Ma¬ 
dame, dit GaHien, je suis de Constantin , je vous prie qull vous plaise de 
me loger pour cette nuit. Très-volontiers, dit la duchesse, à Dieu ne plaise 

3 ue je refuse le logis a un si gentil. chevalier ï elle fit mettre ses cfaevaut 
ans les écuries, puis lui fit ôter ses éperons., ensuite le fit monter en la 
salie, incontinent le Souper fut prêt, cnacun s’assit à table pour prendre sa 
réfection, ils furent honorablement serais de toutes sortes de viandes. Cette 
poble dame avoit une fille appellée Bellande , qui étoit d’une grande beauté, 
et fort prudente en tous ses faits et dits ; d’abord qu’elle vit Galiien elle 
s’en vint à sa mère et lui dit : Madame, que vous sembler il de ce j-uoe 
chevalier? je vous assure qu’il ressemble â Olivier, mon frère ; alors la mère 
le regarda , et dit à Bellande sa fille qu’il étoit vrai , et que jamais n’avoit 
vû un homiûe qui lui ressemblât mieux. Bellande dit; s’il vous plaît, je le 
mènerai" en la chambre de mon père, pour savoir s’il le pourra connoître, 
car je crois qui, est de notre famille t A laquelle roqué te consentit sa mire, 
et lui donna licence de le mener vers son père. Pendant cet intervalle on alla 
préparer un bon Ut pour lui, afin qu’il pôt prendre son repos, puis on eo 
prépara une autre pour Girard, lesquels étant couchés furent très-honora¬ 
blement accoutrés, Bellande, après que Galiien eut remercié le ducdé$ biens 
et deTbonoeur qu’il lui avoit fait, le prit par la main et lui (fit: gentil 
chevalier, s’il vous plaît, vous viendrez maintenant en votre chambre pour 

{ >renc|re votre repos. Alors Gaîlien la remercia, grandement du bien et 
’faonneur qu’elle lui faisoit. Quand il fut en sa chambre, Bellande s’e» alll 
avec son père, et lui dit : Monseigneur et père, ce jeune chevalier qui tî\ 
Venu loger en notre palais, et le plus beau qu’on puisse voir : Il est doux, 
courtois et aimable eû tous ses fhits, il ressemble a Olivier mon frère; c'est 


avec son père, et lui dit : Monseigneur et père, ce jeune cbe 
Venu loger en notre palais, et le plus beau qu’on puisse voir : 
courtois et aimable eû tous ses fhits, il ressemble a Olivier m< 


puisque tu dis qu’il est si beau chevalier, et qu’il ressemble à Olivier mot 
Bis, je le veux voir. Or, le duc étoit incommodé d’une maladie Incurable, 
il fit néanmoins tout son possible pour rendre visite à Galiien. Quand Galliet 
le vit entrer en la chambre, il le salua fort honorablement, comme il étoi 
bien appris de ce faire : Après plusieurs paroles dites Me part et d’autres , î 
duc Regnier lui demanda d’où il étoit, et de quelle contrée il venoit? Certes 
dit Galiien; je suis de Constantin,' et j’ai demeuré long temps à la cour 
roi Hugon, lequel m’a élevé et alimenté en ma jeunesse, dont je lui ep i 
bien des obligations : mais présentement je suis errant par le pays pour afl 

Ï trendre des, pouyeUes de l’empereur Charlemagne, et des douze Pairs d| 
France, lesquels sont redoutés jusques au bout du/ monde. Le duc Regoie 
entendant les paroles de Gallîen , ait : Noble chevalier, pour répondre au 
nouvelles que vous demandez» je vous dirai qhe.Cb^îcmagiic et les dou 


dt Gailitn Rtstaurim j* 

airs de France) sont e&'Espagne et ont pris Pampelune, Sures et Charion; 
s ont mis tant de Paÿens et Turcs à mort, que c’est chose merveilleuse ; 
i seroient déjà venus» si ce n’étoit le rot Manille qui leur a demandé ba¬ 
ille : Dieu le veuille confondre et donner victoire à Charlemagne. Outre 
:1a , vous saurez qu’en tout le monde on ne pourrait trouver un plus belle 
>mme, ni plus puissant et vaillant, qu’est. un des douze Paire de France 
>pellé Olivier » comme chacun dit et rapporte, après Roland, neveu de 
harlemognc, et ce nommé Olivier est. mon fils. Quand Gallien entendit 
tte parole, il baissa la tête et changea, de couleur et incontinent les larmes 
i couler des yeux en abondance. Bellande qui étoit là, fut fort étonnée de 
rir pleurer ce jeune chevalier de la manière, elle dit à son père : Mon 
1 er père, regardez-donc comme ce chevalier pleure amèrement. Je ne doute 
us qu’il ne soit de notre sang; je «rois fermement que vous l’avez engen- 
•é, car il ressemble à mon frère Olivier. A cela le due son père lui dit : 
a fille, jamais je ne Fai engendré; car il y a des ans plus de trente, qu’à 
mme je ne touché charnellement, sinon à votre mère. Certes , dit Bel- 
ode» mon frère Olivier l’a donc engendré; car je crois qu’il est mon neveu,' 
est pourquoi mon père, je Vous prie, informez-vous encore de quel endroit 
est. Le duc de recbef dit à Gallien : Noble chevalier, dites-moi donc, s’il 
>us plaît, de queMieu vous êtes, et de quelle famille? Sire, dit Gallien, 
chez que je suis de Constantin, et suis fils de la belle Jacqueline, fille du 
>i Hugan, et je m’en vais en Espagne pour trouver les douze Pairs, car 
u espérance de parler à un d’entr'eux qui me connoîtra. Quand Beltaflde 
:n tendit ainsi parler, elle dit, certes devant qu'il parte il dira autre chose, 
imandez-lui encore comment il a été engendre, je grahd désir de le savoir, 
c’eût votre plaisir, pt vont me le direz. Gallien voyant que le due étoit 
irieux de savoir l’prigine de sa naissance, il lui dit en ces termes : Noble 
îc, je vous dirai que je suis parti de Constantin pour aller visiter un des 
>uze Pairs de France , qui est de ma parenté, et puisqu’afnsi est que vous 
niiez savoir qui je suis fet comment j’ai été engendré, je vous le dirai : 
tefaez que je suis fils d’Olivier le membru, lequel m’engendra à Constantin 
r cc la fille du noble roi Hugon, au retour de Charlemagne et des douze 
tirs de France, revenant de faire le vpyâge de Jérusalem, c’est pourquoi 
le vais chercher pour le connoître. Alors Bellande commença à dire : 
tries fai bien connu d’abord que vous étiez de notre famille. Le noble duc, 
femme et sa fille se prirent tous à pleurer de la joie qu’ils eurent de voir 
t Gallien, puis le vinrent embrasser tendrenjient ; Gallien demeura à la cour 
i duo Regnier l’espace de huit jours, où U fut traité fort honorablement, 
e noble Gallien après s’être bien réjoui et,reposé, voulut prendre congédv 
jc Regnier, quand le duc vit que Gallien s’en vouloit aller, il tâcha de lë 
(tenir par les plus beaux engagemens qu’il lui fut possible, eu lui disant; 
«n enfant, si. vous me voulez croire, vous demeurerez avec moi, et je 
ous donnerai chevaux', oiseaux, faucons et lévriers pour vous ébattre à la 
lasse des cerfs, biches et sangliers : De plus, je vous ferai gouverneur de 
iut mon domaine, et vous n’aurez jamais aucune nécessité. Gallien'répdndit: 
énéreux duc, je vous remercie du bien et de l’hoaoeur que vous me faites ; 

C - 1 îd by ' bC ^ ‘ 


I 


Ji Histoire 

mats aKl vous plaît, vous ne donnerez congé pour Ntîler voir mon cherté 
Olivier; car je n'ai aucune envie de prendre le divertissement de la cha««; 
j’aime mieux aller ébattre^ mon corps avec mon père, qui combat actutlle- 
ment contre les infidèles. Quand le duc entendit les paroles du jeune che¬ 
valier , il s’apperçut très-bien de son noble courage; il lui dit : Mon enfant, 
puisqu’ainsi est que votre vouloir est tel, il est bien juste que je vous doniitf 
congé; mais auparavant je vais faire préparer nn équipage des plus magni¬ 
fiques, je vous donnerai mon haubert, lequel est fort et entier, et qtun^ 
jamais été faussé par aucun coup de lance ni d’épée qu’on lut ait donné; et 
je vous donnerai encore' un heaume, l’un des pins beaux et riebés qui soit; 
Icar il y a une escarboucle devant qui reluit et fait une si grande clarté; 
que tous ceux qui sont ès environs en sont conduits de nuit comme en plein 
jour : En outre, je vous donnerai ma bonne épée Flamberge, mon cbevji 
Marcepin, l’un des bons qui soit en tout U monde , car U court en plein 
montagne plus qu’un antre ne fait en plat pays. Sire, dit Gaiiien, je Vodf 
reip'ercie grandement, car j’espère que je n’aurai pas besoin de cela en £t> 
pagne pour chercher mon père Olivier; mais puisque vous me donnez voit! 
bon cheval qui vaut son pesant d’or, je vauS prie de me dire ses manièrtt 
de faire; volontiers, dit le duo : Sachez, dit il, qu’un mal-honnêre homont, 
ni un poltron ne lui saùroit mettre la bride ni la selle et ne peut monta 
dessus ; alors Gallien dit, je vous prie que je le voie, car si je ne le pent 
monter, il ne me servira de rien; le duc Regnier appela son écuyer, lequel 
étoit gentilhomme , il lui dit d’amener son bon cheVat Marcepin, et qu’il lu 
mît la selle et la bride, ce qu’incontinent fut fait; ce cheval étoit si vigatt 


IWrTÏ*f tj j t g 


xeux qifon le doit ae trois grosses cnaines ae ter, et personne ne 1 
procher tant il étoit fier : ce cheval fut trouvé aux desers et fut pri 
de machines, puis nourri pendant sept ans de pommes et de fruits. 


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CHAPITRE XI*X. * 

' ' * * ' - % i 

Comme Gallien monta dessus Marcepin le Bon cheval, puis prit congé du Sk 
Regnier , et des princes , dames et damoiselles de Gênes . + 

O N amena devant le duc^Regnier, le^bon cheval Marcepin, puis U fut pri 
senté à Gallien : quand Gallien le vit il fut fort réjoui de voir sa proJ 
gieuse grosseur et sa beàuté; aussitôt il prit le cheval par la bride saui 
dessus fort légèrement, puis piqua des éperons ; le cheval fît un saut qui su! 
prit tous les barons, dames et damoiselles qoi étoient là. Chacun disoit, a 
feu ne chevalier est habile, il paroît quil a un merveilleux: courage , il r4 
semble à Olivier en toutes les manières. Gallien dit au duc Regnier, je vcM 
remercie de m'avoir si bien monté; car je crois qu’il n'y a point demeilldl 
cheval dans tout le monde. Quand Gallien fut ainsi équipé de toutes cfa^ssi 
excepté qu’il ne voulut autre épée, sinon celle que le roi Hugon lui avi 
donnée, laquelle étoit nommée Flamberge : le duc Regnier lui voulut ceititl 
et le faire chevalier, mais Gallien lui dit : Sire*, ne vous déplace, car n 

Digitized by’vjOO^lC ' 



de Gailien Restauré. jj 

fint vœu que Jamais homme oe me ceidra que Charlemagne, duquel J’ai tant 
ouï parler; j'ai entendu dire aussi plusieurs fois que tous les chevaliers qu’il 
fait, sont tous bons chevaliers. Le duc dit, mon fils , je vous trouve bien 
bien obstiné pour un jeune homme : il est vrai, dit-il; je vous en demandé 
excuse, mais j’en ai fait serment il y a long-temps. Quand le duc vit la vo¬ 
lonté de Galiieji, il lui dit, puisqu'il vous plaît de faire ain^', j’y consent. 
Bellande qui étoit là présente, appella Gailien à part et lui donna un anneau 
très-précieux, dans lequel il y avoit du sang de saint Etienne, puis lui dit; 
jamais homme qui portera cet anneau ne sera las ni blessé en bataille* lui 
ni son cheval; Gailien le reçut fort honnêtement et la remercia, puis le mit 
en soq doigt ; de recbef Bellande lui donna une belle enseigne, et lai donna 
un autre anneau « disant mon cher neveu, puisque vous voulez partir je vous 
.prie de donner cet anneau à votre ami Roland, car il me doit épouser* 
Madame, dit Gailien, je ne manquerai pas de lui donner de Votre part, si 
je le trouve. 

Après qqe Gailien eut été l’espace de huit joiirs avec le duç Regnier et 
qu’il eût été honorablement fêtoyé et qu’on lui eût donné plusieurs beaux 
présens, il prit congé de toute la cour : A son départ chacun se mit à pleu¬ 
rer; le duc appella Gailien et lui dit secrètement, mon enfant, croyez que 
j’ai un grand regret de vous voir partir; mais nonobstant je connois le noble 
courage et la bonne volonté que vous avez de trouver votre pire, je vous 
laisse faire, tuais mou fils, je veux vous avertir d’une cbpse, que quand 
veut seroient en Espagne, en la cour de Charlemagne, de ne vous pas fier 
an comte Ganelon g car c’est le plus déloyal qui jamais fut au monde, s’il 
voit que vous soyiez dans les bonnes' grâces du roi, il eu sera si euvieux 
qu’il fera ensorte de vous jetter hors de la cour, en Vous mettant en mau¬ 
vaise grâce avec le roi, il est redouté en cour pour sa grande richesse, il 
fait souvent disgracier plusieurs barons et braves chevaliers, il n’y a per¬ 
sonne au monde de plus maître que lui ; ainsi gardez - vous donc de luir, 
pallieo le remercia de cette avis, puis prit congé de lhi, dé la duchesse : 
jle Bellande et de tous les princes,, dames et damoiselles, et s’en alla en 
Espagne. ■ • ! 


CHAPITRE XX, 

Comme Gailien rencontra cinquante larroàs , lesquels le voulurent mettre 

'fi mort. 

1 & noble Gailien chemina tant qu’il, arriva dans un bois près d’une rivière 
"auquel il y avoit cinquante larrons, lesquels gardoieni le passage. Quand 
Callien les apperçut, il dit.à Richard; celui qui ne fera pas ici son devoir 
fera réputé poltron, il nous faut écbarper tous ces coquins-là, et n’en point 
laisser en ce pays ; Girard lui dît, Gailien mon ami, vous savez que vous 
êtes encore jeune et que vous n’avez pas encore si grande force'pour attaquer 
tme ai nombreuse troupe de voleurs, je vous prie que nous retourm&ns 

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j4 Histoire j 

promptement à la ville, car s’il vous arrivoît quelque déplaisir t j’en «croit 
beaucoup fâché; c’est pourquoi je vous Supplie de réchef de ne vous point ï 
hasarder ainsi. Gallieit entendant les paroles de Girard, lui dit ^ ne vous met¬ 
tez point en peine pour moi, je vous^ promets que je suis délibéré d’aller 
contr’eux, et si une fois je les puis vaincre, je ferai pendre tous ceux que 
e pourrai attraper il prit donc son heaume et son haubert, et mit sa lance 
jeu 1’artêt, alors Girard lui dit encore : Gallien n’entreprenez point d’aller J 
t ontr’eux, retournons en la ville et nous ferons bien : Je n’en ferai rien, 
dît Gallien, j’.vmerois mieux être mort qu’il me fût reproché que j’eusse fui 
^devant de pareils, sélérats; mais que Dieu me garde Flamberge mon épée que 
le roi Hu&on me donna, fussent - ils deux mille que je ne reculerofs pas., 
Quand Gallien, Girard et les' dix écuyers furent armés,les larronssedisoient ' 
les uns aux autres, voici un beau jëuüe homme bien monté qui vient, leur 
maître dit; j’aurai son cheval devant qu’il soit nuit, ils se mirent an travers 
le chemin, tellement que nul ne pou voit passer : Quand Gallien vit cela, il 
leur dit, canailles que vous êtes, pourquoi nous barrer ainsi le chemin? lais¬ 
sez-nous passer, car nous sommes messagers du roi Charlemagne : alors lo 
maître dit, point de quartier, il faut laisser ici les armes que vous portez et 
votre cheval, car j’ai grand désir de l’avoir; vous en aurez menti, dit Gal¬ 
lien; vous êtes tous des fripons, et je suis surpris de voir le pays de Gêne?' 
si rempli de larrons : j’en trouvai hier trente - deux en un vallon, et j’en 
trouve encore plus aujourd’hui; mais je fais vœu à Dieu de vous exterminer 
fous avant de passer en Espagne; les larrons lui dirent, c’est follement dit, 
vous parlez en jeune homme : Gallien leur répliqua, je suis surpris quêtons 
beaux hommes, bien faits comme vous êtes, s’amusent a*u brigandage, et 
/ d’arrêter ainsi les passant : ils Iu| dirent, tu ne sais ce que fâ dis, car les 
gens de ce pays sont de cette nature, or, finit tes discours et descend'promp¬ 
tement de ce cheval où tü est monté. Quand Gallien les enftendit ainsi par¬ 
ler * il piqua son cheval et mit la lance en l’arrêt, puis frappa le maître d4 
larrons tout au travers du corps et le tua. Girard fut assailli de tontes parts, 
des antres larrons; mais quand Gallien vit qu’ils ne Favoient point suivis,t 
retourna promptement en bataille, mais ce fut bien tard j car ses dix écuyerfl, 
étoient' dé/â tous tués. Quand Gallien les vit, il tira Flamberge, disant : Ahf 
canailles ; vous avez tue mes écuyers, je vous promets que je vpus rendrai 
la pareil avant qu’il soit nuit. Gallien voyant donc ses dix écuyers morts, I 
eut une si grande douleur qu’il ne savoit ce qu’il devoit faire : nonobstant 9 
prît Flamberge , et vint stir les larrons , èt Girard le suivoit, ils s’anintèreof 
d’une telle façon , qu’ils sembloient des lions : Tout ce que Gallien .atteignent 
il le mettait incontinent à mort, il en fit on si grand carnage que c’étoit 
pitié de le voir; les uns fuyoient" par les bois* les autres serendoient à 
merci : Lors Giraud dit à Gallien, nous n’avons plus d’écuyers, ces malheu¬ 
reux larrons les ont rois à mort : Qui mènera maintenant hos sommiers ? 
Gallien dit i Girard, laissons-les courir par les champs, et allons à la pour¬ 
suite des larrons, j’en suis content, dit (Girard, puisqu'il vous plaît. Aussitôt 
ils piquèrent des; éperons et coururent après, ils en trouvèrent quatre qui 
étoient cachés derrière un buisson : Quand ils virent Gallien, fis lui crièrent 

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dt G aliicn Restaure. ■ 35 

merci âf deux genoux, disant : Très-nobles chevaliers « ayez pitié de pous* 
en rhonpeur de Jesus tJhrUt.. Je suis coûtent f dit Gallien, moyennant que 
vous meniez nos sommiers sans nulle tromperie, car on ne se doit pa9 trop 
fier aux larrons. ( , 

Sire, dirent-ils nous le ferons très - volontiers > ayez confiance en nous; 
car quelque mal que nous ayons fait, nous sommes délibérés de bien faire 
maintenant. Alors Gallien se prit à rire, et dit à Girard, nous ne, devons pas 
trop nous fier à eux, mt quand ils spnt pris, ils sont si humbles que c’est 
merveilles de les entendre; mais cp sont humiliations par force qui ne vienne 
pas de bonne volonté. s 


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C H .A P I T R E X X I. 

Comme Gallitn fit mener ses sommiers jusques au château de Montrant, > par 
les quatre larrons , lesquels ils les fit pendre et étrangler quand Us furent 
arrivés . - ~ 


APrès que Gallien eut prit les quatre larrons, il les mena 4roit à ses som- 
il, miers , lesquels étoient errans par les çhamps lia les lfrron? à chaque, 
sommier, et leur donna à chacun une verge pour chasser Jcsdits sommiers.» 
il leurs ôta leurs bâtons et couteaux, disant il,vaut mieuxque Vous meniez?, 
mes sommiers que d’être brigands et voleurs de chemins, il est,bien vrai,, 
dirent les larrons, nous vous suivrons le plutôt que npus poürrpns et ferons, 
.ensorte d’arriver de bonne heure. Suivre, dit Gallien f parbleu vous, irez 
vaut; je yeux vous suivre, non pas que vous me suiviez $ car je ne youz 
quitterai pas de vue. Puis Gallien dit à Girard, voyez la finesse des larrons, 
jamais homme ne sÿ doit fier. Ils cheminèrent tant, qu’envlrop la nuit ils 
arrivèrent en un château nommé Montfilant : Quand ils furent- arrivés,.ilÿ 
croiront les sommiers en l’écurie, puis Gallien envoya chercher la>justice;, eÇ 
/fit pendre les voleurs t ,qui lui dirent : comment, nous avons donc gagné la 

* «tort à conduire vos sommiers ? Gallien dit, larrons , vous mHtvpx ïaitplai- 
sur, aussi je vous eût tous tués si jjeusse voulu, mais de vous laisser encore 

; vivre, vous ferez plus de mal que jamais. Gallien et Girard furent loger i 
Montfilant, en l*taôtcl d'un vaillant homme. Lequel avoir nom Mille.Il avoit 
[une soeur, laquelle se nommoit Sicile, et avait été mariée à un jeune cbe- 

* valier f lequel en son vivant possédait de grands biens en Provence , en un 
. lieu nommé saint Gilles , il mourut à Pinelle, et quand il partit il laissa sa 

* femme frosse d’une fille* Les parens dudit chevalier disoient qu'elle'§ toit 
bâtarde, et que jamais n’hériterait, des biens dudit chevalier* Quand le souper 
fut prêt, ils entrèrent dans une salle qui étoit richement décorée, où ils se 
mirent à table, laquelle étoit garnie de plusieurs sortes de viandes. Le sei¬ 
gneur Mille ne pou voit manger, parce qu'il étoit courroucé pour l’outrage 
qu'oo-voulpii faire à sa sœur. Quand Gallien le vit si pensif, et qu’il ne 
mangeoit point, il lui demanda ce qu’il avoit, et pourquoi il ne maugeoit 
pas : L’irôted*4certes chevalier, j'ai des raisons pour cela, et je vais von* 

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'3 6 . Histoire j 

le» dire. Un chevalier ûatlf de Provence, vint en ce pays et épousa mu tenir, [ 

% il ne fut que deux mois avec elle, et puis s’ett alla, il la laissa grosso d’une| 
Icelle fille : Ce chevalier est mort, et maintenant ses parens disent qu’elle’ 
est bâtarde, et qu’ils la déshériteront, et ont présenté leur gage par trois 
fois, ma sœur n’a point trouvé de champion; je dirai certes la vérité, rot 
soeur n’étoït que bourgeoise, mais pour sa graude beauté, cè chevalier l’é¬ 
pousa, c’est de quoi les parens sont indignés; il n’est nul qui veuille entrer 
ep champ pour elle, pour or, argent ni pierreries, c’est la cause pourquoi je 
suis chagrin * il y a bien dix jours que je n’ai mangé. Mon hôte, ait GaUien, 
manges et réjouissez-vous; car je vous promets que demain au matin je corn* 
hattraiVpQur eHe, puisque le cas est comme vous le dites, et lui ferai tendre 
justice. Alors l’hôte dit à GaUien : Seigneur, je vous promets la foi que si 
n’es* votre bon plaisir de prendre son parti, je vous donnerai une grosse 
somme d’argent; GaUien dit, je vous demande une chose principalement, c’est 
que vous tm fassiez mettre des draps blancs en mon lit, afin que je me re¬ 
pose cette nuit plus à mon aise, pour mieux venger votre sœur. 

L’hôte fit préparer uue chambre pour GaUien; on lui mit des d r *P* blancs, 
Sentant une odeur merveilleuse, la chambre fut si honnêtement parée, parce 
qu’il n’étoit pas possible de mieux faire : puis l'hôte s’assit auprès de' GalBeu, 
rt soupa avec lut. 1 Aprèssoupé les tables furent levées, et l’hôte mena GaUien 
en sa cba’mbe oà il y avoit deux lits ; l’ùnf étoit pour Gallièn, l’autre pour 
Girard; les oreillers étoiept de fine séie ; les courtines de fin damas, et les 
couvertures dé prap très-cher. GaUien et Girard ée couchèrent et dormirent 
d leur aise jusqu’au matin, puis ils se levèrent, et Gallien demanda ses 
tfrmes, lesquels lui furent incontinent apportée par Girard, lequel s’arma 
promptement : Quand GaUien fut armé il sortit de la chambre pour aller \ 
entendre la messe, avec soù hôte et sa sœur, et se recommanda à Dieu. 
Après toutes ses oraison» faites, il appella son hôte et lui dit : Vous me 
Voyez préparer pour combattre et défendre le droit de votre sœur, priez Dieu , 
qiril me vetifilé donner victoire. ^ 


► ♦ < > tT > TT ♦ <[► ♦ i' <v i'i ♦ <;> V<T ♦- -ç' y ♦ «' > + TV ♦ o ♦ o •* v ♦ m t < 


C H A P I T RE XXII. 


Comme Gallien jouta contre douçe- chevaliers pour garder le droit de la mut 
de son hùt *, et cômmc il les vainquit en champ de bataille devant tous Its 
assistant . 


Q Üand l'hôte connut la bonne volonté du noble Gallien ', il le remercia 
grandement de l’honneur qu’il lui faisoit , il sôrtit de l’Église et dit â sa 


ils commencèrent â rire; et aussitôt un des chevaliers se mit* en batàfile, et 
Gallien d’antre part ; il demanda le nom an chevalier, qui lui dit , j’ai nom 

ed )OQlC 



de G alliai Restauré . 37 

tjlotmae de Provence. GalBen lui dit e vous avez tort de dispute* le droit de 
Jette dame; je sois venu ici pour en prendre le parti : Alors piquèrent le? 
pperonsde si grand courage, que Gallien perça de sa laocel’écu et le baur 
;«rt d'Antoine de Provence, telletaent qu’il le perça au travers le corps et 
tomba par terre : Gallien dit; comment, usurpateur* vous voulez avoir, le 
terre de cette damé et de sa fille? je vous jure que je ne le souffrirai pas; 
les autres coururent aux armes pour mettre Gallien à mort ; mais le frère de 
la damé fit sonner le tocsin de la ville sam discontinuer; Aussitôt leshabitaos 
poorurem sur eux : Quand lt?s traîtres virent qu’ils a voient du dessous, ils se 
dirent è fuir à leur grand déshonneur; incontinent on alla pendre Antoine 
5 Provence Tous les seigneurs s’assemblèrent pour.tenir conseil; quand Ils 
rent assemblés ils appelèrent Gallien, et lui vouloient donner la demoiselle 
toute la seigneurie, il n’y voulue consentir ; "car il avolt intention d'aller à 
ncevaux , voir la cour de Charlemagne, y trouve* son père Olivier, ainsi 

E e les douze Pairs de France, lesquels attendoient bataille contre le roi 
irsiile. De Moutfilant il se mit en chemin pour aller en Bspagtrç où étoit 
Charlemagne, et mena avec lui son conducteur Girard* et tant exploitèrent 
k *r leurs journées qu’ils arrivèrent en Espagne, et y trouvèrent Charle- 
tgne, Hs le connurent à cause de son éttndard. Lorsqu'ils arrivèrent) pim- 
aie chevaliers ét oient fort ert peine de savoir qui étoit ce jeune chevalier; 
dwohnt les uns aux autres qu'il paroissoit de grande famille. Quand GaU 
Q fut près de la tente de Cbaslemagne, il mit pied à terre et s’en alla & 
Ijte tente où étoit Charlemagne, et quand il le vit Use jette à ses pieds, 
saluant humblement. - 


l o p aq c 


CHAPITRE XXIII. 


K Comme Gallien fut fait chevalier par Charlemagne . 

Æ £ chevalier GalBen fit tant de diligence, qu’il arriva devant le roi Char- 



111 

levçhoit î 

lé élevé, ensuite j’ai passé par Gênes'/auquel lieu le duc Régnier ' le liardi 
DmbaUant, me donna les armes que je porte et le cheval qpe vous voyez 
I : il vouloit aussi ceindre mon épée; mais je le remercia}, espérant de 
*ns que vous me feriez cette grâce : C’est pourquoi, sire, si c’est Votre 
Uisir, vous me la ceindrez, et tant que je vivrai je me tiendrai votre su* 
t, et voua promets de protéger autant que je pourrai la foi chrétienne. 
Vand Çbarlemagne entendit ainsi parler Gallien, il fut fort joyeux, H> lui 
t mcoftiinent ; qu’il étoit bien juste de le faire chevalier ; puisqu’il avoit 
iflt/fiH de chemin pour 6e sujet. Il fit aussitôt avertir l’arcluvêqueae Rouen ; 
I loi fit/chanter nnç messe haute, puis après la messe cfràuiée, Gallien se 
m à genoint devant lui, et Charlemagne lui ceignit l’épée K et lut chaussa 

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ï* 


Histoin 


l’éperoB du pied droit, puis l’embrassa ainsi qull est d’usage en parûT c», 
en lui disant : Mon enfant, sois toujours honçâie tomme, et exerce conti¬ 
nuellement fa fot catholique ; et en quel lieu que tu sois, maintiens toujours 
le droit et la justice. Alors Gailien le remercia du bien et de«l 9 hoimeur qu'il 
lui a voit fait, puis les pria qu’il lui plût de lut dire où étoit Roland euOli- 
vier f car il avoit grand désir de les voir. .Charlemagne lui dît qu’ib étaient 
en Espagne, et combattaient contre les païens. Gailien lui dit, plût au Sei¬ 
gneur que je fusse avec eux; car je ferois telle destruction de ces maudits 
ftayens, qu’il en seroit mémoire à tous jamais. Quand Ganelon qui étoit avee 
Charlemagne, ouit ainsi parler Gailien, cela kri déplût, il lui dit ainsi ; Va 
te vanter ailleurs, je ne te crois point, car cîest le caraetire des Lombards 
de se vanter ainsi; et incontinent Ganèlon commença à soigner du nez, cr 
se pâma de peur que la trahison qu’il avoit faite ne vint à être découverte. 
Quand Gailien se Vit ainsi outrager, il fut si courroucé en son cœur quH 
ipe sa voit que faire, il dit à Ganelon, vous mentez traître que vous êtes, 

{ ~e ne suis pas Lombard ; il le voulut frapper* mais les* parens de Ganelod 
*en empêchèrent avec Girard, le conducteur de Gailien, qui dit à hauie 
voix;.point de bruit , car si quelqu’un met la main sur le fils d'Olivier 1er 
Marquis \ je' lui ôterai la vie, il en arrivera ce qu’il pourra , et mit aifsshftt 
la main à l’épée comme Vaillant et hardi. Quand Charlemagne apperçut là 
querelle, et quHI sut que ce jeune homme droit le fils d’Olivier, il dit à haute 
voix, que celui qui auroijt l’audace de mettre la main sur Gailien , qufil le 
feroit pendre et étrangler ; alors les païens de Ganelon ne l'osoiént plus 
approcher,, car ils craignoient Charlemagne. Le soir.étant Venu , les tables 
furent dressées et ôn soupa : Quand Charlemagne fut assis, il'fit venir 
Gailien auprès* dé lui, car il savoit bien que «t les parens de Ganélon të 
pou voient tenir, qu’il lui feroient du déplaisir, après' souper chacun s’ellà 
reposer, et Charlemagne «songea cette nuit-là un éonge merveilleux, cari 
lui sembloit qu’il étoit en une eau profonde jusques au ventre , et que son neveu 
Roland et Olivier , étaient tous plongés dans leur sang. Quand le duc Naimej 
entendit le songe de Charlemagne ; il commença à pleurer «tendrement, ê 
dit: j’ai péur que dans peu de temps Charlemagne ne soit affligé; et qui 
ne perde la fltur et lanoblesse de son royaume;" et quand il,eut 1 un pci 
pensé, il se tourna vers Charlemagne, et lui dit> Mon trbs-éhdrsouverains 
il me semble qu’il seroit bon que’ chacun s’armât promptettfeht, at que-nod 
allassions à Roncevaux, car je vous assure qu'avant qu’il *soit demain* fa 
peur que Roland, Olivier .et les autres Pairs de France ne strient fort em¬ 


barrassé. Quand le maître Ganelon entendit ainsi parler le duc N aimes, f 


commença à dire, où sont ceux qui oseroiedt entreprendre d’aller attaque; 
Roland, Olivier et les‘autres Pairs de France? ne sont-ils pas vingt miM, 
des meilleurs combat tans qui sont en votre royaume ? il dîsoir tout ^eci afii; 
de détourner Charlemagne d’y allen Hélas! le tràître savoit bien Ja trabisoi 
qui devoit arriver, et comme les douze Pairs dévoient tous mourir à Ron 
cevaux, et à cause des paroles de Ganelon l’armée de Charlemagne fù 
détournés d’y aller , nonobstant qu’on y fût_allé assez à temps» 

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it Çalîien Restauré. 


3 » 


C H A P I T 


R £ 

/ • 


XXIV. 


Comme le roi Manille, mena d Ronny aux, quatre cens mille Turcs contre 
les âouqe Pairs de France , â cause de la trahison qu*il avoit faite avec 
Ganelon . 

DEndant que Charlemagne et le due Haïmes étaient i parler des douze 
1 Pairs y le traître Ganelon qui les avpit vendus au roi Manille, les dé¬ 
tournent toujours d'aller A leur secours par son faux langage, i cause des 
deniers qu’ils avoieht reçus. Le roi Marsille se prépara, et mena avec lui 
faits cens mille payons pour en aller faire l'expédition s ce n'étoit que 
trop, car les troupes du rot Charlemagne n’étoient que vingt mille. Hélas ! 
traître Ganelon 1 quel déplaisir t’a voit fait Roland, qui était ton bon et 
loyal ami? que t’avoit fait le noble Olivier, son compagnon? que t'a faitlo 
bon archevêque Turpin et tous les autres ? certes il failoit être aussi méchant 
?ue tu l’est pour faire une telle action. O noble Charlemagne ! si tu eusses 
>û la trabison tu eusses têt mis remède. Le roi Marsille exploita tant qu’il 
arriva à Roncevaux : Quand Olivier vit tant de payens, il les montra A 
Roland, et lui dit; hélas ! mpn cher ami, nous pouvons bien connohre 
maintenant que nous sommes vendus, nous ne sommes que vingt mille , 
contré quatre cens mille: je vous prie, sonnez de votre cor, afin que votre 
oncle Charlemagne vous entende, et qu’il vienne A notre secours. Roland 
répondit; je vous prje, prenez courage, car plus je vois venir de payens, 
« pins le -courage me croit, j’ai espérance que mon épée Durandai en mettra 
lujourd’hui A mort plus de sept mille. Pendant qu’ils parlqieat, Y es payenc 
Fenoient toujours de tontes parts sur eux, tellement qu’ils se virent envi- 
Oaoés de tous côtés. De rechef l’archevêque Turpin et les autres Pairs do 
fronce, prièrent Roland qu’il sonnât de son cor, mais il n'en voulût rien 
fore, et leur dit *. Seigneurs, prenez courage, car je crois que si tous les 
layons étaient ici aujourd’hui, je les mettrais A mort. Le roi Marsille ex¬ 
ploita tant qu'il vint auprès des Pairs, il apperçut Roland et Olivier, il leur 
lit A haute voix : Vassaux ÿ votât me coûtes une grande somme pour la 
teuditioB que Ganelon •'fait de vous; mais par mes dieux, aujourd’hui j’en 
ferai dédommagez.; Quand Roland l'entendit ainsi parler, il anima son grand 
pnrage, et incontinent il prit sa lance et Olivier la sienne, et allèrent droit 
fe> lieu où étoit Marsille, ils firent tel carnage qu’il n’y avoit payen qui 
osât se trouver devant eux, tant ils étaient animes. Roland tira Durandai 
fm épée, et dit; dDurandai, ma bonne épée ! montre aujourd’hui ta vertu; 
B frappoit de côte et d’autre si courageusement, que tout ce qu’il atteignoit 
ne pouvoit lui résister. Olivier étoit auprès de lui frappoit de toute sa force-; 
«nfiû c'était chose merveilleuse A voir. Pensez que les autres Pairs n'en fai- 
feitnt pas moins , chacun d’eux s’y employait le mieux qu'il pouvoit, il fut 

fot mile défaite des paycns A ce premier assaut , qu’il en mourut bien treize 

' ^toosie ’ 




*46 Histoire 

nSIe. HïM fit tant qu’il arriva près du roi Marsiile, et aussitôt lui port» 
un coup de ton épée Durandal, sur son heaume, que le feu efa sortit dr 
la force du coup. Quand Marsiile se sentit aÎHsi frappé, il fut grandement 
irrité, il essaya de frppper Roland, mais' il lui para le coup, et lui en porta 
çn même-temps un autre, duquel il lui abattit la main gauche ; Quand le 
ïoi Marsiile se sentit ainsi blessé, il fit aussitôt sonner h retraite, car U 
nuit approehoit fort. A cette première attaque, il mourut btun sir mi Ht 
Français, ce qui fit beaucoup de peine à Roland. Quand le soir fut venu, 
le roi jura du grand de'pit qu’il avoit de ce que Roland lut «voit coupé h 1 
jfciain, que le lendemain il menerott tâüt de payons, qu’il n’écbapperoit pat 
lin chrétien. Pendant toute la nuit, les payens arrivoient de tous côtés, 
ainsi ils recommencèrent la bataille dès le matin s! rudement que c’étoitli 
plus grande pitiédu monde. Roland et Olivier faisoient tel abattis de payens; 1 
qu’il n’y avoit rièq de semblable, tuais il arrivoit tant de payens de tonte! 
parts, qu’il n’étoit pas .possible de le» nombrer. Et quand Roland vit U 
grande et innumérable multitude de payens arriver, il dit à Olivier; hélas! 
mon fchet ami, comment est-il possible que nou« puissions résister oontW 1 
tant de barbares ; et ainsi qu’il disoit ces paroles, l’archevêque Turpin arrivé 
avec eux, et leur dit : Hélas ! mes cbers frères et amis, il faut prendre 
Cooràge. Il âppella Roland, et lui dit, Il me.semble qu’il æroittemps â nette 
Heure de sonner de Votre cor, car vpus voyez devant Vos yeux que de! 
douze Pairs de France, nous ne sommes plus qtie six, et encore je sait 
blessé à mort. Quand Roland entendit que des douze il n'étoient plus qui 
rit, 11 éa fut fort affligé, il prit son cor et le sonna par trois fois si fort, 
gue le son du cor (par le pouvoir de Dieu ) fut si merveilleux qu'on l’en- 1 
teQdoit de Sept lieues, et ledit soit alla jUsques au camp de Cbarlemagoé 
Roland dans le tnoment apperçut Gbdefroy de Bouillon, lequel étoit blessé 1 
de dix*plaies mortelles; il lui dit : Hélas ! Godefroy mon Ami, tâchez dt 
tous échapper des mains de cas malheureux sarrasins, et l’allez faire sa volt 
VÎlement a mon oncle Charlemagne, et lui direz l’infortune qui nous es' 
Arrivée, et qu'il lui plaise nous donner du secours , ou autrement jamû 
itoüs n’écbappérons des mains de» payeïis. Qodefroy partit aussitôt en le 
recommandant 4 Notrt-Seigneür. Nous laisserons à parler de» douze Pair 
gui ne sont plus que^six, pour parler-de Charlemagne qui est en son camp 

oswnriiMttMiinHznriiHBaiBiitaHanHMiui^Bi 

.-‘i G H APURE X X V. 

Comme Chdrlemügne étant dans son pavillon avec plusieurs barons , entendit b 
cor de Roland qui demandait du secoiirs, et comme Ganelon ten détournait, ' 

ipsHarlenifigne étant eri sbn pavillon avec pluaieurs barons, entendirent I 
son du cor de Roland , qui étoit très - impétueux, dont Os furent for 
fitènnés ; Charlemagne demanda ou duc Naimes, ce. qu’il lui en sembioit, i 
toi répondit t Sire,-les Pair* «mut en danger » c’est pourquoi si vous, m 

Digitized by VjOOQLC - yOUÎC 


dt GdlUtn Itestakri. 


41 


rdtaleO croire * Tons ferez partir votre armée pour y aller * car Roland 
ms accoutumé de sonner du car si Fortement. Ganelon dit à CbarfetttagneT 
Sire, si la chose étoit ainsi, tous en auries eu des nouvelles. Outre pltis ils 
ioot vingt mille, qui valeut bieti toute l'armée de vos ennemist quand tons 
le» pajens seroient devant Roland et Olivier, ils ne s’eq mettroieot pas plu,' 


t v y»*™ mjt « poim ue «ureie eu lui r Aàatiiea 

Hoit toujours auprès dé Cbarlemague, et lepressoit, en disant t Hélas 1 Sire 
oe verrai je jamais mon père Olivier, et mou oncle Roland ? certes j’ai grand 1 
«ur qu’ils payant quelque manvabe affaire. Plaise à votre majesté impériale 
U «ne donner congé pour aller an-devant d’eux, car je. suis en peine de 
«voir de leurs nouvelles. Cela fit de la peine à Ganelon, quand ». entendit 
fs requête de Gallien, il tâcha de len détourner, car il aypjt peur uups’it « 
illoit qu*|l n’apperçût sa trahison. Toutefois Gallien pria tant CbariemjCDé 
]u'il |ui donna congé. Il appella Girard, et se fit arpjer sans nul délai . nui* 
uonta sur son cheval Marcepîn, U le faboit beau voir. Tous les barons lu 
lénissoient, et disoient, que c’éieil le plus beau chevalier que jamais on pût 
'oir. Quand le traître Ganelon connut que Gallien étoit si généreux, il cqtn- 
nença à le maudire eu son eau», et dit à Charlemagne; votre maieStélm- 
lériale derroit Faire revenir Gallien, et preudrez son cheval pour vous, et , 
loi en donnerez un autre, car je crois qu’au mondé il n’y a pas son pare» 
Charlemagne répondit, il convient mieux à Gallien qu’à moi : Ganelon dboit 
ont eela poul détourner le Voyage. Gallien vint vers Charlemagne et prit 

! >ngé de lui, et lui dit ; Sire, si vous croyez Ganelon , vous pourrez bien 
pus en repentir ; car je crois fermement qu’il a Vendu les douze Pairs de 
.'noce. A ce discours plusieurs chevaliers qui éioîept en la eouspggnie furent 
pus bien étonnés, et aussitôt Gallien partit. Le duc Naimcs et plusieurs 
|tre* barons firent tant, que Charlemagne fit promptement partir soq arrf 
*fe, mais e’étoit trop trad, car jamais ne verra nul des Pairs vif. Gallien 



igné de la mauvaise fortune qui étoit arrivée aux douze Paijrs. Incontinent 
le Gallien les vjt, il fut à lui et le salua honnêtement, en lui demandant 
iù il vendit, et où U alloit : Godefroy lui laconta en bref la trahison que 
nelon leur avoit faite, et le danger où Us étoient. Quand Gallien entendit 
*» paroles de Godefroy, H fut fort courroucé : Godefroy le pria de retour, 
kr e| qu’il ne fût pas plus avant, parce qu'il y a une si grande multitude dn 
fc *ena, que ce seroit un bonheur s’il én échappoit, qu’il valolt uiieuxqu’i} 
>t porter cette nouvelle au roi; car je suis si blessé que je ,0e peux foire 
licence : De laquelle prière, Gallien ne voulut rien frire., rimais if 1^ dit 
ta devant qu'il retournât, il auroit son corps blessé de trente îplales , et 
'ainsi vifs ou morts, il trouveroit Rolaud et Olivier son père. Quand 
-lefrqy vit qu’il avoit si grand courage, il prit son chemin pour faire son 
■"je* ot arriva au camp do Charlomaguè, où il trouva qu’il se prévoit 
• - ' '' ' "" ° igle 


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4V § Ulstolrt 

aîn*1 que 'tes hâtons, poux aller â Ronce vaux, 
Fiance. - 


afin de lecourlr le* Pairs de■; 




* • •'■'/'V'" C H À P I T R E X X V I. 

Compte Godefroy vint àimonut a Charlemagne ^ la trahison tfue Ganelon avait 
fait aux Suit Pairf de France, U cobimeil Us vendit au roi Marsilïe, U 
en reçue de grands trésors, , 

Jfc Près, que Godefroy enl laissé Gallîen, qui s'en allait â Route vaux , cher- 
^ ckr son père Olivier et Roland , il fit si grande diligence qu’il arriva aû 
raré^p *de Charlcmâgney lequel se préparait pour retourner à Ronce vaux : 
luroüHiieert Vint aü-devant de Charles J et lui dir, bon empereur; je votif 
«aine 4e la^-jfart tle RolaUd votre neveu, Gtfvîér, Turpin et Berangeç; les- . 
quels sont àRonceVaux, ed grand danger^ parce que le traître Ganelon, 
les a trrhis , ils Vous demandent virement du secours, otr autrement jamais 
vous ne lès verrez; des douze cous ne sommes plus que six , desquels nou» 
sommes cinq de blessé à mort, et afin que Vous connoistiez mieux la vérité, 
regardez* fat dix plaies mortelles sur mon corps. Quand Charles entendit 
tquil S âWiemüéié trahis, il regarda les plaies de Godefroy, et tomba pâmé à 
terre comme 5*8 eût été mort. Quand il fut te Ven û de sa pâmoison, il'fit 
sonner vîteineot la trompette, pour aller â leW secours* Ganaloo * qui émit 
là présent, commença à dire à l'empereur, 6'il est vrai ce que Godefroy vous 

i- 

à 

carnage qu'il en 

sera parlé a» temps à venir, cai- fai grande volonté de les réduire. Mais es'* j 
Il possible que voire majesté impériale croie que je Tai trahie. Vous savez 
que fai degrandes richesses; c’est pourquoi je naî pas l'ame assez noire pour 
taire une pârdÜe action. Alors Charlemagne fui dit, s’il est vrai que vota ! 
avez fait cette trahison, je vous jure mon baptême , que la mort ne vous peut 
fuir, giré, quand ypus serez à RonceVaux, Roland ni les autres Pairs ne di¬ 
rons pàï qqe |e suis cause de cette trahison. Charlemagne et ses troupes pa?- j 
tireWMàhs |diis séjourner , pour al!er au secours des douze Pairs , et melia 
^Ganelon àvéc Itii. On dounâ à Godefroy de bons médecins et ebirurgrenspour 
iguérir plaiesmais il étoit si fort blessé, que peu de temps àpr§ il ipou- ! 
sut , dot3t ses parens furent bien fâchés. Ce traître Ganelon cônnoissant qu’il 
'ne pôïivéît'se 4 dis penser d’aller avec Charlemagne à Roncevaux, et que là tra- , 
tiisoft 'déftutfirtt, il ptit un maréchal et fit ferrer so,n cheval le devant 
detrièiW,/afin q’u’if jyût s’échapper plus facilement quand il sèroit temps, Ha 
Üireht gfandé diligtCçè et arrivèrent à Ronce vaux. ! / " 

, * * * , ■ t 

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43 


de G allie n Rtstayrl, 


[V ♦ T» ♦ •»•<> » O ♦ <> » < » À<> ♦ < > ♦ < <* » » *ir ♦ 4 + ♦ * 


/CHAPITRE XXVII, 

Comme aprls que le noble Gallitn eut rencontre Godefroy ^ il f en alla, à 
Ronuvaux , ou il fut attaqué dc~dix payent* s ' 

O TTand Gallien eut pris congé de Godefroy, H prit son chemin droit 4 
Hooqevaux, croyant trouver Olivier et Roland.; mais avant qnil les put 
tiouver 11 eut plusieurs assauts; car incontinent 'qu’il fut à Ronce vaux f il 
regarda d’un côté et d’autre , et y voyait tant de morts que cetoit une chose 
épouvautabie. Lors il dit 4 Girard; comment est il possible que fe pu'iase 
trouver mon père Olivier et mon oncle Roland? Hélas ! je ne sala s’ils sont 
^orts ou vivant, quand même |e les verrpis J je ne le? pourrois pas coupoître. 
Et comme il disoit ces paroles il étoit pensif sur l’arçon desa selle : Dans ce' 
ràomcnt il vint i lqi dix payées qui descendoient d’auprès d’une grande ro¬ 
che, leur maître étoit appeflé Martineau, l’un des forts et merveilleux turcs 
qui fut en toute la Turquie. Quand Gallitn les vit jl fut à eux , et. leur cria 
i haute voix : Seigneurs »• êtes* vous chrétien* ? Alors itsrfiueaif répondit, qui 
que nous soyons, tu estÿbLn hardi d’appaocher si pria de npus ; retire-toi 
d’ici. Quand Gatlien l’entendit, il leur lit : Je vous prit, nu Vous moques 
point de moi; dites-moi, s’il vous plaît t des nouvelles de Roland et d’Oli- 
^ier, s’ils sont morts ou vifs : Martineau lut répondit* Roland est mort; et 
ai joûté contre Olivier et le perça au travers du eprps de cet épieu que je 
l* e ns en ma main; outre plus, je vais cherchant leurs tête# pont les porter 
au roi Marsille. Gallien fut fort triste de ces paroles fit dit à Martineau, tu 
que tu as tué Olivier, mon très - noble père; il que je venge sa 
non* Us mirent leurs lances en l’arrêt et coururent l’un sur l’autre , du coup 
que Gallien donna à Martineau , il le fit chanceler do dessus son cheval, iis ‘ 
unirent encore Tépée a la main, et se donnèfeut plusieurs coups ; Gatlien 
Vouloir sur le champ ,v«§Pger la mort de son père, il tira de rechef Flam- 
berge sou épée, de laquelle i\ lui donna un rigraudcoup, quitte* fendit la 
|éie dont 11 tomba mort. Quand,les autres payons virent MariMéat* mort* 
Ils coururent sur Gallien , mais Girard qui étoit-14 le défendit. Gallien voyant 
qtftîs s’efforçoient de lut faire dommage, il se* mit dans une telle fureur , 
qoiten mit. un oju deux tout en pièces. ■ . « ■- * 

Quand les payons firent qu’ils ne pouvoient résister contre Galfien, ils se 
mirent en ,fuite, mais il les poursuivit tant, qu’il en tua quatre : Pendant 
qu’il étoit £cbauné à la bataille, quelques payens vinrent sur Girard; et la 
tuèrent, dont Gallien eut grande douleur. Les payons se mirent rncontîneni 
to fuite, et allèrent annoncer an roi binard, comme Martineau itoit mort. 

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CH A P I T R E X X V I I I. 

Gommé lis nouvelles furent apportées au roi Pinard , qui son neveu Martineau 
, avait été tué en se battant contre Gallien . 

À Pris h défaite de Mértfoeau, trois payons se mirent incontinent en faite 
***• lorsqu’ils virent la vaillance de Gallien, Us furent au roi Pinard, Tundei 
Merveilleux turcs qui fut en Turquie, ils lui dirent la mauvaise aventure 
qu’il leur étôlt arrivé, en Jtri disant : Faites promptement armer vos gens, 
«ar après la -roche fort* est l'un des merveilleux chrétiens qui soit en toute la 
^ ch rétien neté ; il est en<,é*e jeune homme, mais il a un tel courage, que s’8 
Ven oit mille italiens contre lui it ne s’en mettroit pas en peine. Votre neveu 
*t nous étions £ Roncevaux% cherchant le duc Roland et le comte Olivier 
pour porter leur* ifites au rot Marsille, mais quand ce jeune chevalier nous 
ftpperçut* aussitôt est Venu droit à nous, et nous demanda si bous étions 
paye»» Ou chrétiens, et si nous lui pourrions dire des nouvelles de Roland 
et d’ÜltVietv; quand Martineau l’entendit ainsi parler, H se moqua dc-lui,, 
gisant que le duc Roland Aoit mort, et qu’il a voit joûté contre le comte, 
Olivier. Quand il entendit ainsi parler votre neveu Martineau , il fut si cour¬ 
roucé % qu’il n’est pas possible à l’homme vivant de l’être plus : Aussitôt il i 
Vint attaquer Martineau, et lui donna un coup dessus son heaume, qu’il toi 
l»Udit la tète jusqu'aux épaules, nous voyant ce fait, Voulions venger l* 
Short dudit Martineau, et nous nous mîmes en bataille contre lui , mais tout 
ttela lie Servir de rien ; Car à chaque coup qu’il frappoit ce qu’il atteignoit il 
le mettait tgi pièce 5 or, desdix que nous étions nous n’en sommes échappai 
que trois. Quand le roi Pinard entendit dire que son neveu Martineau étoj 
ènorti il leur dit, si mon neveu est mort, ça été par son imprudence, u 
ti’est voulu moquer de ce chevalier, eû lu» disant qu'il av.oit tué ton pèref 
etfeofatitena vengé la mort, c’est la raison. Dites-moi donc quelles armes! 
purto ôe chevalier, et quelle enseigne; car j’ai fait serment>â nos [dieux« 
devoir raison de cela. Alors les messagers lui dépeignirent la façon - et nra^ 
hlèro du chevalier, eû lui disant qu’il étoit monté sur J’un des meilleurs 
fcheVaux qui soit dans tout le monde. Il porte pendu à son col une large en 
chatbpissure d’axur, et au milieu de ladite large une croix rouge, laquelle 
deux t|ons ram pans tiennent chacun à son côtéj cette targe est faite et, 
Composée très * précieusement, toute émaillée de pierres précieuses, & sou 
heaume est attachée une escarboucle laquelle rend une si merveilleuse clarté, 
qu’elle resplendît une demie lieue loin, et rend aussi grande clarté de nuit 
que de jour* 

Après que le roi Pinard eut interrogé les messager# sur les façons et noa« 
nières du jeune Gallien, U commença à dire, je vous jur# qu'il est du aand 
du due Régnier, c’est pourquoi il est d’une race hardie* car il me souvient 
de favoir VU à Gènes avec le duc Regnier : Tôt , qu’on m’apptirlu' mm 

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ék traBbn Restauré. 4$ 

irmet ; car je me veux aller battre contre lui. Incontinent on les lui apporta, 
juand il fut prêt il empoigna sa lance et pendit'son écu à son col, puis de 
une monta à cheval, quand fl fut dessus# il appella un de ceux qui lui 
(voient apporté les nouvelles, et lui dit : Allés donc' promptement découvrir 
iù eèt ce chevalier quand le messager entendit ainsi parler le roi Pinard : 
I lui dit; certes, Sire, ne vous déplaise, car quaqd je devais gagner toutes 
es richesses du monde, je ne me voudrois pas trouver devant ce chrétien s 
0 roi fut fort courroucé de cette réponse, et le dngracia sur le champ. De 
dus, il dit devant tous les assiitans qu’il iroit tout .<eul pour Ip combattre. 
<e roi Pinard avoit un neveu qu’on appelloit Corsuble, lequel éteit merveil- 
mac chevalier.. Corsuble, vint au rpi Pinard, et lui dit ; mon oncle, je vous 
•rie que que j’aille mot-même joûter contre ce chrétien, car j ai grand doute 
;u’ll ne vous fasse quelque mal; il est impossible puisqu'il est de la lignée 
u duc Régnier, qu'il ne soit vaillant. Alors le roiPinard se courrouça contre 
,'orsnble, son nevtp, parce qu’A vantoit sa force et méprisent celle du roi 
’inard : Il dit donc à son neven, ne plaide à nos dieux qu’il me soit repro- 
hé que je sois de petite force, et je vous promets que je me battrai aujour- 
’bni avec lui si je le peux trouver. U commanda qu'on lui apportât d'un 
liguent qui est d’une telle Vertu que quand , on Ven frotte le corps et tous 
es membres, on a la peau aussi dure que l’acier, et n’jr * ferrement au 
îonde qui puisse mordroAdessus. 

Quand le joi Pinard fut oiugt de cet onguent U s'arma le mieux qu’il lui 
ui possible, puis quand U fin prêt monta à cheval promptement, car il 
voit grande volonie^de trouver Gallien pour combattre contre lui : Le roi 
lant prêt de partir, aq] eUa tous ses barous, et leur dit i haute voix s Sei- 
tuurs, je m’en vais pour comhattrè ce chrétien; c’est pourquoi je vous, pria 
oe personne ne me suive, car j’ai espérance qtiV, jourd’hut je vous Yame- 
erai vif du mort, vous dites qu’ilfot si fort et si vaillant, mais Vous verres 
evant qu’il soit nuit* qui! aura trouvé plus fort due lui. Mab on dît en 
)mmub proverbe, que qui croit battre est souvent battu, ainsi énlva-t-Hau 
n Pinard, car il se promettait la yictoiro sûre mab tout fut autrement $ 
Hmne vous le verrez ci-après. 


j y j .y 4 \ ♦ -+ t > / t ♦ < > » , ■». j,v y y ^ , ■ y < , *»-< , i , <• 


CHAPITRE XXIX. 

oniait Uroi Pinard, t*tn alla tn une profond* vallée, où il trouv'a G ail un 
qui dormoit, tt contint son cheval Marctpin , t éveilla en frappant du pitd, 
quand il vit vtnir U roi Pinard 

' I roi Pinard' prit congé de tous tes gens * puis marcha tant qui! arriva 
, J an nne profende vallée en laquelle Gallien qui repos oit , il avoit passé 
>n b cas dans !a bride de son cheval Quand Pinard l'apperçut, il le connue 
leu aux marques qu’on lui avoit désignées* Marcepin voyant son maître qui 
ota»ttÿ 0 mil eoanoissent ( parle vouloir de Oku) q«« Pinard était |o> 



A* Histoire * 

adversaire, U frappa du pie& droit) un si grarid^coup que Gallten Eut étonné, 
îi regardai côté de lui et vit Pinard qui venoit droit â lui à toute bride, dout 
Gallien n’eut aucunement peur, quoiqu’il fût désarmé. Quand le roi Pinard 
fut jprès de Gallien, il lui cria â haute voix : Chevalier) tu périras aujour¬ 
d’hui cfe ma main, mais je ne te toucherai pas que tu ne sois armé en 
guerre; je te remercie) dit Galiieu 9 car je prierois tes dieux quil te rendent 
la pareille, mais ils n’ont aueun pouyoirr Quand Pinard entendit ces paro¬ 
les, il en fut courroucé. Gallien s’arma doue promptement, puis monta sur 
Marçepîn : Pinard lui demanda s’il étoit de Gênes , et d’où il venait; Gallien 
lui dit que non, et qu’il venoit du camp de Charlemagne pour venger la mort 
des douze Pairs de franco. Quand Pinard l’entendit ain« parler; il lui cria 
à haute voix : Chrétien, momre-toi tel que tu est; car aujourd’hui je te ren¬ 
drai au roi Manille, vif ou mort. Gallten. fut courroucé (fouir telles paroles, 
et dit à Pinard : Payeo tu te pourrais hiec^ tromper, lia mirent leurs lauces 
en l’arrêt) puis piquèrent des deux, et se donnèrent plusieurs coups 9 mais 
Pinard a voit la peau aussi dur que le fer de la iançe d e Gallien ) car il lui: 
en donna plusieurs coups sans pouvoir la percer, AIoçs Pinard dit } Gallieo : 
tu as un noble courage : Je te prie de rechef de me dire si tu est du *aog 
du duc Rtgniei, te hardi. 

Quand Gallien entendit que le roi pinard Voulpit sa voir d’oùilétolt ,il lui 
dit Payen, il n’est pas temps de parler de cela; mais il faut voir qui aura 
la victoire, Pinard fui encore plus aurpris du grapd courage de Gallien, ils; 
té donnoient de grands coups de sabre, tellement que Pinard» abattit i’escar- 
boucle du heaume de Gallien; qu«$nd Gallien sentit le coup il fut irrité, et 
ce Fiamberge donna un tel çpup i Pinard, sur l’épanl , qui lui coupa toute 
t*a cuirassej mais >1 ne put entamer la chair. Gallten fut hjen étonné de ce 
qu’il ne ppuvoit faire sang au Payen, et dit : Oh ! Flatnberge, ma bonne 
épée, d’p$ procède que vous ne pouvez entrer dans, la chair de ce payée.) 
Pinard entendant ces paroles, lui dit; Français, tu pourras çounettre tantôt 
ce que je suis; pense et crois feruiéeneqt que,tu pe pourras pasfairesang: 
car quand tu frapperois sur moi de tan épée, dix jwm entiers , et que le fnssl 
tout nud , tu rie me sauroit faire aucun mal ; crois qu’hÿarje, ti^as$a| RoUn$ 
de dessus son cheval, puis j’allai joûter contre le comte Olivier, auquel .je 
coupai la tête. Et si de plus, j’ai fait moüfff de cëttë épéè pte 4e câûq écris 
chrétiens : C’est pourquoi tu peux croire^que c’est fait de toi. 



: CH À Pi T R E X x x. 


Comme Gallien abattit Pinard par terre> et coupa i* moitié du col de son chevet 
• a aussi comme Gatiien rua &r*$dU\ et donna pon cherql dP 'uUtd. 

r\pand Gallten eut eptendu les pa^ojes du roi pUmd> il t .Pàyen. 

V çrqis /certainement qu’hier, j* trouvai.90 ; ygillarit», gom^ u fu le .sat 3 , et û 
podrfcpt jg- le ^ * & { % 

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( . I 


de G ail un Restauré. 47 

tffetâîëc que je sais faire. Quand Pinard entendit ainsi parler Gallien, it 
1 + - * *— * L Bure f et te garde bien de moi. A cette parole 

PinarAcrut frapper Gallien sur le heaume 4 
mais il para le coup 9 après qu’il Peut paré , il donna de sa Flamberge un 
tel coup à Pinard, qu’fl le jetta par terre , et tomba la moitié du col de son 
Bbevaf, quand GaîKen le vft ainsi tomber) il lui dit; payen, tu as vû coque 
mon épée sait' faire. 



que 

ie dessus les épaules si l’eusse voulu j? tu dis vrai, dit Gallien « aussi tu 
peux t’assurer que je ne te toucherai pas que tu ne sois monté à cheval 
comme itoob Au montent qu’ils parloient ensemble « Gallien Regarda derrière 
loi tt ap perçut un payen, qu’on appflloit .Brufelle, qui étoit neveu do PU 
nard : Brufelle étoit embusqué la auprès, afin que si Gallien eut pris Pinard 9 
I fit Venu èt l’eût secouru. Aussitôt oUe Gallien l’apperçut il piqua son obé¬ 
rai Mareepin et Papprocha , disant : Payen, allons, vîtement les armes en 
main : Gallien et Brufelle mirent donc leurs lances en l'arrêt, puis piquèrent 
les éperons pour venir l’un contre l’autre, et sç portèrent de grands coups; 
mai* Gallien les-frappa de si grande force, qu’il lui passa sa lance au travers 
du corps, dont it tomba mort Galliep prit le cheval de Brufelle, et le mena 
1 Piuard i en lui disant, tu oq’as fait un plaisir, et moi je t’en fais un autre 
tn te donnant ce cheval. Alors Pinaçd lui dit, je ne tje Remercie pas, car le 
cbeval pst A mon neveu que tu vien? de tuer; mais je fais vœu a mes dieux K 

I uavant que je parte d’ici, je t’ôterai fa tête djp dessus les êjpaules. Gaïlieo 
it au payen , montre à ton tour ce que tu sais faire, et ne te vante point 
‘aot ; ils recommencèrent leur bataille plus fort que devant : Gallien frap- 
toit sur Pinard courageusement, et Pinard frappoit Gallien de telle façon 
{Vil lui abattit un sourcil de l’qsil» dont le sang couloit fortement : Pinard 

Î i avoît grande joie d’avoir fait un tel coup , dit A Gallien , que te semble-tîl 
mon, épée ? lu n’âs jamais trouvé un tel barbier; quand Gallien vit la 
ftillerie de Pinard, il pjia Notre-Seigneur qu’il lui plût être A son secours. 
Après qu’il eut fait son oraison, i) reprit Fiamberge son épée et en donna 
b si grands coups A Pinard , qu’il emporta la manche de sa cuirasse, et 
toupa la bouclé dedes.us. de façon qu’il lui mit le bras nuij ; p*is de re- 

__1- .1.!. Vji-Jt- _>t J Jî. J 11. ' t- . e* 



..-, . Us ne pouvoîent 

< rkp faire. Quand Pinard vit que Gallien approeboit, il vint à lui et tut 
Éfc * û tju veux nous ferons line trêve pour jusjju’^u jour, car tu vqis que la 
Approche , de plus je suis si las que je z^e peux /plus soutenir , et de* 
tpu* reviendrons achever notre bataille , Gallien en fut coûtent ; car il 
? 8 |Ü fçrt fatigué, il lui (JH qu’il lui donnent congé pour jusqu’au len* 

J *«! *kndrojtlà;,.et qu’il n’fvqii o$ frfea, 
suifs qu’il éioif bien fàcné pour fou cbeval qui b avoir ni foin r 


48 Histoire j 

avoine.Pîaard lu! Ait : Chrétien» si tu veux venir av« moi, je té- jarè foi 
et loyauté, que je tiendrai bien â bonsieur que tu vienne dans ma tente, 
ton cheval aura du foin et de l’avoioé eu abondance» et je te promets que 
oui fiayen ne te fera aucun déplaisir. Après que Gallien eut entendu ion 
discours» Il loi dit Payen, me puisse bien fier à toi ? Oui, dit Pinard, en 
foi de chevalier , Alors Gallon consentit d'aller avec lui » il le mena en sa 
tente » et le régala toute la nuit fort honorablement » dont Gallien eu fut 
très-content, car le payen lui tint sa parole. 

tx tûOÉ wagnstBÊKB watmaaoat umaaaDnat waaaiM xtmaatsBDüBBa a B B x a 

CH AP I T R E XXX I. 

• ï' 

Comme Gallien; vint le lendemain matin heurter à la porte du roi Pinard 9 en lui 
disant qu'il se levât * es qù'il etoit temps de conter avec son hôte , et comme ta 
s'en retournant au champ de bataille il rencontra quatre tans , dont il en tue* 
trois . % ' 

L E roi Pinard , sur la foi du rai 9 mena Gallien loger avec lui , en sa tente, 
i lorsqu’ils furent arrivés, les payen s accouroient au- devant d’eiix* croyant 
qu'il amenât Gallien prisonnier; il lui demandèrent comment il avoît prises 
chrétien s i ces paroles il répondit 'qu’il he l’avoit pris* tar c'est le meilleur 
chevalier que jamais porta armes. Incontinent Pinard ordonna qu’on traitât 
Gallien comme sa propre personne * et sofa cheval Marcepin ,comme les siens: 
Les palfreniers prirent aussitôt ledit cheval et le panser comme il leur avoil 
été commandé. Ensuite Corsuble mena Gallien dans la tente de Pinard* puis 
se désarma pour prendre sa réfection 9 le souper fut très-promptement servi: 
car Pinard 9 se piqüott d’honneur de bien régaler Gallien, chacun prit saj 
réfection selon sou appétit, après souper ils devisèrent de leurs faits* ainsi 
que des assauts qu’ils a voient faits l’un contre l’autre en se combattant : I 4 
roi Pinard fit apporter ses armes et montra à Gallien comme jl les lui avitli 
brisées. Quand Gallien les vit il dit amroi Pinard, je ne suis pas armurier 
pour me faire voir vos armes* si je les ai gâtées je ne peux pas les raccom* 
moder : Je te prie* fais-moi bonne chère 9 seulement comme tu me l’as pro¬ 
mis. Le roi Pinard lui dit : Chevalier * ne vous fâchez point si je vous parie; 
de mes armes ; car naturellement la chose qui touche au coeur ne se peut^ 
sitôt oublier. En outre* je suis surpris comment ^vous avez pu faire pour me. 
briser mes armes qui sont si fortes * je ne jamais trouvé votre eeiçblable ^ 
Après plusieurs discours* le roi Pinard commanda à son aeVeu.Corsuble 
qu’il allât faire préparer un lit magnifique pour Gallien, afin qu’il pût bien 
reposer. Cela étant fait * Pinard dit à Gallien qu'il se pouvoh laller repo¬ 
ser] quand il lui plàiroit 9 ce qu’il accepta sur le fehamp. Corsuble conduisit 
Gallien dans ladite chambre, où il se coucha et dormoit à son aise. Le len¬ 
demain matin Gallien se leva et appella Corsuble * il le pria humblement de 
lui aider A s’armer* et 11 le fit volontiers; comme il fatmoit U le pria d’é* 
prouver leur force ensemble * ce que GalUen lui oc{reyp. Corsuble, lui dit-il* 

Djgitize'd by CjOO^Ic ^UUIjd 



de Gall'un Restauré , ( *49 

raod toi ict hjdi eprÔuVèrôns notre force ensemble » 'pour le plaisir qae tu 
e fais je t’eü fendra» üq aütte; car je te promets que si je t’atteins 9 e mon 
fée Flamberge, je t’ôterai la tête de, dessus les épaules ; à quoi Coj-sulfe 
pondit, on verra qui aura la Victoire, : GaUien fit amener son cheval et 
onta dessus, il prit sa lance en main * puis alla heurter deux Oit trois coups 
la porte de Pinard, et lui dit, levez-vous, trop dormir, allons achever 
>tre bataille. Aussitôt Pillard sè lcVa, et fit préparer les armes : Gai lier» se 


it toujours en, chemin ; étant arrivé près d un bois, il trouva quatre turcs 
essagers du roi'Marsille ; GaUien prit sa laDcè et leur pafsa att travers le corps , 
^‘exception du quatrième qt»i prit la fuite, et alla vers Pi nard lui dire: Sire» 
tus étions quatre messagers qui Vous apport oient des lettres de la part du roi 
arsille, mais un chrétien en auié trois, et moi je me suis échappé du mieux 
l’il m’a été possible. Quand Pinard l’entendit, il dit è c’est le chevalier qui 
couché ici, qui est le plut vaillant du monde. Il se fit armer promptement 
•ur Palier trouver; quand GalUen ie vit U lui dit, vous avez long temps 
is votre repos; ceux qui ont envié de faire une grande journée ne doivent 
s tant darmir. Pinard dit, j’étois ci las de la bataille que nous fîmes hier, 
ie je ne pouvois m’éveiller, j’ai encotré les yeux tout endormis. Gai lien lui 
t, allons, payen, U nous faut recommencer, peu m’importe si volts êtes 
dormi, car je vous éfeiileraî^bipn » Le roi Pinard entendant cela se mit en 
amp de bataille, et incontipeei mirent leurs lances devant elix, ptils pi» 
lirent leurs chevaux l’un contre l’autre et se rencontrèrent de telle fayén , 
te tes fers et les fusts de leurs lances sautèrent cri l’air; après cela Us pt-î* 
nt leurs épées et s’en donnèrent de rudes coups, mais fis ne se purent rb-n 
ire. GaUien ayant volonté de mettre fin à la bataille, feva son épéé Ftâm- 
>ge de telle façon, et en donna au roi Pinard un tel coup dessus son 
auoje, que la «oëflfe ni le cercle ne servirent dé film; car t! le mit eij 
:ces, et le coup glissa sur l’épaule droite qui la lui mité découvert. Quand 
liieo fut f«it ce coup il crut avoir mW fini é ta bataille; tpéis il fut étonné 
-,qu’il vit qu’il ne l’avoit point blessé, il leva “de recbef son épée et le 
ipp9~sur le bras qud, mats j’épée n’eotroit point et rebtotsssoit : Quand 
dliep vit que ion épée ne pouvoit eniam mer la Chair du roi Pinard, fl fut 
çoife plus surpris que devant, car il ne savoit pas que ledit ftfi avolt oiui 
a corps «Tun onguent qp» le reodoit -invulnérable ; mais H s’étbntioit grap» 
ment d’où procédoit qu’il ne pouvoit faire sang au payen, et qu’il metteît 
pièce sa cuirasse qui étoit de fer. Ainsi comme le roi 'Pinafd combattait, 
f aVo»t treoif payons qui s’étoient embusqués au plus près de l'endroit de 
bataille, lesquels quand Us virent que Galfieû eut'fait ce coup , commen¬ 
tent h courir sue lui pour le mettre à mort; mais GaUien les voyant venir, 
an roi Pinard t Comment payen veux-tu ainsi oser‘dp trahison contre * 
»? ester W foi que tu m’as promise f j’avois confiance en ta promesse, 
iis je vois bien maintenant qae tu est un fourbe; car tu as fait venir ici 
1 payens pour me vaincre et doramager mon corps, celq ne procède pal 
iq aonle courage, mais q’ün lâche; j’ai cru à ta' pâroie et je né t’ai pal 
a capable de me tranir de la manière ; mais pour cela je ne me décoüferle 
Int, je pr«aM$i .que quapd je t’aurai vaincu .quesi je les rencontre, je 

—~ *'"“*'*■* w M°°8 I( - ' 


*4 é4t</t/C 

le* paioral ë* telle ftÇon , que fanais fl* pq s'embusqueront pont Paire tjN 
iiiseo ; quand {Hnard entendit Gallien, et qu'il vit les trente pajens > il lu 
retourner d'où ils étoieol venus', car il se croyoit assez fort pour le vainc 
lui seul. 

C H A P I T RE XXXII, 1 


Comme Gallien combattit lt roi Pinardavu un gros biton , dont il tabattit pt 
terre lui et son cheval , puis lefttta dont la rivière. 

af'sAUien et le roi Pinard recommencèrent leur bataille plus fort qoedevao 
le roi Pinard frappa Galiieo si rudement dessus,son heaume, qu'il luit 
emporta une grande partie ; quand Gallien sentit le coup il en fut fort cou 
roucé,il appointai Flambe rge droit A la gorge an rpi Pinard ; car elle été 
toute nae; mais il ne le put blesser aucunement, dont 11 fut fort étonné, 
leva les .yeux au cïél, et dit : Jésus I fils du Dieu vivant, consolateur ( 
ceux qui vous prient de tout leur cœur , je vous supplie par votre béo 
passion, -laquelle vous avez Voulu souffrir pour nous en -l'arbre de la croit 
pour nous cacheter des peines de l'enfer, «s'itrvous plaise me faire connoln 
comme je pourvoi Vaincre ce Pajen. Apres'uqù’il eut fait sa prière, ils • 
mirent de redief en bataille, mais telle eboeo -que Gallien fit, il ne le pii 
blesser ni endommager: Le roi Pinard vit le courage de Gallien, et lui air 
chrétien, pense-tu à cause que j'ai la chair nue que tu me pourras blesser 1 . 
Tu te trompe, et tu .peux connoî're qu’aujourdhui je te ferai comme fl 
fait au comte Olivier, auquel j’ai passé mon épée au travers du corps : G» 
lien l'entendant parler de là manière, se mit dans use grande fureur eonti 
lui, et par le vouloir de Dieu, tl s'imagina, que puisqu’il ne pou voit Mes» 
Pinard avec s<m épée, qrïil loi, falloir prendre un gros b^ton pour combatif 
contre lui. Il detnaada permission au. rpi Pinard, de descendre de dessus ta' 
cheval, faisant feinte que ies sangles étoient détachées, ce que Pinard U 
aaoorda; aussitôt quo Gallien eut mit pied à terre il ô>a ses épérons, pu 
déeeignit son.épée et la pendit à l’arçon de .1» selle, dans le moment U d 
perçut dans un buisson un gros bâton de Nefflirr, il le coupa et alla itê 
au roi Pinard, lequel crojoit que Gallien se youloit rendre à lui, mais c’éta 
bien le contraire ; car Gallien vint au roi Pinard et lui dit : Allons, payaÇ 
je veux essayer ce bâton sur ton.corps il faut finir ta vie pat qoelqu’ev 
droit .‘ incontinent le roi Pinard qui etoit à cheval vint à toute bride sa 
Gallien, il leva eon épée croyant Yen frapper ; mais Gallien leva son béton 
et en donna us tel coup au roi Pinard dessugle poignet qu'il lui fit tombe 
son -épée, puis il lui en donna un autre coup sur la tête, dont il le jetta pi 
terre, ptiis se jetta sur lui et lui donna tant de coups de bâton , que le sac 
lui Msrtoit de toutes parts : Après que Gallien l’eut battu do cette façon, « 
qu’il ne remuoit plus si pieds ni jambes, il le prit par les cheveux et I 
draina dans la rivière qui était prêcha delà. 


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Gôogle 



4* Gallim Restaurt, 


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CHAPITRE X X X I I Iv 

tomme après que Gallien eut vaincu le roi Pinard et qetil Peut jttti dans tu 
rivière , il vint à lui trente payent qui s'écoitni embusqués pour venger la mort 
du roi Pinard» , 

à Près que Gallien eut vaincu le soi Pinard et qu’il Peut jelté dans 1* rî- 
11 vière , il vint à lui trente payons qui t’éteieor embusquée dans un bois, 
Toyant venger la mort dudit Pinard : Quand Gallien le* uppercut, U monta» 
tunsiiôi dessus s<m cheval * il n’y fut pas plutôt monté qu’il fut environné* 
fe tou* cô és de ces trente payons qui l'attaquèrent rudement; mais GaÜleia 
t défendoit avec un merveilleux courage, car de son bâton il jetteit par terre 
out ce qu’il pou voit attraper. Comme il *>f cembatftoit vaillamment avec son 
dtoo, il y en eut un qui le lui ebupa en deur , tie qui chagrina fort GaK 
ta), car îi pènsoit que ces maudits payons eussent la chair aussi dure que ^ 
tlla de Pinard ; mais comme 11 n’avoit plus de bâton pour combattre ses cn- 
*eœis, il tira Flamberge son épée, et en donna de si grapds coups dundee 
jayens qu’il le tua. Quand Gallien vit qu’ils n’avoieut pas la peau dure , il 
tm bien joyeux; il prit courage, et se mit si avant dans la bataille contre 
lesdits payons qu’il les tailla tous en pièces. l)e rechef il en sortit dix autres 
lu bois, lesquels se vinrent incontinent jet ter de tous côtés sur Gallien { il 
embioit véritablement qu’ils le vouloient confondre ; mais quand il les vit 
1 se prit a dire* je vois bien maintenant qu’aujourd’hn* sera la fin de ma 
rte; je ne verrai jamais Constantinople % ni ma raèro, ce qui m’afflige beau- 
jpop : Hélas ! tion père Olivier, et vous mon oncle Roland « je. m’étofe mis 
h campagne suivant l’ordre de ma mère, pour vous chercher et avoir de. 
Rs nouvelles, mais je voit bien qu’il mq faut mourir sans avoir cette conso* 
püon , si te noble empereur Charlemagne ne me donne n» prompt secours ; 
br autrement c’est fait de moi. Et nonobstant tous lés regrets il se défen- 
toit fort vaillamment, car le courage lui vcooit quand U pensait à toutes 
tes choses. 


> ♦ « ► ♦ «(► ♦ < ! 




CHAPITX'E X X X J V; 


lomme Roland, Olivia, tarchevêque Turpin, Richard, Salomon, 0 Mer ange/' 
k u mirent derrière une roeke pour se saàyer, et tomme il * vinrent ou secours- 
{ de Gallien. 

Il Près que k roi MawHle eut défait Ibt douze Paîtra , dont H n*fcn vestolt 
plus qae rix, lesquels il crojolt morts; incontinent il fft sonitér ses cors 
a buccénes, et fit lever les tentes et pavillons ) pois se soit en marche pour 
i > <b rciournsr. Le ipblb Roland , OJiviçr, raicbj?ê<jue Turpin , JUehaitl 


ji " Hhtoirt 

Sajqmpn et Béranger se cachèrent derrière une gro*$e roche pour penser îee^ 
plaies de ceuic qui aboient çié blessés, Penses le chagrin où ils eiousui alor^; 
Comme ils étoient après à se soulager, ils entendirent la yoix de Gallieu qui 
les regrettpit, et aii/si comme ils regard oie ut de côté ei d’autre, ils apper- 
çurent que Gallieu ëtoit environné de toutes parts de turcs et payons, les* 
quels lui lai;soient des darts et de grands coups d'épieux pointu^ Quand 
Olivier appprçut l'outrage que Ton fais oit à Gai lien , Taniour naturel cod: 
f aigoit de lui donner secours/et dit : Ha ! Roland , mon eber ami, n’eo* 
t naex-vpus pas les regrets que fait ce jeunV chevalier lequel se combat 
contre les tür»? ne Vpyei-Vous pas le noble courage qu’il a? car s’il vouloit 
s’enfuir tous ces payeps ne seroient pas capables de les retenir ; certes ce 
ndus feroit une grande bonté si nous le laissions mourir ainsi sans lui donnée 
Secours , je voUs promets que je suis délibéré de lui aller aider, je crois que 
vous me seconderez. Quand Roland entendit le grand courage d’Olivier, tout 
Jbiessé qu’il étoit en plusieurs parties de son corps * il lui dit hélas î montré*- 
cher et loyal ami, comment vous est il possible de porter vos armes 9 puisque 
votre noble' corps est si navré do toutes parts? Olivier lui dit, je vous prie 
de me laisser aller» j’ât confiance en Dieu, j’espite encore lut donner secoure 
Et tous les autres Pairs à spn imitation en dirent autant. Roland les arma le 
mieux qu’jl put , puis leur aida à tnsnter à cheval , et chacun prit son .épée; 
le noble Roland monta sur Valentin, son bon cheval, puis tira Durândal, 
son épé et se mit le premier en chemin et les autres le suivirent. Qùaml 
Gallieu tes apperçut, et qu*iî Vit ïes croix rouges briller, son coeur fur 
joyeux. il commenta par dire : O Jesus-Ghrjst, rédempteur de tout le monde, i 
aujourd’hui je ne compte rien sur ma vie, mais faites que jo. jouisse voir air 
pâravaot de mourir, le duc Roiand et mpû père le comte Olivier , de qw 
j’ai tant ouï parler : Enfin, disant ces paroles ou semblables il frappoittou* 
jours sur les paÿens y Roland donna au premier qu’il rencontra un tel coup 
qu’il te fendît en deux, au second il loi abattit le bras droit, et au troi-, 
troisième il lui ôta là tètb dè dessus les épaules* I-e comte Olivier faiSoitda ; 
son côté un pareil carnage. De trente pavent qui avaient .attaqué" Galliéo il ! 
s’en sauva très-peü î Et de céuk qui restèrent il y ep eu uUi qui assura Re* 
laod que c’étoit le traître Ganelon , qui les avoit Vendus au toi Marsille* I 
moyennant de grands trésprs; puis quand le payen but d4 cela, Hsesaàva 
■à toute bride pour aller annoncer au roi Marsifle , que, Roland et-Olivier 
é'oient encore en. vie, et que le roi Pinard ^ ayoit #ié tué pat Un jèuüe 
chevalier nommé Gallfrap» 




de Gallien Restaure* 


n 


CHAPITRE XXXV, ^ 

» , ■ ' ' V- 

'ommt les nouvelles furent apportées au roi Marsille^ que Roland et Olivier , 
itoitnt encore en vic 9 et comme le foi Manille , envoya trente mille turcs pour 
les combattre* 

"\Uand le roî Marelle entendit les nouvelle# qui? Roland et Obvier étaient 
C encore existai)*, il fut bien étoaoé et commença à dire eu cette manière : 
t comment l je croyoîs qu’ils fussent morts depuis hier ; incontinent il fit 
ipnter à cheval trente mille payens lesquels vinrent promptement à Ron- 
-vaux où étaient les si £ Pairs de France, ils se mirent eu champ de ba- 
tiljp les uns contre les autres, te noble Roland et le xomte Olivier faisoient 
b tel carnage qtie c’étoit merveilles de les vo>r, et aussi le jeune chevalier 
allien faisoit de grands exploits, les payèns fuyoieut tous devant lui ; dans 
a sanglant combatily resta plu - de deux mille turcs sur la place. Un maudit 
tyçq qui éipitlà, Voyant la bravoure que faisaient les six Pairs contre tes 
urc$, |ettq son é^ieu de toute sa force , dont il blessa beaucoup Olivier £ 
•and rl seseqiit blessé, il courut sur loi avec Haute-Claire son épée, et en 
nppe rudement ce payent mais il ne put l’endommager, car son epée * , e- 
iou^oit cpntfe la peau de ce barbare : Quand il vit que son épée n’avoit 
îiüt de pui^âqce, il commença à dire : O rédempteur de tout le mob de f 
yez pitié du reste de là noblesse chrétienne; protégez nous, s'il vous plaît, 
fus ce péril, contre les ennemi* dé votre saint nom, ô Haute Claire mon 
|ée, fai vu que quand vous aviez mille payons devant vous à combattre , 
le c’étôit peu de chose pour vous, et maintenant vous ne pouvez avoir 
fetotre d’un séuî : Olivier voyant qù’|l était blessé , fût s’appuyer contre une 
>che qui étoit près de tpi. Le pàyen c{ui f à voit ainsi blessé, le voyant dans 
^difaiilance, fut droit à lui pour lui couper la tête, afin de la porter au 
il Slarsïlle ; mais Gallien Voyant l’audace de ce turc, lui cria ; demeure là, 
wudît payeo , laisse géjüéf^ux çbrétiéb j . cdr fu le taS frapper lorsque tu 
qu'il n v a plus ni force ni vertu ; mais viens plutôt à moi et nous 

fut droit à lui et s’en- 
coup au payep qu'ii lui 

_ ^__- v . TTT ^ vengé ce que, lui avoit 

ledit payes, il en fût jbÿeur, et lîit : O daon Dieu ! fàitts-moi la grâce 
copnoître ce généreux chevalier; car il semble que l’épée qu’il porte est 
b du foi Hugon, dontje manquai d’avoir la tête tranchée a l’occasion de 
Silo Jacqueline, a qui j'avois promis foi çt loyauté de mariage. 

‘ disant tes parôles, il arriva on espion payés qui venoit d’épier l’armée 
ràr|emagne, qui s’àpprochoit de Ronce vaux, il cria à haute voixj Sei- 
“1 J>kyen* f je viens dé \a découverte, où j'ai apper^u l’armée de /Char-, 
^^ke qüi jvient en glande diligence, elle n’est : pas à plus d’une liepe 
fej jr a. Bien cent mille com fiat tans ; croyA-moi, fuyez promptement à 
Pt&Oft Maxettk r Quand ils entendirent àes nouvelles ils prirent, aussitôt 



54 ' Bisiâirë '' 

la fuite; car Ht ne jugèrent pat 2 propos détendre t’arrivée de Charte* 
magne. Roland et Galiien leur firent 1a conduite à grands coups de saW 
jusqu’au camp du roi Martille : Etant de retour, Olivier admiroit la géné* 
rosi té du jeune cbevfelier, et il prit delà Occasion do lui dire; je vous prie, 
dites-tnot qui vous a donné cette bonne épée, car certes vous en faites bon 
t'sagc : Gai Ken lui fit un récit comme le roi Hugon la lut «voit donnée, et 
comme il et oit fils du comté Olivier, oui l'a voit engendré à Constantinople 
qvec.la fille du roi Hugon, nommée Jacqueline, et qu’il s’étoit mis encam** 
pagne pour, la chercher ; que sa mère» Jacqueline et lui avoient soufferts plo* ; 
rieurs mauvais traitemens de leurs parensq ît que peu de temps après sa' 
naissance en lui avoit donné le nom de GalDen. 

Quand Olivier eut entendu tout ce récit, il connut aisément que ledit 
Gaiiieh étoit son fils, incontinent les larmes lui sortirent des veui, «t aussi» 
tét il se jttta au col de Galiien, lui disant; A mon cher entant ! plein de 
noblesse et de courage eu tous faits; crois fermement que je suis ion père, 
le comte Olivier, qui au retour de Jérusalem, je passai 2 Constantinople, 
avec (Jbarletnagûe; et là, je fi* connoissauceavec Jacqueline, elle me donna 
son amour pour la promesse que je lui fi* de répou>er, et voilà comme ja 
vous ai engendré, vous pouvez être sûr de ce que je vous dis : en disant 
cela ij pieuroit amèrement, en songeant au passé, de plus, il ne pouvait 
presque plus se soutenir, car U perdoit son sang de tous côtés; Galiien le 
descendit de dessus son cheval le plus doucement qu’il put, et le coucha à 
terre, puis dit; A terrible mort J épargne mon père Olivier ; Hélas 1 que 
diras ma mère, quand elle sapra la mort d*une personne pour aui elle a tou¬ 
jours eu une tendre amitié : 0 Charlemagne ! fleur de la chevalerie , que tu 
auras le cœur marri quand tu apprendras la mort d’uu si vaillant chevalier; 
en disant cela il regarda Olivier, à qui les larmes sortaient des yeuse comme 
des fontaines, il n’y eût cœu» qui n’en eût été touché. 


> » Q •» < V ^ < > » < > . < > » ♦ O . < V » i » «<► 4 » .» < y ^ »<> 


CHAPITRE X X X Y L 

Comme le comte Olivier reconnut Galiien son fils , et comme il apptüa son. cher 
ami Roland , pour lui dire que le jeun* chevalier Galiien était son fils ,ensuite 
de Quoi il rendit lame à Notre-Seigneur Jesus-Christ. 

V Oùs pouvez croire b» joie qu’eut Olivier 4e la eonnoissance 4e Galiien son 
fils, et itommé Olivier éloit couché entre les bras do son fils il appella 
son ami Roland, et lui dit: je sens bien que tnt fin est proche; mais je dois 
bien louer Notre-Seîgneur dos bonnes nouvelles qu’il m’a envoyées. Croyez, 
mon cher ami, loi dît-il que ce jeune chevalier que vous voyez, est mon 
par conséquent votre neveu ; je l’ai engendré avec la belle Jacque¬ 
line, fille du roi Hugon dp Constantinople, dans le temps que nous reve¬ 
nions de Jérusalem, avec notre bon empereur Charlemagne, et le lendemain 
que nous boulvetsfiaws la grande salle du soi Hugg» ». ja feus le recommande ; 




ri 


i Tt Gallien Re si abri. 


îf 


*ar dans peu de ten'pi fa fendrai l’esprit. Quand Roland entendit ainsi parles 1 
Olivier, le cceur lui soupira tendrement, et en pleurant il embrassa Gallien qui 
avoit les larmes aux yeux, puis il prit un anneau, qnll avoit au doigt, et le 
donna à Roland, disant : Je voqssalue de la part de Bel lande, qui m’a 
chargé dé véus donner cet anneau, Quand Roland entendit des nouvelles de 
, ‘ta chère amie, le coeur lui tressaillit dè joie, et il dit i Olivier; j’ai le bon*' 
iiü'jhenr d’apprendre par Votre fils des nouvelles de ma chère Bellaode. 
jiü; Peu de tempe après Olivier jetta un grand soupir, disant: Dieu tout-puis* 
Hélant, faites-moi miséricorde, et ayçz pitié de ma pauvre ame. Après que lu 
et comte Olivier eut achevé son oraison, il leva lés yeux au ciel et mit ses bras 
croix,, puis rendit l’esprit à Notre-Seigneur; Roland qui étoit là, voyant 
ipü*mourir son' cher ami, commença à pleurer amèrement celai qui avoit été le 
' lits des, infidèles • et ,1e zélé protecteur de la religion cathqliquc. Gallien 
u |étoit encore dans Une plus grande tristesse, îl embrassoit son père et fondoil 
lita larmes, disant ainsi : O cruelle mort 1 pourquoi m'as-tu sitôt enlevé mon 
repère? lui qui étoit le confort des chrétiens et l’aumônier des pauvres : Hélas ! 

! («ne dira ma mère quand elle saura sa mort ? certes elle mourra aussi de 
'déplaisir. Et comme le jeune chevalier étoit dans ses cuisans regrets sur la 
.imort d’Olivier son père, l’archevêque Turpin prriVa qui a voit'la moitié dt» 
r - si* tête emportée, il dit à Roland, mon doux ami venez-moi aider, s’il Voua 
i plaît : Roland et Gallien le voyant dans ce triste équipage, coururent aus- 
..ifsiiôt i lui et le descendirent de dessus son cheval, puis le désarmèrent la 
li . plos doucement qu’ils pfirent ; quand lis Jui ôtèrent son casque de la tête » 
, if :* incontinent le sang et la cervelle tombèrent A terre du coup qu’il avoit reçu, 

; : îb le couchèrent auprès d’Olivier, quand il fut IA, il dit : Seigneurs, il nous 
, P faut prendre en patience ce fâcheux contre-temps ; car je puis sûr et certain 
„ ut que te SèigDeur nous donnera récompense. Alors connaissant qu’il étoit près 
de mourir, il fit sa prière A Notre Seigneur;, en disant : O père éternel qui 
ofta dans le ciel Inyes pitié des douze Pairs de France, lesquels ont tou¬ 
jours voulu exalter la sainte foi catholique : En disant ces paroles il tré» 
passa : Quand Roland vit le bon archevêque Turpin mort j il se mit A pleu- 
Uver en disant : Ah ! noble Cliarlemagqe, que tu perds aujourd’hui un noble 
[chevalier ! certes c’étoit le diamant; sacerdotal, le miroir pastoral, le soleil 
(ecclésiastique, et le véritable défenseur de la religion catholique. 




, CHAPITRE X X X V I I. 

■ Comme Roland et Gallien furent mettre plusieurs turcs à mort. 

.Alliea se retira A l’écart vers une roche, où il vit six payens qui le» 
épioient, il. le vint aussitôt dire A Roland. Ils montèrent a cheval dans le 
ùeot et coururent sur les payens : Gallien aüoit devant ei Roland ensuite, 
premier payeà qu’il rencontra il le tua; il poursuivit le second et lni en 
t la même chose :Roland frappoit de Duranaal son épée, de telle force, 
tout « qu’il aueigooit il le metuib A,mort; de six payeas il a’en échappa 



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$6 JT Iseotre 

qu f im qui prît là fufté^ fct CUHîfb le poursuivoit s! rapidement qu’il sembloît 
la foudre : Le payen üe se rerournoit aucunement. Quand Gallien vit qu’il 
fuyoit toujours , il frappà sttr lui ai fort que Plana berges on épé se rompit 
•n deux, quand il la vit ainsi Vompue, il en fut si fort chagrin, et dit , un 
malheur ne vient jamais seul. Dans te moment il regarda par terre, et y 
âpperçnt une belle lance'; il descendit de dessus Marcepio pour l'aller preo* 
dre, puis II remonta virement à clieVal ^ courut après le payent et l’en frappa 
un tel coup qu’il le lua. Après avoir et! fait ce coup, Gallien regarda der* 
rière lui, croyant que Roland, le suivoif^ mais il ne le vit point, il com¬ 
mença à blâmer Roland, et dit ainsi, mon oncle, ce n^est pas là la foi-que 
vous avez promise à mon père*; mais Gallien a voit tort de lui faire ce re* 
proche, car son cheval avoit été tué sous lui, et aussi voyant que des douze 
Pairs de France, il n’y avoit plus que lut, il tora£a.daqs une grande, foi* 
blesse, qu’à'peine se pouyo*Ml soutenir; Roland prit Duraudal en main,et 
en ta regardant il plcuroit ,di*at)t : O Uuraud^l»! ma l>pnnç épée, hélas f 
Il faut qu’aujourd’bni vous soyiez séparée d’avçc moi : Oh ï réparatrice delà 
sainte roi catholique : Oh ï enpemie mortelle deç infidèles , je prie le ré¬ 
dempteur Jésus que nul de te puisse posséder, s’il n*£ intention d’augmenter* 
la foi- ' , _ 

CHAPITRE XXXVIII. . 


Comme Roland étant ainsi dans la défaillance % voulue rompre spr^ ippe contre 
une roche , mais if, fendit la susdite roche 3 ef comme Gqlften ma le payen* 



V 


son épéej U vit une 
ii çn frappa epntri. 
. doüna , il fendit la rorhej 
en deux. Quand Rolaüd vit qu’il n’avoit point eçdQKnrqagé tan épée et qu'iM 
ne la pouvoit casser, il eut grand déplaisir; car il appfébencloit qu’elle oet 
tombât entre les mpins des paÿens, ir la jetta .dans là rivière « puis fi; ça < 
prière au Seigneur. Gallien poursuivit le payen jusqu’à ce qu’il l’eut mis à 
içort, puis U retourna au lieu où était Roland, qf trouva qqe *$p çh^Ell 
étoit mort sous'lui. Quand Gallien vit que Roland étoit si mal fortuné, ilez^ 
eut grand cbagrio x et dît $ Rfijaod ; 1 $ fortune qoife est bien contraire aut 
jourd’bui, puisque vous avez perdu le meilleur cheval qui fût sur terre . e 4 
rompu vôtre. épée ; mais il uous faut prendre en patience. Ët ainsi que Gai- 
<)ien partait â Roland , incontinent le duc changea de chaleur et étoit i dep 
doigte de la mort; quand Gallien vit qqeRoland approchoit de M fy?* P 1 

r iâ de lui donner Durandal son épéç, Roland lui dit , voua avez trop tard 
parler, car je Faijettée dans ce ruisseau que vous yovttj, et aussitôt Çz$i 
Ven descendit de dessus son cheval çt entra dans ce ruusean, j>ôur qfa<é^e! 
Vépée, mais il ne la trouva point, çar cé ruisseau étoit si rempli |u nr 
akp tmrn» qui étoiest iâ , eue. l’aspect en était effrayant : Gallien sortit bo 

)gle - d 




éU G ail un, fUstdurim J7 

1 rujfSçati , et retottimâ Vers Roland , lequel étoit couché à terre priant 
otre-Seigneur dé lui donner une beureuse fin , et après sa mert, son saint 
iradis ; de plus il dit : Oh ! Seigneur ; je vous prie dé protéger mon oncle 
barlemagoe et Gallien, afin qu’il puissent venger Ja mort des barons de 
ance. Hélas ! mon Die\i , vous savez que je ne'meuré què par les coupa 
ie fai reçus , mais je meitrs dans la loi chrétienne t où k il Vous a plu que 
naisse, ayez pitié, mou Dieu, de tous ceux qui sont morts pour la même 
u>e : Incontinent que le noble Rolauë eutjjachevé sbti oraison; il fit le 
;ne de la croix joignant lés ro&ins vers le .ciel, et rendit l’esprit à Notre-* 
igneur. Quand Gallien vit Roland mort,, îjt étoit dans uoé grande tris¬ 
te, il prit le corps et le fut mettre au milieu d’Olivier et de rarcbeVéquç 
irpin * lesquels étoient étendus sur la terre contre une roche: quand Gal- 
n vit qu’il étoit demeuré tout seul, et qu'il n’avoit point d'annes pour SU 
fendre , il alla au côté de son père ef prit, son jépée, puis dit ; ô bonne 
ée d ennemie mortelle des payeus, je te prie qu’avant que je meute fit 
«de à venger la mort de mou^ père, et de# nobles Pairs de France, Puis? 
tait l’épée à son côté , ensuite prit Vécu de son père, et le mit devant lût» 
tand il fut adotvblé il garda les morts toute la nuit à Roncevaux, afin que 
bêtes sauvages ne ies dévorassent, et quand ü fut pour regarder^ il ap^ 
rçut les chevaux des trépassé# qui tjrv^nqienjt Je* rênes de leurs brides , tl 
alla ôter , afin qu*i!$ pussent pâturer l’herbe pour leur nourriture. 

antimu sy i tnra H ggxK 1 : z*wwacx h «xrjnacxrgafl 

C H A P t T Ri.lt'. X X xj;x. 

mmt ùdllun tua un paytn yni vtnoit tktrchtr Ci puA 

il yainquit U Griffon. • ? 

fvîron là minuit, Gallien fut accablé de sommeil à cause du travail qu’jt 
Voit fait , il se ebueba auprèe dé son père et s^endbrmit , aussitôt qu’il 

Idorm il vint un payen au lied où éioient couchés Roland, Olivier* 

*__ 1. 1_ ft x Un 


.tiodf 




~ ~ 7 --— -T rr • —i I» 

dit ci devant. Quand le payen Vit qu’il ne Ja trouvent point, cela lui fie 
la peine. Dans ce moment Gallien s’éveilla et lui dit ( que fais-tu là ? b» 
yen lui dit, je cherche Duraudàl, l’épée de Roland, pour la porter au ro | 

krsille; car il m’a promis da me donner la terre d’Oger le Danois si je la 

_ i_ dî _,1 n_ a il je a. -i-TiillL •_. 

J" 

fjô .■ . I „ 

kt la tnain à Haute-Claire, et en doo.ua un tel coup au payen sur la tête 
li lu! fendit jusque? aux dents, puis lui dit çn se moquant de lui; aujour* 
lui tu m’aideras à garder mes parens. Gallien jura que toute la mite il np 
fnixoft do grand déplaiiir qu’il avoit de ce. qqp le, payi n cherchait Qvc> 




;**/ ■ 4 _ ^. fP. s 

randa! , fl regarda 3e c&té et; Vif arbre qui ftoît près de lui, SI s’en I 
appuyer fcoutre ; il regarda de rôié et d’autre, au4sifo} il vit venir uu gra 
griffon, qui $e disposoit pour emporte! le corps du noble baroqâ ses petits griffe 
mnaivS Gallien voyant cela., commença par l’injurier, lui di ant : O mau 
animal ! pourquoi n’as-tu pas pris ta réfection aux corps de ces malbeure 


ViStolri 


lui, il s en a 
l venir uu gra 
ses petits griff 
ant : O ma. 
ces malbeuret 


animal ! pourquoi n as-tu pas pris ta réfection aux corps de ces malbeureti 
payens , plutôt que de la Venir prendre sur les corps de ces nobles Françt 
qui sont chrétiens ? il repreqoit le grillon comme s’il eût eu l’entendema 
humain ; il lui donna un tel.coup qu’il lui abattit la tête, puis lui en pot 
un secoqd .dont il lui coupa une patte. Quand U eut vaincu b griffon, 
passa le temps jusqu’au jour*, â* le regarder. 


♦ u ♦ <» <\> ♦ Ci» •» ♦ e» » i y » <j> ♦ -<> ♦ ♦ aw <;■ 


^ *■» ! CH A P l T R E XL.' • '*• u < "pM 

1U* ' OC *üp Jii f-; 7 (£■’** p ’iq 5j|, ù\ > ^ , i 

CoTrrœt&hàrUrtiagn'e krriva à Rürklvaiix , troÿafiP âonhct secours aux l 

PairS^xt comme il Us trouva rndris* dorÙ ü mutiqua, mourir de chagrin* i 
> »p i y -, -, . , * . 0 . 1 ' A , £> 1 

. 4f « suyttrjilusuujy lamtntdt\onu . # j:- sievab «ui s ;; ;.t- 


T* Ofsque le roi Charlemagne eut oui les nouvelles que Godefroy (Je Boig 
lob fhi àpportoît, il fît mettre sès gens en marche , àfih de secourir » 
tu danger; mais lorsqu’il arriva, à Roucevaux , U i#| 
«tonne quand 11 apperçut tant de morts de cote et d autre, i! rnauqn 
de s’évanouir^ «t -dit,; Jiélas t qui me pourra «dire dçs nouvelles de moi 
tneveu Roland «t décalitres Pairs dr France*: Mais je crois qu’ils sont t* 


tneutf -u u y a japguc numame v :qui puisse raconter leurs regrets. Ainsi ^ 
Charlemague cri oit i haute voix : Rolandoù êfgs-vous ? Galijen qui étoüfl 
«uêWùes distances tielà, entendit le bruit «Viffaispit , il crut due c r étoit 

J V . ■ _ * -a __ 1 -S* 


quelq ues distances üéia, entendit le bruit ou il taisort, il crut que c étott 
payeus qui yénoîént, et chercho|cnt les ïfairs de France, et qu’ils vouloii 
immeiîer les corps én leurs pays.' Aussitôt il monta dessus MarcepiuJ 

«' f . », • » ■'%* * > ■ fj .1 ! ■?':k| .. >"s _** ^ . • «| ■ W 


gicndi; à son col l’écu de son père, lequel étoit pesant, puis il prit un H 
*rincontinentalla droit où iPentendoit le bruit ; mais quand il vit la cm 
flamboyer^ il reconnut que c’éîoit les Français; }l fut droit à eux , et viM 
lieu où étôrt Charlemagne, qui reçut avec plaisir le salut de Gallien \Â 
«étant passionbé" de savoir des nouvelles de son ncvçu Roland , d’Olirf 
«t dés. dobze autres Pairs. A cette demande Gql|ien ( répondit Noble em| 
treur , ne Vous affligea point , mais prèpc£ ep gçé cette mauvaise aventu^ 
eâr- Je vous, dirai que Roland est mort ,‘ainsi ; que mon père Olivier, et 
les Frai^ai^ 1 ; 11 n’est demeuré que moi seul. Quand Charlemagne entendit 
cou neveu Roland , Olivier et tous les Pairs de France étoient morts , il < 
rnença à faire des cris et lamentation^ si’ pitoyables, qu’il n’est pas pos 
'cie les pouvoir exprimer. 11 rompit son bafnois, il se tiroit les cheveux 

É rand deuil qu’il avoit en son cœur, personne ne le peuvoit consoler, 

» graado douleur qu’il avoit il sc pâma plusieurs fok« "Après que le i 





de Çallie# Rcstpprl. ffr 

qrhmmgùf fut revenu de sa pamojsoij,Jl fit gnp ©lier Gallien * eî*jul dit : 
ivaHer, je te §upplie au nom du Sati^éûf et nRédernpteur Jetus • ChriSf 
*.si tu saille lieu où est le corps de mon neVeü Rotang *,d’Oliyjef é* des 
Hs Pairs «que tu me le mou ire, 1 afià que. je Fasse £é|liiîiurer feurè l tf6H!éà 
ttcouume il leuir appartient. fTSilieii lui dit : qu’il le fetott trè^vAlSrititrs^ 
qu’il sa voit bien où iL éioKjnt., lnconiirterft il le f mena \6h éiiiti PaVanf-ga-rde 
hrès d’uné roche, et l là éi oient'les côMeS corbï couchés les 'aw* fyrès des 
^ Or , pensei qudjf pleurs ét ‘géiui^émen^'fdrédt taUsy et principale- 
de Chàrlenuicne,, ùùaiKÎ > iJ Vit $on neveu 1 étendu iuàct sur , l’herbe » 

. i _ - °_V„j -..-l _ Ji»* _ • 'J? .■-J.-*’ 



I^erdùe 

; VOIX 


iissî qu il counoisspit qûetbtite la île tir de la f noblèsfe ? de‘ franco 
ue : éiant en cette douleur er irïstesse*, Il commença 1 par crier, à 
x , disant piteusement 'ï Oh ! flçuç de la cheVatéVie*, lé plus noble 


ii, toi, qui et oit le Tetuge des pauvres : rieiae r crueiie morr 5 quef.de- 
h t’a voit fait ce noble corps, qui aîmôit^tant TddcrqissèmdDp ÜTe'fà* fut ebré- ^ 
|? En disant ces paroles “du 'd'autres seinbïâbUs U fut eæbrasser soit 


Roland. 

W: 




G H API T R E X L I. 


ïf*éê Charlemagne eut fait plusieurs lamentations sur la mort dt Roland y 
I % neveu , U traître Ganelon 's'approcha il Vint tmh faiur le noble Roland> 
'fi'V 1 * 1 Jéiftfdchi de ^a mof y af lj qu^ sa&qhiifpn*parutgQiQU 


- ëué Callîeo eût montré à v Cfaatf erfaigné ’ft 3 lès autres Pairs de 

~ [ 1 _ . *. .... ’ /"V _ il. • a t _ r_ Ljf i» . u . * .< • t* \ fcrto% , «a - 


napr >arencfc, eréiséW; V O ifetfüdttètiiéeréans ! que vbus tAbiffaît rrtoû 
ami Roland ; qui ét^it s^bfëu frisairf â loulMïe monde J y hélas î si j^eus^e 
lie inâuviaisë fortune, je;mé serob t T fàît metite eii mîMé pièces pour le 
îtSr dé la mort ; bêlas f j î tf? perdir ? le mèHiebr tfntà uti# Vebÿse eu cs, 
oë* p Brûfcéy*n fS&kt R Semblant 'de déchirer ; se»'habits j 
traître disoit eu son cœur t Plût à Dieu, que les païens t'eufséot i 
tout vif, puis après pendu comme un larron. Charlemagne pensoit i 
!r qu’il en étoit véritablement fâché. Tous tes princes et barons étaient 
1 des regrets aue fait oit le traître Ganelon. GalBen voyant sa dissimu- 
"commença à dire à haute voiii^^fi^ixiperenr % qu’attendez-vous t*ot? 
^faites-vous mourir ce traître? ne connaissez-vous pas que tout çe qu’il 
- jd' est que par grimaces? croyez qu’il a vendu* les douze Pairs au roi 
\M gu’ü en a reçu <Jç gran<L JjSfcW * Je %tm jura q«« «i vau» htm 

>igitized by 



Hisëow 


lditQ? justice, moi-même je luS flterai la têtç de dessus les épaules. Om 
Charlemagne entendit ainsi parler Gallien, il fit prendre le traître Ganeiuü 
mais il ne le voulut pas faire mourir sur l'heure; et dit, qu'il le feroil puni 
selon sou crime, il le fit mettre en garde, mais nonobstant il trouva rnoye 
et façon d’échapper; car il avoit fait ferrer son cheval le devant derrière,! 
par cette ruse il évita la mort, mais par la suite il fil une pauvre fin, eou.n 
Il en sera pailé ci après. Charlemagne rcgrtttoit toujours son neveu et 1 
a lires barons et principalement Gallien, qui plçuroit amèrement la mort 
«•m père Olivier. Charlemagne lui dit : Tïes-cber chevalier, je vous prie 
laisser votre deuil, car vos pleurs ni les miens ne recouvrerons notre perte 
inaib s’il plaît à Dieu, je ferai faire un monastère de saint Ma/cel, auquelj 
fonderai cent moines, lesquels* prieront Dieu tous les jours pour leurs ame5 
et les y fer4 tous enteirer honorablement , ainsi qu’il convient à leur iang. 
lit prendre les corps des barons, et les fit embaumer, ensuite on fit le 
obsèques comme il est de coutume en pareil ca>. 

Incontinent que Charlemagne eut fait euîérer les corps des douze Pairs, 
se mit en chemin pour retourner en France, il appella Gallien et lui dit 
chevalier, si vous voulez venir avec mot en France, je vous donnerai d 
ferres, et vous feraï principal gouverneur de tout mon royaume. A cet 
proposition Gallien répondit respectueusement, en disant : Sire empereur 
Dieu vous rende le bien que vous me présentes. Je vous prie de m’excuser 
car j’ai fait vœu à Dieu que jamais je ne cesserai do poursuivre les payrn 
jusqu’à ce que j’ai vengé U mort de mon père, et qn'è BeUigant je u’< 
t'auché ?a tête , et mis le roi Marrill© aux abois : Pour ce sujet , je vo 

Î rte, faites-moi donner tant de gens, afin que je puisse passer en E^paj 
u connu eut qu’il eut prononcé ces paroles, vinrent Hernaud de Bellan 
Girard de Vienne, qui lui présentèrent chacun trois mille hommes, en I 
disant, nous vous fàUons serment que jamais nous ue Vous délaisserons ; Galli 
les remercia grandement. Charlemagne faisoit toujours de grands pleurs 
tir son neveu Roland et nour 




m 


] S Kl H t II J |T HH T#J 11 ■ 


ire, il ipe semble qu’un homme sage comme voue, voyant uu’i 
ecouvrex sa perte, ne doit pas ainsi se déconforter, mais il doi 


recouvrer sa p^rte, ne doit pas ainsi se aecomorter, mais u aon prentw 
courage , et remercier Dieu de la mauvaise fortune comme de la bonne 
croyez t Sire, que Notre-Seigneur vous saura meilleur gré do Venger la mer 
de ces nobles barons, que dé pleurer davantage. Incontinent Charlemagnt 

_ x _jî. i_ *1_ m .î__ 1 r ’»_iiî ___ -kt 


u’il ne p 
oit pren 


II 


fit préparer dix mille hommes , lesquels il donna à Gallien avec une. son: 
d'argent, puis aussitôt Gallien prit congé de l’empereur peur poursuivre 
payent. ... , ■( a 









de Gallien Restaure. 


Gi 


C HA PITRE X L I l 


■Gallien-prit congé it Charlemagne, puis alla en Espagne , accompagné 
de scs oncles Girard et Hernaud , pour trouver le roi MarsilU. 

y..i»n ’prit *ongé de Charlemagne, et le remercia honnêtement des triton 
? ef lui a voit-donnés ; tuai* avant le départ, Girard le Viennois avec se# 
'|M , Btow» et Siraijr, «t le hardi comfoa'taut Hernaud de fidliodo 
omirent sur leur foi, que tant qulls vivrojent, iis lui donneroient «- 
i menèrent avec eut dix mille chevalier# beu# combattait* , lesquels, 
promirent aussi fidélité : Gallien fit préparer son bagage, puis tnpnt» 
marcepin,son bon cheval, il pendit a son col l’hcu/de son père ©U* 
tira son épée Haute-Claire et baisa trois fois la croix, en priant 
^Srigneur' de lui faire 1# grâce de venger la mort de son pïçre, m Ro- 
et ad# autre # 1 Pairs, pilis dit r Haute-Claire, bonne épée, je suis indigne 
peeter ; je te prie qu’avant que tu sois séparée de moi, que lu aacréisse# 
chréiienoe J cotnmme tu fi* étant entre les mains de mon père Olivier : 

' J>aî»a de recbef, èt la mit au fourreau. Girard et Bernaud, voyant: 
de Galiieit, étoieot surpris de sa prudence' et hardiesse ils l’embras- 
«n «ui disant : Neveu, neus a Vous espérance en Jésus Christ et è vous J 
espérons Venger la mort de nos paréo*. Incontinent U fit sonner le* 
*te# et hucciues, puis marchèrent tlroit vers l'Espagne. Alors la cour 
iut «u grande tri*tasse pour le départ de Gallien, qui fit si 
è ouiggooej que bientôt il arriva devant Mont fuseau , une des belle# 
T ,P^ 8 n . 6 « fermé» de.muraille# qui avoient trois toises d’épaisseur, dans 
h belle Guinferde, fille du roi MariiHe, tt niècp de Belligant ? 
' «t accompagnée de plusieurs payent qui la gardaient jour et nuit. 
“* ' 5a [*ïen rUtj eotre en Espljmê, et qui! Se' vit prè* de Mont fuseau , 
;-°f, htajame et mont» las forteresses à Gkard de Vienne et à Her- 
e neUande, puis leur dit : Seigneurs * que voua semble-t-il de cette 
pertes, «Ht Girard, il' me parolFque c’est chose impossible de la pren» 
biI* 5a ®* courage, dit G'allien, je roué atsure que si voùs me voulez 
.y ® 8 P®u dé temps uou# b prendrons ; mai# il finit prémlèrcm«qe 
ws troupes en ben ordre, car nous semmes péri de gens. Gallien or- 
tnq attaqués, desquelles Tl commanda i# première qui étolt de trois» 
jéuneS 14 seconde attaque Eut commandée par Girard de» Vitrine 4 
autre» mille homme*, b troisième 1 Ait commandée par Hèrnéud du 

st b cinquième 
bomméS. Après 
ebeyat b lanée» 

... ^ , H, „ cinq mllb rirrr*» 

■fnt Ri yoydit au VOi ffiaèsiAe, poùraRet attaquer Gharb- 
« *'® 1 nwriloit.'te comœandabt dè ces satrjktâ)# s'àppelloit Mau- 
■ ttuwir* f Girard’et à' Hèriraufd, leur disant, — “ 




' - , J&stQfc,-': A. , ' 1 ■ ' , ( 

regardez combien de gens voilà près de ce bois, je veux Mveir tout à rbçtit \ 


qui ils sont. Aussitôt il monta dessus Marcepio 9 et courut droit à eux, il les 
trouva (ju’ils fais oient halte et dînoient. iranien jSt signal à ses gens tt leur 
dit : Seigneurs , qui aura appétit mange ; A il "nous faut tondre sur ces serra 


lins, et ne «les point épargner. Qu^nd Gai lien eut donné .courage a scs geo*, 
Il se mit en bataille et c’éloit merveille de le voir. Girard et, “ 

« Il A A ■ I a! AM «.«k. _ ) — 2 jt fc 2 - L.~ M. — J A A _ _ _ a ^ J 


Hernaud firent 

aussi tel carnrge que la terre jéfott couverte de corps morts de sarrasins, il : 
n’en échappa; point, excepté Mauprin qui s’eqfuyoit parmi le bois, mais, 
Gallteu le poursuivit si rapidement qu’il l’atteignit et lui dit : Paÿen, ce sera 
honte à iot *i tu te laisses tuer en t’enfuyant. Quand Mauprin ouït ainsi par¬ 
ler GaHien, il iui dit : Chrétien tu est bien hardi de me poursuivre tout' 
seul? car je ts jure mou Dieu Ma boa, que je te présenterai au roi Manille. 
Et après plusieurs paroles dites, ils commencèrent 4 piquer leurs chevaux et 
mirent leurs lances en l’arrêt, puis te donnèrent de tels coups que }e$ deux 
champions chancelèrent long temps sur leurs chevaux, et du coup que Mau- 
prin donner à Gai Heu, sa lance se brisa, et les morceaux semèrent en Fair 
par pièces. Mais Gallieti revint dessus et le frappa de toile façon qu’il le fit 
tomber de dessus son cheval, puis il tira son épée Haute-Claire, et lui vou¬ 
lut coupér la lêle. Quand ie payen se vit ainsi abattu il demanda quartier, 
et te pna de lui sauver la vie t Gallieh dit f je le ferai volontiers, car jèsuif 
tout humain i ruais ne roiombe plus dans mes mains. Mauprin lui promit de 
lui révéler des secrets <jui seroieut bons : Et pendant que les deux cham- 

E ions se combattoîent ainsi. Girard et Hernaud, Btuves et SaVarjr prirent 
sur réfection de la viande que les sarrasins a voient apportées pour aux. 


i wan invr e nomumy 

C î H À P f T R É X I I I I, 


Çommt Gallim prit Mauprin qui s'enfuyait, et comment Mauprin lui promit <k j 
lui montrer des choses $ dont il lui en viendroit grand profit* 

pAyen, dit GalFien ; si tu, me révéle qoe1que i chose d’avantageux ppur moi, 
* je ne te ferai nul m*I, Alors MaupHn lui dit, regardée; voilà un château 
le plus fort du monda» il.a des.viyres pqwr deux au*, Guinarde, fille durci 
MarsiUe est v dedans, ie vous eu ferai être le maître-gouverneai, es use hrm 
bapther. Galtieo iui dit : et moi je /vous ferai général de mon armée, 
pûp lui promet U fç* % puis Gai lien lp uapi lç. .ÿoifi ci etowat ses 

gçns, lesquels il trottyaprenant leur réfection des vivres a*x Mirasias qu’ils : 
«voient occis. . .. • ’ r ! .. 

„ Quand Ssrary vH Gallkn.qsi amenoit Mauprin, U oeatmenfc S crier ii 
haute voix } oé mènes»vous ce sqméin? il. ressemble miopx à u*? fKabloflu’i 
un bomme. N'ajre* peur, dit Gailles, U m’m promis b foi qu’U me fcioèt 
entrer dans ce château que vons toyex : U y a des vlvros, pour deux ans, 
ot la belle fille du roi MarsiUe as* dedans. Ma lai, AI Savary j «a n’est que 
feorsauver sa vie qu’a vous a es)*, toW» |g |&&f& ** $***& 



it GXtûm ktstaurii 



i.Jt îiïff* 


C H API T RI X l I y. 


forqp* Mauprin 'montra a Îra^ién \ château, de Momfusêau f et lui fit un - récit 
, de U beauté cU'Gmruirdt , filU du roi Manille . 




lT*ris'que Gallien ouf Vfi èét té' elà rté ^ ilappeila Matiprîn, et lui demanda 
^ ce que ç'étoif qui rendait uiië si grande clarté dan* ledit château; Mau- 
)rifl iùi dît ^ ç'est «ne esçarbouclequi test posée sur un petit pilier d*or sur 
e grosdonjondu château f la iife esCafboucle vaut plusieurs mitlions. Quand 
jrallien r entendit cela il fut bieii Joyeux \ H dit é ses ondes : Seigneurs, p re¬ 
loue courage \ tâcjions dé prendre de * château j car si nous le' pouvons prendre 
T-ela nous fcra honneur , $i^npuslèprènôns, comme je Tespèrè, jévous as¬ 
sure que je ne le donnerons pks pour sottt l’or du inonde, fet aussi pour la 
t>e|le- fille du roi MarsU/eS je iub résolis de ne peint parir dïci que lechâ- 


tau ne soit conquis. À qnoï ilà consentirent tous, et lui promirent de sa 
h^rtre en bravej^ Ma^prki dit :Sëfgneurs* # ne pebiez pas que' vous le pfe- 



prés de la porte * fappellerai le portier eü gtec, il entendra que c*est mol, 
é lui dirai aussitôt qu'il m'ouvre la \ porté, que BelKgâift m'envoie Vêts 
juinard^ loî f^ire urt message.; : /et quandj VOus Verrea la porte Ouverte Vous 
onnerçz dé yptre cor pourjJonner le signal é vos troupes devancer drK* 
: ;eqîment. Âlérs 5av^ïy étoît-là . tjui écduîoit tout cela 9 il commença à rou- 
pr , et dit,; malheureux qui se fiera eb toi V Gai lien dit, je mV fie bien moi, 
;ar i^ru’ép norois la loi* Saylary dit de rechef, je ne «n'y fierais non plus 
up çhien ; Gaflïefl dît., çt moi }*ai bonne opinion de -M : "II eè mit don© 
ft " inarebè poür aller au château^ M pr donna tes gens et les embusqua dans 


fèijt Seq lëwés 3t uf belle <3üin^f&e sà tf&çe , et ©d'il 1m amenoit quarante 
roeiHéurs chevaliers 9 \qüç Beljigaut Uti envqyoit podr lé gSrder des Fran- 
4 lé portier dît» très-volbntiêrs , mais que les quarante chevaliers n'en*» 
?as iusqi^â çe iqU’ireÔt pdrté lés léttfes â la btllà d?dià*rdo * c*cst 
aahpria ièmWh péfààwéë * v ; ' * ' 


<4 


Hîuoift 




CHAPITRE X L V. 


Comme GalL'un entra dans U château de Montfastau , avec tousses gens, et 

comme U trouva ta belle Guinarde dans sa chambre, j 


# #1 
T^Urerand ( c’étoit le nom du portier ) annonça à Guinarde comme Belli- 
U gant lui envoyoit quarante îles pins forts chevaliers quil eut pour s«.l 
tard! Ouand elle ouït ees nouvelles , elle commanda que les portes turent 
ouvertes, et qu'on les fît entrer. Le portier fit diligemment ce que Gumarae 
lui avoit commandé, Aussitôt que les portes furent ouvertes, Gall.en entra 
le premier, et ensuite son escorte de quarante hommes, puis il sonna de «qn 
cor * et tous ceux oui étoient embusqués dans le bois accoururent à la polJJ 


lier « tsi CUilMtB «vil -- . . 4 

tous ceux qui étoient embusqués dans le bois accoururent ~ -- 
du château, e» entrèrent aussi dedans. f/allarme fut iDcojitment ” ans ei “ 


pour 


du château, e» entrèrent aussi dedans. I.allarme tut incontinent uans icuo 
«bâteau, Gallien saccag-oit tous les payens qui se presentoitnt à lui; il monta 
droit â la chambre de la belle Guinarde, où il trouva des payens qui ,o.io.ept 
aux échecs, lesquels étoient tous vêtus de peaux de Martes Quand GailieO 
les vit. il tira Haute-Claire sou épée, et en frappa de toute* parts sur 
payen*, qui prirent aussitôt la fuite.. Girard et Bernaud nen faisoient p 
moins : Beuves et Savary étoient aux basse-coufs pour empêcher qti il d 
« happât personne dudit château ; plusieurs des payens se let oitnt dans . 
fossés, et setuoient avant quil* fussent au fond, f.a belle Guinardé voya 
b défaite de ses gens» elle appella inrontment Mauprm, et lin dit, pou 
quoi m’avez vous 6 ai.isi trahie ? Il répondit, je n’ai pas pu faire autreme 
car ie vous assure que j’ai eu du malheur aussi-bien que vous . Il y « q 
rue» jours q"e je menois cinq mille turcs que Votre ourle Belhgant envo; 
au roi Marsille votre père, mais si ôt que nous fumes embusqnés dans 
bois pour prendre notre réfection ; le jeune chevalier Gallien vint sur r 
avec se* troupes et mit les cinq mille hommes à mort; et me croyant sa 
la Vie, je me mis en fuite; mais il me poursuivit si tr.vement qu.l me 
force de me rendre à fui, car il me vouloit couper la tête . A lors je 
promis que s’il me sauvoit la vie, je le ferois entrer c “/** J ' 

le l’en ferois maître et gouverneur, de plus, que je me ferois baptiser 
croirois en son Dieu. C’est pourquoi, madame, | aime beaucoup mieux < 

, i_, Da vens soient morts que moi. Quand Gmnarde entendit aidsi par 

Mauprin *&?£££ pïfs quï dire , siZon qu’elle dit.i Mauprin ; dites a 
donc P le nom de ce chevalier r Madame, je vous dirai que |o la! entew 

pl-djir. foi. appeller G.l«»! 


c’est lui qui a coupé la l«te a malotru, ei qu. « u>yu - 

la xivière, lesquels on tenoit lea plus forts de tout le monde | mais puisq 

«st s» puissant? a*' *><«“ et »* Vaî " aDt c î JeTaller » I* V . eü / ¥* d °““ e r r *.° 

âmoùr P , et si d* pl« !« »• baptiser , «1 «vrai de bon 


' de G ail un Restauré. 6f 

^chrétienne, laquelle 11 professe; car je connois bien'.toaîirtetnmt que htmôtro 
3 ne vaut rien, Ëmery qui éloit présent , ayant entendu la volonté de Gui- 
narde, il-dit, certes , madame, bien malheureux serôit l'homme qui* refu- 
seroit un si beau don d’une personne pleine de beauté et aussi aimable qua 
Vous. * *■ , . 


CHAPITRE XL VL V 

■- . , • # * , * * , % * V. *f i >■ * »■ ■ • • 

Comme la belle Guinardc s*étant mise à genoux * salua Gallien humblement * 
implorant sa clémence , et Cassura qu elle désirait se faire cftrétieftrie. ' 

pUinarde voyant que tout le tumulte a toit appatsé, sen vint bien courtoi¬ 
sement solder les barons, en leur disant s^Sflut et bonnêiir soit ^de&né 
aux nobles chevaliers Français. Après les avoir salués 9 elle commença à dire s 
Seigneurs, me voilà maintenant sous s vôtre prétention, c’est pourquoi jê 
Tous prie tous qu’il ne me soit fait aucun mal. Il y a un jeune chevalier 
• 90 £Qiné Gallien , Jequel je ne vois pas présentement avecvo'us y je loi voü- 
drois bien parler quand il sera revenu : «nuisant ces paroles Gallon arriva # 

, qui descendoit de la grosse tour du château, il salua Cuinarde le plus hono¬ 
rablement > qu’il lui fut passible, disant ; je Vous salué; béllè Gurnàrde; lofl© 
tejetta i genoux devant Gallien , én lui disant :Chevalier, ;soyëa le bien 
veau, quoique je ne dois pas être trop joyeutfs dé vous \àkr; X&t IP y 4 
long-temps que vous me coûtez cher çt que vous frites* du -rSVôgfe eiV notré 
pays, car c’est vous qui avez mis é mort mon ^propre frère MalotrUy éioa 
Oûcle le roi Pinard, et plusieurs autres de mesparens et amis y toak-îl faüt 
•ublier tout cela et Vous pardonnér léur mort. > ; x ; 1 - >1 * 

Gallien ta remercia humblement. Puis de recfcéf Guînafdé di> : GfteVaHer , 
Voyez fermement qtfil y a long-temps que fai grand désir 1 de croire- èn 
. Totre Disp, et de me faire baptiser, c ? est pburquoistvôus vo'Olefe me prôr 
Retire foi et loyauté de mariageV je vous donnerai *tnon iatàbtf l°ftt*'tfous 
ferai couronner roi. Le petit Emery entendant la proposition dè Gditiafde 4 
dit : Certes, madame, s’il befosoit le préseut que vous*Jui je* lui 

eonseillerois qu’il allât se rendre moine. Et pendantqulk devfeülent, üri fubc* 
étoit caché en un lieu secret pour écouter leur discours, et puis il partie 
aussitôt pour annoncer aux paÿens tout ce qui étoit arrivé. Incpntfftént< trois 
aille payens Vinrent au secours ; mais Durgrand f le portier a voit* déjà ’ fait 
abjuration , et lorsqu’il les vit venir il cria : à 4 moi,^seigneurs Frànçôis, Voici 
. ta* payes»-qui viennent au secours , U nous ^faut détendre j Aussitôt que 
fesUién entendit celé, il mit ses gens en ordre de bataillé; 11 laissa Girard' 
four garder Guinarde, en la grosse tour , puié Beuves yt 9aVaty pour garder 
larder les basse-cours et le pont-kvW r Lui èt Hernaüd dé BelUotfè ityrti-; 

t nt du château avec la plus grosse paftie de leurs 1 trbüdel ; T GWiéb 4i s i é 1, biU 
premier en marche, et fut ii lëhce en main attaquer lésdils pbyëni’i Axe 
KeiûUr coup U tua leur chef appeilé Truffer, l’qn des plta fôfjtf lôrcsqd'o^ 

- J Digitizecmy-VjOÔPy IC- 



66 ; Histoire i 

pût trouver dan* toute la Turquie ; il continua ‘de frapper si fort sur le| 
payens qp’il jettoitloût par terrehommes et chevaux. Heraaud de Bellaod* 
le suivoit de près, et n'en faisoit pas moins : De ces maudits payens qui Soient 
■trois' mille. Un Vu échappa poiùt. Après cette fameuse victoire, Gallien fit 
sonner la retraite et retournèrent au château, auquel ils furent bien reçut, 
et particulièrement Gallien par la belle Guinardè. Ensuite on leur donna un 
repas splendide de toutes sortes de bons rafraîchissemenS, et les chevau* 
furent ml* aux écuries et bien pansés. Après que tous les barons furent rasi, 
sasiés des bons mets que Gùinardé. leur avoit fait servir, on prépara ensuiiç 
de bons lits pour reposer les nobles, barons Français. Nous laisserons à parler 
de Gaflien qui est dans Montfuseau, et nous parlerons de Charlemagne qj 
étoit à RoncpVqux, lequel étoit toujours fort triste de (a mort des douce Pur» 
de France. 

t'jf.. •* r- ■ * > . ' ; . i _ N ‘ > ' . ! 


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'l.-'.-.-V-ï ■ ’ • "c k Ai P l T R E X L V I I. . ' \ 

Comme'U roi Manille mina trente mille payens à Ràneevaux , croyant battre 
le roi Ctiatitmagnt , et comme ils joutèrent l'un contre Cautre. 

A Près que GftHien eut pris congé de Charlemagne, le roi Marsille ouït les 
-^•'Douvelies que, ledit Charlemagne étoit venu au secours des douce Pairs, 
il fit sonner ses cors et bucciaes pour aller i Roneevaux, pt y mena «tes 
lui jtrcote mille combattaas des,meilleurs qu’il pût trouver en son pays,dans 
l’espérance do mettre à mort) les Français, Pour cet effet il assembla scs 
troupes,, puis se mît «a chen*n 4 et fit si grande diligence qu’il arriva en peu 
de temps à Roncevaux ; et sachant que Charlemagne y étoit ,ii,commença i 
çri^r à bjmte voi» i Qù esHu ? Charlemagne, vieiüard rassoté,- laisse* tes 
pIeurs et lau»entation», et vieD8 te battro avec nrpi t que maudit «oit l’faeurq 
que, j'ai monna ie maître Ganelon , lequel m’a fait coûter tant d’urgent pou? 
la trahison qu’jl «faite; car j’en ai la plus grande perte de mon côté, mais 
pourtant laisse-là les nfiorts et viens paTler aux viuans; 1 car j’ai Volonté de le 
mettre aux aboi». Le roi Charlemagne étant en l'avant-garde des douze Pairs, 
dit ; Hélas {.nefen Roland , n’«ntends : tu pas ce faux et déloyal traître qui ire 
menace encore? Charlemagne étoit si transporté, qu'il fiii sembloit que Ro¬ 
land le devoit venrr secourir , mais.il en ,étoit bien loin de ce qu’il pemoir. 
P© rechefj Marsille appella Charlemagne, disant*: Vieillard plein, de folies, 
peosps tu ,que,les morts te puisse aider ? J viens-tôt montrer ta puissance, Après 
txs paroles ditesjCharlemsgne entra daps son pavillon et se fit armer, puis 
vêtit, an haubert, l’un des, plu» beaux du monde, il mit son heaume Vien- 
nai»,et commença à froncer sa face si merveilleusement du déplaisic qu’il 
avoh, qu’il .tpiy avoit pomme devant lui qui n’eût peur en le regardant ; puis 
il pèudit â.,8on col Un écu bien pesant, ensuite ceignit son épée Joyeuse, et 
prit en sa maitl un épieu carré,- puis monta dessus le meilleur cheval qui fit 
en 'toute soa «wnéç, et le piqua si rudement des éperons que U cheval fit 

^ . Digitized by viOU ' LC 1 


' di Gallitn^ Rtst&uri. 67 

ta faut en l'air d’environ trente pieds de haut, de quoi les baron* forent 
tous étonnés. Il sien alla tout droit où étoit Marsilie ,• à qui U donna un si 
zrand cejip sur son haubert, que son épieu se rompit en pièees. Quand 
Charlemagne vit que son épieu étoit rompu et qu'il ne l’avoit nullement en¬ 
dommagé, il fut bien courroucé en son cœur r II mit la main à Joyeuse son 
épée, et en frappa Marsilie dessus son heaume et lui donna un tel coup que 
les pierreries et rubis volèrent par terre et le coup descendit, dessus son écu 
]ui lé mit es deux pièces et lui coupa la main gauche « mais elle étoit de ha 
icier; car Roland lui avoit coupée celle de chair. Quand Charlemagne vit 

i u*il ne peuvoit ppiot le blesser, il Jeva une seconde fois son épée et lui en 
onna ifti si rude coup, qu'il lui coupa une partie de l'épaule. Quand le roi 
Marsilie <se sentit navré, du grand déplaisir qu’il en eut il te laissa tomber 
de dessus son cheval j et se pâma comme s’il eût été mort : En toupbant il 
'6t un*cri si terrible et épouvantable, qu’il se fit entendre d'une lieue loin. 
Aussitôt dix mille payons arrivèrent pour le secourir, lorsqu’ils furent arri¬ 
vés, il y © ut si grande bataille qu'ils tuèrent le cheval de Charlemagne des¬ 
sous lui ; mais Charlemagne se défendoit si merveilleusement et s\ courageu¬ 
sement, qu'il n’y avoit si fort, ni si puissant payen qui osât approcher de lui, 
nais nonobstant sa grande et merveilleuse défense, il ne seroit jamais ré¬ 
chappé si ce n’eût été qu'il cria à haute voix, t â moi : 11 étoit si épouventé 
qu'il ne savoir de quel côté tourner,, le cri fut entendu de Naiiues de Ba¬ 
vière, d’Oger le Danois, lesquels le vinrent secouer ; et firent tant que Char¬ 
lemagne fut remonté sur un autre cheval : Puis quand il fut remonté il fit 
tel carnage des payent 9 que nul n’osoit se trouver devant lui ; de ce pre¬ 
mier assaut moururent*bien mille payens. Quand le roi Marsilie servit ainsi 
battu, il sonna sou cor, et aussitôt arrivèrent vingt mille chevaliers payens, 
auquel Marsilie dit: Seigneurs, vous voyez comme ce vieillard non* a battu f 
d faut iâcbér de le mettre à mort et ses gens , autrement 'ce seroit honte i 
Jous; car nous sommes deux fois plus qu’ils ne sont : Cela, dit, Marsilie 
nappa sur un Français , et le fendit jusqu’aux épaules # *ct tomba mort. 
Charlemagne voyant le coup qu’avoit fait Marsilie, fut bien courroucé ; il 
Vint droit à un payen qui tenoit un épieu, il lui arracha des mains ct vint 
1 Marsilie et se donnèrent de rudes coups, mais ils né se blessèrent point, 
l’épieu de Charles se cassa en deux, dont il fut fort fâché, il jira promp¬ 
tement .Joyeuse, et en donna un tel coup à Marsilie, qu’it lui abattit l’o- 
teille et une partie de la joue ; de ce coup Marsilie tomba par terre : Char¬ 
lemagne lui vouloit couper la tête, mais il fut promptement secouru et ré¬ 
monté. Incontinent Marsilie fit sonner la retraite et sé mit en fuite* 



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x ' CHAPITRE X L V I II. 

/ ' . V ■.>■'■ ■■ C . ; 

Commt Belligant alla à Ronttvaux , accompagné de plusieurs rots tares , çroyest 

rqincrt Charlemagne. " 

T>Elllg«»t étant assuré du malheur de sou frère» le roi Manille, Udit q»il 
mettrait Charlemagne k mort. Alors il appelia dix des plus riebes et grands 
seigneurs du pays» et leur dit : Seigneurs, j’ai ici mon trésor, dont j’ai grand 
peur de le perdre» c’est pourquoi je vous prie de le mener à Moutfuscsu, 
ce fort château que vous voyez ici devant, car j'ai de grandes richesses 
si d’aventure je les perdois, je serois ruiné é jamais. Vous dires a ma niées 
Guinarde, qu’elle me le fasse mettre dans: la pbi$ forte tour, jusqu’à eè que 
je sois retourné vers die, et mon retour sera après que j'aurai mis Cbarl* 
magne et ses gens à mort. Outre plus* dites à ma nièce que quand je serai 
revenu, je lui donnerai un riche et puissant mari;, et qu’elle garde bien le 
Uéior que je lui envoie : Vous mènerez avec Vous dix mille pommes pour 
vous défendre en cas de besoin«> Sire 9 dirent les payent f nous allons exécuter 
votre eommand^nent : Ils se mirent en chemin pour conduire le trésor di 
Belligant ; Quand ils furent passés le bois de Brufelle, ils s'armèrent tellement 
que le soleil faisoit réjaillir la lueur jusqu’au château : Gallien at Guinarde 
étoient ensemble à passer le temps ; Guinarde entretenoit Gallien, epr elle 
lavoit fort bien discourir. Gallien vk briller les armes des payens ? aussitôt il 
se leva et monta à la haute tour, d’où il les vit .venir, il dit Guinarde : Ma 
mie, dans peu de temps nous aurons. des nouvelles. Les payens arrivèrent 
devant ht porte du château , ils appelèrent Durgrand, le portier. Le-xoi Ma¬ 
tban', parla Je,premier , et dit î Durgrand, ouvre virement les portesfc car 
Belligant nous a ici envoyés , et il est parti avec cent mille combattons pour 
détruire Charlemagne* Il salue sa nièce Guinarde, et nous a dit qu’il la mi 4 
rieroit devant qu’il soit un an à un riche parti; nous amenons avec noua uns 
partie de son trésor, afia qu’elle lui garde. Durgrand lui dit : Vous parlez 
sans savoir y car vous n’eptrerez point ici que madame Guinarde ne vous Je, 
commande. Matban lui dit : Vas promptement lui annoncer ces nouvelles et 
lui dit, que le roi Matban et di* mille payens sont à la porte, et loi dit 
tien ce que je t’ai dit. Durgrand dit, jy vas dans le "moment Volontiers, 
puisque vous amenez la trésor de Belligant, vous serez bien reçu et régaM.< 
Je vais'parler à madame, attendez un peu que je sois de retour; puis il dit' 
tout bas que nul ne l’entendit : Dieu protège Gallien Restaure, quand ils 
auront passé le pont il les mettra tous à mort. Il alla droit au palais où il 
trouva Gallien qui,tenoit Guinarde entre ses bras, comme font les Amou¬ 
reux. Durgrand les salua, puis leur dit comme les payens étoient arrivés â 
la porte du château, et leur fit son rapport de ce que Matban lui avoit dit. 
Quand Gallien l’enitndit , il entra en colère et ceignit son épée Haute Clatré:* 
l orsque Guinarde vit que Gallien s’en alloit, les s^ngs lui frémirent du grand 
chagrin qu’elle en eut ,'et elle dit « Que le diable amène ces gens là à cette 


dt Gattitn Restauti, H 

fccuwr; fe promets I Jésus*Christ, que si je peux Ils ne $ f m retourneront 
pas. Alors elle dit à son ami Gai fieu , je vais parler au roi Mathan, et je les 
ferai entrer ici, puis vous les assommerez sans avoir pitié d’eùx.' C 7 >st très* 
bien dit, madame , dit Gallien , mais dans peu il n’y aura payen qui ne vou¬ 
lût bien être en son pays. Quand Guioarde sut tout le fait des payens, elle 
descendis dji palais et nt ouvrir le guichet de la première porte • et regarda 
tes pajrens. Quand Mathan vit Guinarde*, il la salua humblement , disant : 
madame, votre oncla Belligant vous salue 9 lequel noué a etrmmandé que 
nous vinssions ici : Sachez pour vrai qu # il vous mariera au riche ror Margot 9 
lequel est très puissant. Quand Guinarde entendit ainsi parler Mathan , elle 
lui dit; à Dieu ne plaise que Margot soit son mari. Certes, madame, dit 
Mathan; je m'étonne de ceja, car je ne cennois point celui que vous aV'2 
pommé. Guioarde lui dit, pensez-vous que je sois chrétienne, je ne renie 
jamais le Die il Mabon, *jc ne suis pas délibérée de renoncer ; Jet ne veux pas 
être chrétienne; mais je veux toujours servir les dieux que mon père Man¬ 
tille, et tnon oncle Belligant servent. Alors par ruses et finesses elle appelle 
le roi Mathan, et lui dit : grand ror, je ne veux vous rien celer, mais je 
Vous dirai ma pensée : Je dois bien aimer mon oncle Belligant, aussi auisje 
totalement A lui; mais je crains fort un chevalier Français; nommé Gallien 
Restauré, lequel est en l’armée des Franfais; certes, j ai g^nd peur qu’il ne 
me vienne prendre ; car on dit qu’il n^y a point de plus Vaillant chevalier 
josques A la mer rouge : Il est fils du comte Olivier, lequel a mis à mort 
plosieursturcs : Il vint l’aurre jour devant cette porte, il m’épauscroit vo¬ 
lontiers si fe voutois croire en sou Dieu, mais j’aimerois mieux mourir, c’est 
pourquoi je rie sais en q*i me fier. Si vous voulez entrer céans ei passer le 
premier pont, il vous faudra tous désarmer; car autrement Vous n’y eu* 
trerez. point, parée que cela embarrasseroit trop. Ils étoiênt dix rois, mais 
aussitôt qu’ils entendirent parier la belle Guinarde, ils posèrenV les armes A 

S erre. Gallien les regardait par une petite fenêtre secrète^ et quand il les vit- 
fariné, il se prit A rire, et dit : Certes, Guinarde les a enchantés ; celui 
qui se fie aux* femmes est bien fol. 


' ♦ < v » < } g » ^ ♦ < » ♦ ♦ < *> ♦ i y > o '»■ <>-«»• \ > -> < v » < > < 


CHAPITRE XL IX. 

Comme les payent entrèrent auçhâttau dt Mont fuseau , ttcomme les Français 

les tuèrent tous, " • , 

A Près que Guinarde leur eut octroyé d’entrer saqs armes, Us se désarmi- 
■ • rent tous, puis Durgrand leur ouvrit la porte, il abaissa te pont et pas- 
‘èrent tant qu’ils, furent entre deux, ponts..Quand Gallien vit les rois payons 
désarmés et enfermée de cette façon, il descendit du palaisen tirant sa bonne 
*pép j et en frappa Mathan sur la tête., tellement qu’il le tua. Int autre» 
lançais faisoient aussi leur devoir, c’est à savoir; Emeiy, Hernaud, Sa- 
vary etautrn s'employèrent talleœçnt , qa’iis massacrèrent tous les paye us 

I * ' ' ' 



7-0 Histoin 

Quand OaHSen eut fait ce carnage , il dit : Seigneurie Ici payons sont umSo- i 
tenant sans rois et eans généraux pour ; les cons mander • il notas sent fort 
aisé de les battre n'ayant plus de chefs à leur tête, sortons hors du château 
el les allons tous tuer, sans faire quartier Jf un senl; ear nous faut exter¬ 
miner toute cette maudite racejde sarrasin? : tous les barons y consentiront 
de boq coeur. Ils sortirent donc château, et furent à [eux 9 Oallien étoit 
en tête. Les payées furent bien étonnés quand ils v ae virent point sortir leurs 
ro n. Galiien courut i toute bride sur eux et les mit en si grand désordre, 
que c’étoit une pitié de les voir, la terre étoit couverte de corps morts, et le 
saug^ couloir de toutes parts- Les autres barons sé mêlèrent si ayant dans la 
bataiue, qu’ils rompoient tous les boucliers des payens. Galiien le plus con- 
Xûgeiiè ck tous y renversoit par terre tout ce qu'il rencontroit. Les payens 
dkoient, re ne sont pas 11 des hommes, mais <les diables. Quand les payens 
virent que leurs roi? ne vendent point les secourir, ils se découragèrent, 
disant, puisque nous n'avons plus de rets à notre tête pour nous animer au 
combat, cYst fait de nous, notre perte est inévitable : Le peu qui en restait 

S rit la fuite. Girard, Hernaud, Sa va ry et le! autres les poursuivirent à ru- 
©ment, qu'ils -ne sa voient plus en quel endroit S© sauver : GalUen les oscar* 
mouchoit si fort, qu’il n'eu éhappoit point de ses mains,,et comme il les 
poursuivoit, il le? trouVa dans un pré qu’ils repr en oient baleine : Attendez* 
moi , barbares, Vous n’échapperez.pas d’ici; je vous montrerai la puissance 
que Dieu m’a donnée. Les payens reprirent la fuite, mais Galiien les foignit 
aupièç d’un rocher, et là , avec l’aide des barons Français, il? achevèrent le 
reste; ft n’en échappa qu'un , seulement qui fut avertir Belligant du malbeur 
qui leur étoit arrivé ; il lai dit : Tous les payens que voip avez envoyés à 
Momfuseau, sont tous morts et taillés en pièces, excepté moi seul, et si je 
suis blessé à morf. Il y a dans ce château je] ne sais quels gens, mais Ils se 
battent comme des lions en furies, personne ne leur peut résister; entr’autres 
tin jeune hpcnme, dont je n’ai jamais vû son semblable. Quand Belligant 
entendit ces nouvelles, il manqua de perdre l’esprit , et faisoit des cris épou- 4 
vantabjes déplororant son ipfortune, il dit à ses gens : Allons, armez-vous 
vîiement, je vous prie; car il m’est arrivé un grand malheur : je prie Mabofl 
qu'il nous aide tons. Belligant fit promptement armer cinquante mille turcs 
qui se mirent aussitôt en chemin, et* marchèrent droit vers Mootfusean. Gi¬ 
rard qui fahoit le guet tes vit venir , et .dit à Galiien : Mon neveu, regar¬ 
dez, voici l’armée des payens qui vient, et marchent en bon ordre; je vous 
prie mon cher neveu, retournons au château ; car nous ne pouvons résister 
contre une si grande armée. Galiien diji, vous parlez juste, on doit croire 
quand on donne un bon conseil ; car j'ai souvent ouï dire qu’on doit tenir 
pour fol et insensé Celui qui ne profite pas des bons conseils qu’on lui donne. 
Alors Emery dit à Galiien : Cousin r c'est» très-mal fait de ne pas^aller a»- 
devant pour les combattre, certes, il ne semble pas que vous soyies le Bis 
d’Olivier, lequel ne fut las de détruire les payens, je vous jure ma foi qu* 
je ne cr^raFpa? que vous l’êtes, si la crainte vous fait retourner au cbâ- 
tmn* Emery dit , ne prenez pas garde à ce que j’ai dit, car je ne disois qui 
cela pour vous éprouver. Mon neveu, dit Girar^i, ata château ; 



de Gallien Restauré. ji 

ne m’eu parlez plus , dit Gallien, Dieu sait nia pensée, je n’y retournerai 
pu telle chose qui puisse arriver ; car nous les battrons mtiux ici en plein 
champ, qu’au château, aussi je ne veux pas qu*i!' me soit reproché que j’aie 
fuis deVantf les payent; cousin, d* f Emeiy, ne vous courroucez pas de en 
que je vous as dit ;carje saisi bien que nul ne peut blâmer Votre courage: 
Gallien dit, je vous promets qu’avant qu’il soit nuir, vous ne Vous moquerez 
pu de moi. Emerjr diipour la seconder, cousin , je Vois l’armée des payées 
qui avance fortement contre non*, je vOps conseille aussi de retourner au 
château. Alors Gallien lui dit, c’est trop : donner de ga>connades, ce que vous 
m’avez dit me tiens ou coeur, mais je vous ferai Voir qui je suis, car H faut 
Vaincre on meiirir. 



Comme Gallien s*ta alla frapper sur les turs , et comme lui et Bef/igant se ren- 
' contrèrent en bataille t et se donnèrent de furieux coups* 

& &'lHen courroucé en laé-sda», prit une lance et s’en alla sur la rivière 
de Pinelle, U distingua BeUigant d’entre lés autres payent,/ il prit sa 
laoce en main et vint contre Belligant, et des coups qui se donnèrent, ils 
tombèrent tous deux par terre ; mais Gallien se leva dans le moment sans 
que personne lui aidât. Belligant fut bien chagrin quand .il se vit par terre et 

S ue sou écu étoit rompu, alors Gallien luidït payen, je u’ai jamais trouvé 
mise que toi qui m’ait mis A, has de mon cheval ; mais je te promets qu’a- 
>aot que tu m’échappe, je te montrerai ce que tu n’as jamais vû Alors 
Belligant tira .son épee, et frappa Gallien si rudement qu’a le jetta encore A 
.erre, sa cuirasse et son heaume ne lui servirent de rien, mais la coëtfe du 
lauhert lui para un peu le coup, néanmoins le sang lui sortait de la bouche, 
(ont Belligant fut joyeux, et dit A Gallien; Vassal,'Vous avez déjà senti ua 
:«op, mais vous an aurez bien d’autrea avant que d’échapper de mes mains. 
Quand Gallien l’entendit y tout le aang lui monta , et se prit A; dire : Celui 
qui menace a quelquefois grande peur : il approcha de Belligant et lui donna 
on tel coup , qu’il lui coupa le cercla de son heaume et la coëffe qui étoit 
le fin acier, et Belligant tomba ; quand il se sentit-ainsi frappé, ii fit un 
ni terrible : Gallien le prit ah mêmc'temps A la gorge et le vouloit ‘étran^ 
der, mais dix mille payons , vinrent A son «cour» et environnèrent Ga-li-n 
le tous côtés. Quand il se vit entouré des payons, il appella Eniory', et lui 
lit, cousin, si vous eussiez avancé, comme moi• jamais Belligant 1 ne fût 
échappé, 11 appella Maradan, Sortibran de Tyr et Malotru, puis leur dit : 
Seigneurs, .faites sonner vos cqr» et huednes, ce qu’ils firent. Les payehs 
Ittaquèrent Gallien de toutes parts ; mais il se défendoSt si vaillamment que 
Wi n’osoit l’approcher. Beuves et Savary vinrent près de Gallien, et faisoient 
en si terrible carnage des payens, qu’ils fuyaient tous de devant eux. Quand 
Belligant vit cela U «éveil de dépit, quoique Gallien fât A pied U étoit s ; 



f Histo&rt 

rempli de' couraga, que tout ce qu'il atteignait était mil i mort-;, il appel 
deux payens, lesquels t «noient Marcepin , soo cheval, et se di&putoiat' 
qui l'auroit , dont il «ut le cœur bien triste, en pensa perdre l’esprit, 
commença à dire : Hélas !.vrai Dieu, si je pouvois approcher de ces ma 
dits payens, certainement ils ne se disputeraient pas pour mon cheval :« 
fut à son secours; car Benves, Savary, Bernaud, Emerjr et dix mille Fr» 
(ai i montèrent à cheval, et Se mirent en chemin pour venir à la bataiUi 
mais Hefoaud vit les payens qui tenoient Marcepin., lesquels faisoient gnnj 
«ris pour l'avoir, ils se disputaient l'un l’autre; Hernaqd fut à eux et n 
dit, ne vous battez,point Vus. l’autre, pour avoir cc çheval; car vous ne l’a 
rez ni l’un ni l’autre, puis frappa sur eux si rudement qu’il les mit i» 
et par sa vaillance il recouvra Marcepin, il vint ensuite vers Gallien'«t 
vendit : quand Gailicn. tint son cheval ü méats dessus promptement; 
mit au milieu de Ut bataille, frappant sur Us pajens si rudement qu’ 
les pouvoit-on voir, puis il dit : Vrai .Dieu ! sbiifcraio roi des ejen», i 
homme monté à cheval vaut mieux que dix i pied. Hernaud mon eouii 
m’a fait un grand plaisir quand il m’a ramené mon bon obevaL On dimi 
qiunéaient qu’au besoin on con.noît l’ami, dont le proverbe est vrai,| 






le su!voient toujours è stot côtés, mais ils étaient courroucés de ce qu’il ■ 
mettait au hasard; mais Gallien n’en faisoit qu’i sa volonté. Nonobstant 
générosité il se retira un peu dè la presse et empoigna un épieu qu’il tr 
sur le pré, puis de recher se mit en bataille; et & tapt qu’il rencontra 
figent, lequel avoi* aussi un épieu , ils s'eà donnèrent l tant de coups l’u 
l’autre qu’ils brisèrent leurs écus, mais leurs hauberts étaient si forte, qt 
ne ee purent blesser, et les épiénx volèrent en Vair par pièces ; ces g 
feux guerriers passèrent l’un centre l’autre, maisr au retour Gallien I 
Haute-Claire et en donna un tel coup sur le heaume de Helligast, que 
coè’ffe n’eût été forte, il l’eût fendu en deux, BOoübstant cela il fus blet 


coëffe n’eût été forte, il Veût fendu en deux, BOoûbstant cela il fus blés 
l’épaule gauche. Quand Belligant vit qu’il était ainsi battu- H écemoit de» 
il tirp son épée, et par grande fureur Vint frapper Gallien si rudement 
le heaume qu’il coupa le cercla, miii Dieu le préserva de mal. Incoatis 
•'armèrent plus de mille payens , et d’autre par grande quantité de cb rérie 
•lors la bataille commença plus fort que devant. - 
Gallien retourna centre Belligant , et se donnèrent de grands coups; ht 
.Français et las payons étaient si animés les uns centre les autres, que c’éié 
pitié de les regarder : Beuves et Savary frappeiem sur leipayent» avec t 
ai grand courage, qu’ils les firent reculer, puis il leur vint du secours,tel 
ternent qu’ils poursuivirent nos gens si rudement, que Girard de Vienne ft 

f rondement blessé, et les Français aussi; car ils prirent Benves-, SnvatJ 
lernaud, Gautier et plusieurs autres barons, jusqu’au nombre do ouaté 
Vingt, et lus lièrent étroitement, pms les' frappeiem à grands coups de bâta 
e’étoit une pitié de les voir. Quand les nobles- barons ee sentirent* maltrtit 
ainsi, ils commencèrent à s’écrier à haute voix ; Gallien le- vaillant, veo 
nous donner secours, ou autrement jamais vous ne noua verrez. 


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de Ga^ift^Restaure, ' 


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C H AjR I T.RS L I. 

• ■ r ' !• » tv . "V : 

tmme Gitard , Beuvts, Hernatid, Eihery' et Gautier furent pris des payent. 


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jUand Gallîcnentendit dire qne le^baroter étbient -pifs prisonniers, il 
manqua de s’évanouir, fl piqua son cheval Marcepîn, espérant les se~ 
irlr * mais tout cela fut intime ; car il vint sur lui tant 1 de payens qufé ct| 
un hasard comme H échappa :* Guidante était en la' plus haute lotir ' du ; 
iteaa 9 qui vit la supériorité ties payeris , elle $e prit à/ pleurer 4 ,'' disànt ^ 
las ! beau chevalier, revenez àu château , càr si vous perdez Môntfûseau 
[ même je suis perdue ; Gallieis l'entendit, et en fut ' si Jnarri que les lar-* 
i lui tombèrent des yeux, car il savoit bien qu’elle disoit Fa Mérité, il dit : 

Dieu ! jamais je ne me suis trouvéetl^un si grand darigèt, Il vàüï mieux 
9 je me ^retire attendu que je ne peut dodner fcecbnr* à ? mes chevaliers, cac 
vois bien-que ma force n*y 'peut remédier î Incontinent IF Veii retourna’ au 
Itejilr, et qùandKïïqrgrand le ftortSé* le yft 1 venir il* ou vrtela porter Quan 4 
furebt 4 jeofnS j^Gniaarde vinf.arî-dèfabit, et ôta le héatfaie et l'épée' de 
llieri son amKTŒlte'ltti tendit lès bra 9 *poUr l ? erhbra' 9 serj mais Gafltehb lui 
; Madame, jû nterpas nécessité d’être màintenant caressé $ ciir^ }*aî bu- 
indlni* pèndtt îa^fleur de là Fran'CC) ;et f !és "VneiUeurs cbevalfers^qul soient: 

• terréi Héï^ ! je 4ois bietf aVdi¥ ; bé ? 4^tV^ri^rrîà AteésGafoaode dhVTrés¬ 
or ami V cbàgrmre p*oiUi J , 6 l4r ^res 4à-trütfesiëïViiiiv : 11- joie t * 

de mtinè^aprè^la perte vidtit^eh^àh^ Gbllteâ et ses gêna VwonTèrèiu^au 
Itehir^ JssqUels fcVtnteeiilr â tndPu^eif 'l 'foals ‘tifollien juta qulbrfe bOjtétt ni 
ngeï^m^qbé les ^kfedïlnifere !, tié > fd^sebt? , déttvi»é^; bar iKétoit eauae^dé Içdr 
>e,^dmaqt quits avaient été v p6br : 1ie^î5éoén<rimQuand les bârtHib l'èn-; 
dirent ; ils furent bien ét-dimé#;Set 1 si flîrérft des Un^ aax .antres : Ciét 
nmeél nous ïamuHr,W botua oîde;i » MV *-n ftrvi» » f 

: ; ^ ^ j l'a, 7 i »i:*‘ d ir;' . ’ • • \d- : !>;<»./ i. / **il ‘«nu. v •/. 

t nod •, 'Ut»-: îHüf/fi nui f *;Ü 6 Y aUjLü iu*i </. 

^ | aoo WKaii^Ui r C A^JP JhlgLR A iX IXi*- ’ i ù is t ^miotn<v ; s ; 

mmê Belligant envoya deux milk payeris pour aller pendre les Français l 
et comme Gallien Us sauva de la mort» 

Ilôt que Gaflten sut qu’on vouloH faire mourir les Français, fl fit armer 
ses gens, puis se’mirent en chemin yie% arrivèrent à Pinelle, puis passé* 
it outre et entrèrent i Brufelle lejgptus secrètement qu’ils pûrént ,et s’eifl - 
puèrent jusqu’au matin. Quand te jour fut venu, Belligant appella le roi 
ttribie et le roi Malepart, puis jeur dit : Seigneurs , il vous faut aller au 
is de Brufelle avec deux mille pavens pour pendre et étrangler lès Fran- 
». Les deux rois répondirent à Belligant, que rolonUers Us iraient. Iucoa* 

; 9 ib V ^ ; K 


JH Histoire • 

tinent le* Français' furent' déchaînés .et menés au bois de Bru/ette, les bâtai 
toujours à grands coups de bâton. Ee roi A^atrible se mit le premier en ri» 
min, et tous les antres après lui., délibérés-de les faire mourir. Quand Gai 
lien, qui étoit embusqué audit bob, les vit f il eut grande joie en son tau 
et dit . tout bas : ceux qui croyent faire mourir les autres mourront est 
mêmes. JC.es pajrens entrèrent au beis, maltraitant toujours les Français 
mais quand Gaîlicir vit qu’on les battoit si rigoureusement, il fnt fort cour 
rouf é-^ pub prit sa . course et alla vers le roi Matrible, et le tua. Les autre 
Françab se mireitt en bataille et délièrent les prisonniers 1 ; alors Girard.se pi 
à; dire : Mon Dien, je vons rends grâces; car vous nous avec toujours n 
courus dans nos besoins. Quand Girard, Emery et les autres prisonniers i 
virent libres, ils se mirent en bataille comme des lions : Hernaüd alla frappt 
. un sarrasin nommé Truffier, qui l’avoit tant battu en l’amenant au boa 
qu’il lpi fendit la tâte jusqu’au menton, Benvct abattit Corhicas ; Savary 
par terre CJorboa; et Mauprin tua JButbqr et Ruhion. Quand le roi Male 
vit sa défaite » il sonna un cor dp laiton ,. et audit son »e r a lièrent sept u 
payons qui .vinrent autour .de ;lni, il blessa, le comte Thierry, tellement 
. le perça au travers du corps.. Quand GaHiesp vit cela, U tira, soit épée bar" 
Claire, et en donna un tel coup.an foi Malepart, qu’il le -tuas Quand 
payons virent la. grande Confusion , Us se mirent en fuite, .^près. la mort 
Mplepart, les Français se ralièreut ensemble, et frappèrent tapt, qu’ils t 
rent le reste, des payons, réservé un, lequel alla dire tes nouvelles à 
gant. Quand iUsul n Sût, U fut au# .désespoir, U fit incontinent sonner 
cors, et, assembla un-grand nombre de aarrasins. Gallien Ouït Io biait 
dit â ses gens f Seigneurs, prenons ggrde ,â nous ; car nous aurons tac 
îles payons âHtombattre, j’ai ooï soqnef le» cors; c’est pourquoi' je-tot 
prie, mettons*nous sur nos gardes, J.’al su qu’hier matin, votu-fûts# ( 
parce qna nous n'étions pat serré# ; j’ai encore les hommes que QufMH| 
m’a donnés, je erob qu’U ne s’en faut pas .pont. Des dix mille j’en comœ 
derai trois y mon oncle trote^lltxpaaa on comman4qBa .de"*» Eeww 
Savant tes deux autres mille : Enfin, que chacun soit fcourageux ; car « 
j’cftissd fi& fSé Bolligant, quand te la ituaii bas do iuin aheVadyll w# 


en eut mieux yallu, mab qu'un chacun prenne bon courage, et fause ceq4 
j’ai ordonné, èt ainsi faiehat aiveoTaïd» dé Dieu ,* nous mettrons ces payai 


à mort. 


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b* . Histoire 

009 am! GéHtêvT, etl’embrafsa r en lui disant mon cher ami» Tous pouvefl 
manger maintenant; car' vou : avez délivre les chevaliers Français s Oui, dîf 
Gallien » grâce au Seigneur; Quand ils furënt entrés dans‘las appa rumens» 
les quatre vingts chevaliers qui avoient été faits prisonniers, remercièrent; 
tien hohorabieoient la belle Guinarde de leur avoir sauvé la vie; Gtünaxd^ 
leur dit * Seigneurs-, faites bonpe chère, et voas reposez à votre aise. Après 
souper ils rendirent tous ensemble grâces, à Dieu de ce qu’ils avpient été se*j 
courus. Chacun se coucha et se reposèrent jusqu’au lendemain matin* BeUH 
gant étoit en sa tente qui faisoit triste mine et pauvre chère, à cause qw* 
^presque,tous les paytns avoient été défait a. Quand ils furent assemblés pour? 
prendre du rafraîchissement, Belligant dit à haute voix : Seigneurs, de pan: 
mon Dieu.Mahomet, si ma nièce Guinarde a fait cette trahison; etla sero&i 
ausd convertie à la loi chrétienne, dont fan ai le cœur dolent. Le matin : 
Belligaüt vint avec son armée et assiégea le château; dans ladite armés il J 
«voit un turc nommé Tr ( uffier de Grenade, qui étoit fort expert dans fart i 
militaire, Belligant lui demanda conseil Sur ce qu’il devoil faire,/il lui dit : 
Sire, le château est si fori qu’on ne le sauroit prendre que par famine, et 
de plus il y a des vivres pour long-temps; ain*i$i vous voulez me croire^ 
# Hous quitterons cet endroit, et nous irons nous joindre au roi Marsille, ci»® 
lait grande guerre aux Français, et puis quand nous autous battu . Chanel 
magne, nous rayagerous route la France, et si nous pouvons entrer dao» 
3 Paéis^ vous Vous en ferez couronner roi, et pendant ce temps Rfontfusetü i 
consommera tous ses vivres. Belligant lui dit , vous parlez bien , mais cela est 
p}us mal-aisé à faire qu’à dire, les Français sout de généreux guerriers et ne 
sont pas facile à vaincre. Ils partirent donn pour joindre Marsille, lequel 
avoit déjà quatre rois avec lui. Quand les deux rois, se virent ils s’embras¬ 
sèrent l’pn l’autre, et leurs gens d’aiitrç côté. Lorsque le rov Marsille vitqw 
Belligant avoit amené avec* lui encore beaucoup de troupes /il devint cncom 
plus orgueilleux que devant, il jura qu’il vouloit, exterminer Charlemagne w 
son armée : Belligant dit, mon frère., ce seroit mal fait;'mais envoyez «lui 
.plutôt des messagers pour lui dire qu’il Yous'vienne rendre hommage,et q**ql 
.vous aurez, pitié de lui, et de ses trifupes. Incontinent le roi Marsille appela 
Fatissart et Justamont, UleurdU : Messagers, il vous faut aller dil^e»- 
ment trouver; Charlemagne de ma part, et vous lui direz qu’il me vieoija 
: faire hommage, et qu’il rèconttoisse qu’il ne tient son royaume que de 
île plus., qu’il renonce à Jésus-Christ, et qu’il adoÿe^ mes dieux, et aus» 

Î iu’il amène avec lui Naimes, Ügèr la Danois et Thierry , et que s’il le r«*\ 
use, je le ferai écorcher tout vif, et tous les grands dé son royaume : Les 
messagers partirent, aussitôt pour aller porter ces nouvelle? au grand Chiite* 
magne > roi de France. 


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1 r dc Gallien Itestauri, ^ 77 

° n agpEgpgpao>aqw >a nga^ 

- " 4 , * -V ’&h A P i t r s 11 v: ; ' :; ‘ : » . 

\.r v . *:v : v • . • % :-u:S\ 

ommi Faussard et Justamont , messagtrs du roi Màrsille 9 se mirent en chemin 
pour faire son commandement y ers Charlemagne • * 

?4nsiard et Justamont firent diligence pour aller accomplir le. commandes 
ment du roi Marsille, ils arrivèrent au camp 1 de Charlemagne, daut le* 
*el ils virent beaucoup de magnificence; savoir, la tente du roi, ses. équt- 
a gw , ensuite toutes les richesses 4 des r princes et barons Français» l’er , iar- 
{ *nt et les pierreries y relnisoient do loute^part t Les nobles barous se ré- 
missoicDt et s'ébattaient ensemble ; enfin, ep ne voÿoit par tout le camp 
u * magn licences, dont les messagers étaient émerveillés. Alors Faussard dit 
«justamont, le roi Marsitle rf*y pense pas f quand il croit mettre Charle- 
isgne en sa sujétion, je crois qu’il épuiseroit plutôt tout l*éau de la mer 
eutte à goutté avant .qu’il^lui obéit ; je sui* d’avis que nous retournions sans 
| lre notre message, je vois bien que nous perdrons ^aotre temps, set nous 
tfous moquer de nous, mais puisqu’àiosi et que nous sommes dans son 
il nous faut parler à lui; car ce seroit grande bouté à nous ri nous 
accomplissions le commandement. Alors ils entrèrent en l’armée* et trou¬ 
vent Charlemagne assis dans un fauteuil devant son pavillon* et là étaient 
aïomon , le duc Naimes, Girard et Ogcr le Danois : Quand ils virent les 
‘es$agers, ils se doutèrent bien que le ro^ Marsitle les avoit envoyés; c’est 
onrquoi ils s’approchèrent de Charlemagne pour écouter les nouvelles. Faus- 
f rd et Justamont mirent pied à terre, puis Rapprochèrent de Charlemagne* 

.■ c< * m niencècent à dire : Charles, l’amiral Belligant vous mande par nou^ 9 
De vous veniez tout nud en chemise, un petit bâton blanc en la main peur 
11 laue hommage, que vous renqpciez à votre Dieu Jésus-Christ, et suiviez 
> U» du nos dieu*, et que vous lui livriez eu ses mains le duc Naimes,, 
ger le Danois et Thierry : JEt si vous ne voulez pas consentir à son désir, 
arrac her 1®* dents l’une après l’autre et après vous fera écorcher 
! î vif : De ipluV* il ^ viendra en votre royaume, et fiera poser notre Dieu 
aoom, à saint Denis, en France, et mettra votre Dieu Jésus Christ en 
* * pt^i® détruira pa loi in la mettant au néant* et multipliera la nôtre par 
t le pays do France, tant que chacun y croira, et ceux qui n’y voudront 
otre, il les f er a mourir <de mort très-cruelle. Qüand Charlemagne entendit 
, 11 P ar |fr Faussard, il entra dans une étrange colère* et voulut^se lover 
Du 80 âL S *^ e ^ pour frapper ledit Faussard ; mais il se modéra, considérant en 
-mime^ qu’il étoit messager, et qu’il ne d^voit avoir nul mil, «t leur dit 
grand courroux : Sortez de devant moi, et allez dire à votre rot que îe 
f - . c C a * D8 P aa ci ses dieux, biais j’ai espérance que devant qu’il soit peu. 

' )e lui apprendrai à ne jamais menacer personne; et sachez que si vous 
(î I€2 ,P as ^messagers que je vous^ferois pendre. Quand les messagers enten- 
ftiofi parle]: Charlemagne, ils furent si épouvantés qu'II^ eussent voulu 



?$ - nUtolr, 

être jan* leur pays : Faussard changea de-couleur, èt h fiitre le prit de h 
grande peur qerii eut duregard de Charlemagne, et Justement u?ca n'éto^ 
pas mains , tellement qu’ils s’enfuirent â toute bride, fit il leur tembloil 
que Charlemagne les suivoit toujours ; ils aroicriV ai grande peur qu'ils coa- 
rpient à travers camp sans tenir chemin ni sentier ; car depuis qu f ils étoient 
nu monde,-ils n’a voient eu ri peur que quand Cboriema&ne les negarda. Dl 
cheminèrent si .fort, qu’en peu de temps ils arrivèrent a l’armée de Bedli- 
gant. Plusieurs pqyens vinrent au-devant des messagers pour ouïr les Uou- 
belles qu’ils apportaient. Quand ils virent lesdits messagers si effarouché*, 
ils furent épouvantés i Faussard et Justamont vinrent incontinent vers BelH* 

S ant, et ne le saluèrent point de la grande peur qu’ils avoient eu du regard 
e Charlemagne. Quand Us furent un peu assurés , Faussard dit à Bolligant, 
St*, amiral, si vous me voulez croire, demain dès l’aitbe du jour vous fe¬ 
rez charger vos tentes et pavillons, et tous vos équipages, et voue vqus en 
retournerez en votre pays-, ear Charlemagne est le .plus merveilleux boum» 
-que j*aî jamais «û, il est délibéré de joûter contre vous corps à corps ; il dit, 
«usai qu’il vous fera souvenir de votre menace : si vous né me croyez pas, 
dêmandez-le d Justamont qui y était présent, lequel .vous eu pourra dire la 
vérité. Beüigant fit appeUër incontinent Justamont, et lui demanda s’il étoit. 
'Vrai ce crue Faussard lui avoit dit; il répondit ainsi. : Sire amiral, il est vé¬ 
rité que Charlemagne est le plus merveilleux homme que jamais on poissa 
voir : II « le regard ri épouvantable, que toutes les foi* qu’il me souvient de 
lui, tout le corps me tremble; croyez fermétucnt que 1 devant qu’il soit -pet 
de temps il a menacé de vous attaquer. Je vous prie, donnez^ moi congé pour 
m’aller reposer, car vous Voyez bien que je n’a! pas besoin,ici j car j'ai tes-, 
jour» grande penr du regard de Charlemagne « il a semblé êtae un bon «n 
•furie quand nous lui avons fait le récit de notre message, demain je me ferai 
-porter en ma maison,.et me ferai panser. Quand BeUjgant entendit ainsi 
parler Justamont, il fut bien courroucé et lui dit : vous ne retournerez pat 
en votre maison, mats vous Viendrez demain avec moi;,car je suis résolu 
d’aller attaquer Charlemagne dedans son camp, et vous serez en ma tente! 
afin que quand j’aurai quelque message A faire, vous les ferez au temps s 
Venir, alors je vous récompenserai- Justamont lui répondit : Sire, je ferai 
volontiers ce qui me sera possible, j’irai par-tout où U vous plaira pour faire 
Votre commandement ; mais ai voua me vouliez envoyer vers Charlemagne , 
j’aimerois mieux que vous me fissiez mourir; desquelles paroles Belligant fat* 
bien courroucé en son cœur, et jura par Alahon qu’il iroit visiter Charte- ' 
magne jusque» dans son pavillon , et qu’avec lui il vouloit joûter eorp* i , 
sorps» i 

Nous bluterons à vous parler de Belligant, et parleroaf de Cbarlctnagoe, 
lequel est bien eouTrouoé des paroles que BcUigant lui avoit mandées par 
faussard et Justamont» 


Digitiz.ee! by 


♦ ( > * i > 


dt Galâtn Rtstauri, 


C HA PI T RK 


Comtlit Ckarltmagnt, apris Us nouvtllts qst'ü tut dé Btliigakt , fit éppaniHm St* 

gtns pour t’aûtr cotnéauft. 

à Près que Charlemagne eut ouï tes nouvelles que le roi Belligant lui mao- 
A doit , il fut si courroucé qu’il ou pouvoit boire ni mmagyr , plusieurs de 
k* baron» voyant cela commencèrent à té dire lot uns >*ux'autre* : Certain 
ment avant qu’il soit peu oe tempe noua auront ordre'de noue armer promp- 
tfment ; car l'empereur Charlemagne ast bien courropoé du message que lui 


front que tné fait Belligant, de Vouloir exiger que jerenoone à la foi du 


Jésus-Christ pour prendre ta lui de Mahom, et que je "lui fasse hommage 
tomme i mon Seigneur, tout en chemise, et un bâton Mine en ma main. 
Outre plus , que je lui rende Oger le Danois , le due Naimes et Thierry y 
desquelles parole* j’ai Fü coeur si navré, qu’à peine puisse parler, c’est peur-, 
quoi je vous prie, que chacun se mette en armes, car si je ne puis vaincre 1 
ces maudits' mécréarts, je mou^irai de chagrin j puis U dit : Hélas ! Roland 9 
«i tu .étois ici ta m’eusses vengé dé «ql outrage. Le duc Naimes voyant Char» 
lemague en courroux et entristesse, lui dit ; Très-cher seigneur , fe vont pria* 
de ne plus parier de ceux quir sont morts, mais tâche* plutôt de donner» 
courage i vos gens, afin que vous puissiez vous venger. Outre plus, j» vous, 
conseille de faire savoir i'OalSeâ' qu’il vienne à votre secours. Alors il; fut? 
dit que Gjrardle Vienneis irait faire le message; car 11 étoit homme pruri 
dint, sage et éloquent : Gimd fat mandé par Charlemagne, lequel lui dit». 
Girard , nous vous avoas mandé pour faire un - message que nous avops k 
faire. Sire • dit Girard , je suis prêt de faire votre Volonté, ordonnez-moi cm 
qu’il Vous plaira. * 

. Vous irez , dit Cbarlemagne, àMontfaseau, ver* Gailden, et lui direz qai 
î« ms recommande i lui, et qu’il vienne et amène Girard, Bonves», Savaty et 
amery;: pour nous secourir contre-le roi Marsille et Belligant sou frère, lm* 
quels ont 'résolu de nous mettre à mort, et détruire la ebrétiènneté. Incoo-* 
tinent Girard prit aussitôt cèngéde Charlemagoe, puis m aàt «a chemift 
pour faire son message. - .. 1 


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to Histoire 


O, Ht A P I T Ê E..L V I. 

Gomme Girard alla dit* A Gaftfeaqu’il vienne donner sueurs A Charlemagne , 
contre Belùgant , et comnfr Hfut attaque fui?, turc 9 lequel se tenoit pris A un j 
château. : b ,. , ni ç , . f . . ; •. ' . , ! 

G irard fut diligjÿainnt> in ithâtwi4 lequel était; situé dessus -une grands 
roche, ef-auipiediriaoelle il y avoit .une petite rivière, laquelle étoit gardée 
par-un turc, qui étoit'-le plus fort qui fût en tout le pays de -Turquie, il étoit 
an roi de Perse; ce taco étoit embusqué derrière une,forte roche, et gardoit 
le pont de-ladite Sivièrdy aba que personne n’y passif Quand Girard vit ce 
château, il s'y acheminai droit ,- mais incontinent que le payen le rit venir il 
connut bien que-c’étoit un Erançais, u -lut dit a haute voir ; Chevalier, 
Hui ne passe .sumoe popt-qu'il ne paie le tribut |; c’e<>U pourquoi H ,te coq* 
Vient 1 pajfer ,oh autrement de finir ta vie; Girard--lui demanda quel droit, 
il devoit v Le payerf hii dit qu’il falloit qu’il passât,jtpiç désarmé et à pied, [ 
an bâton eft- sa maiû , ou s’il ne le vouloit pas faire, qu’il renonçât i la loi ' 
de- Jésus-Christ;cqt que s’il la vouloit renouefeir et prendre la payenne, qu’il 
lui donne^oit-.dej’oriet de l’argent en gramU abondgnce; de plus, qu*|l lai , 
donnerait 1» sœur *0 mariage, laquelle étoHI*. plus .belle de tout la pays..’ 
Girard enten'daiü lês paroles de ce payen, il fut cpurroucé, et lui dit, os 
te moques^u point de mob? Jaisse-atoi faireraon.unessage.. Et en disant cds, 
Girarduse ivouW avancet-podr passer le peatt^imaie--aussitôt le payes viol 
contreluiiils^tiirfent: leurs lancesenl’atsêt , : pqis 1 coururent Pun contra j 
l'autre avec tant de .fureur , que tous deux leur convint chanceler de.dessuJi 
leur cheval, et rompirent leurs lances , puis mirent l’épée à la nqain, ci 
rfén donnèrent d’effroyables; Coups sans.se pouvoir blesser; quand le paypi 
Vit qu’ll ne pouvais vaincre Girard, il lui dit r Français , je ne sqis’ pas Çuff 
ttf est , mais tu pçux. te Yaatev q.ue tu «s joûté. centre le plus fo/t payenù|r 

? ui soit en toute la Turquie, cepeddant nous ne pouvons nous vaincre ni; 

un ni l’aütïe';, il:ndUs fautjfeire une COUvention.«ngei)qbIe, que.si Belligant 
peut..vaincre tonHroi Cbâélémégne, tu, renonceras jâ ton Pieu Jésus- Christ 
et te viendras-rendre à moi, ,;dt âmadjsCréMpn. Et-au, coniraifp (?n que s 
Gharidm*gHei à vlctoicd sur--teà payens , fe renoncerai à Mahouo et Tarva- 
gantv puia- me-ferai baptiser,_ et croirai eut t#n DjeuJesu* - ,Christ. Lqquellt 
convention lui aceorda Girard’, et lui dit î,P ayen , je suis content de tenii 
ma parole comme tu as dit, non pas pour la peur que j’ai dé toi, mai 
plutôt popr faire mon message promptement. Ils se promirent la foi récipro 
quement et prirent congé l’un de l’autre. Girard demanda au payen le drt>i 
chemin pour aller & Montfuscau, éjaot arrivé à la première porte <hu cbS 
teau , U appella le portier, et lui dit : OuVrezla porte; car je suis message) 
de Charlemagne, j’apporte des nouvelles à Galtiçn. Quand Ourgrand 1 
portier ouït parler Girard, il entendit bien qu’il étoit Français, dont il fu 

' jitized by VjOOQlt Î9V6UX 







\ de Gallien Restaure. ^ Si 

ycwi ) 3 lu! ouvrit aussitôt la porter Girard monta au château , at fut en 
U chambra où étoît Gallien, lequel passoit le temps avec sas barons.. Quand 
irard fut au palais, 3 regarda Gallien quiétoit assis sur un mârbre blanc , 
fut à lui et le salua fort honnêtement. Ami, dit Gallien, soyez le bien venu: 
e voua prie , dïtes-moi quelles nou velles vous m’apportez. Sire, dit Girard , 
vous salue de la part de Charlemagne, lequel vous prie de lui donner 
cours contre le roi Marsille et Belligant son frère, lesquels le veulent 
uire. Quand Gallien entendit parler Girard, il fut biencouriouqé, etpro* 
it qu'u irott à son secours avec plaisir incontinent^ il fit préparer ses dqui- 
iges* et donna ses ordres pour la garde du château. v 

Guïnarde Voyant le départ de son ami Gallien, vint Vers lui et lui dit : 
ràs-eber seigneur, ayez mémoire de moi; car vous m’avez promis foi ,e€ 
yauié de mariage, Sachez que je crains fort que si Vous êtes vainqueur de 
ion oncle Belligant, que vous ne mettiez votre amour à sa femme ; car c'est 
i plus belle qui soit en Turquie. Quand Gallien entendit ainsi parler Gui* 
arde, il lui jura du rechef que jamais il n’auroit d’autre femme qu’elle, et 
u'étant dp retour il aecompliroit sa promesse. Il lui laissa cmt des meilleurs, 
aevaliers de Sa compagnie pour la garder, dont elle le remercia, et le 
aisa doucement, puis prirent congé l’un de l’autre. 

Je vous laisserai à parler de Gallien, et retournérai â Charlemagne 
tait en sa tente fort mélancolique. % 

nitftiiiiwMiKiiMitüMMu» jagancppOK ******'***'***** 

CHAPITRE L V I I. 

■y ' . - ** t f 

omme après qttt Charlemagne tut envoyé Girard vers Gallien , pttur avoir 
secours y. il assembla toute son armée pour aller contre (amiral Belligant # 
et comme Gallien se mit en chemin pour venir du secours du roi Charltmanne . 

} Uand Charlemagne eut envoyé Girard vers Gallien, il fit préparer toute 
son armée, et ordonna que le jour du dtépart chacun se trouvât i la 
esse, une torche i la mata, priant Dieu notre créateur qu’il leur Voulût 
Te en aide contre les payeos, laquelle chose fat faite. Ils se trouvèrent à 
stte messe environ eent mille, car jeunes et vieux y furent, priant Dieu 
■'il leur donna victoire contre leurs- ennemis. Après la messe chantée, le 
>i Charlemagne s’en alla asseoir dessous vn arbre verd: car c’étoit au mois 
: mai, et autour de lui étoient ses barons avec lesquels il devlsoit. Dans 
i moment, Guyen de Mirabel arriva, lequelétoit blessé efun cOup d’épieu 
■ travers le corps. Il se mit i pied et salua Charlemagne, lui disant : Sir* 
mpereur, faites armer vos gens promptement j ear voici Belligant «ui amène 
r«t Ini bien cept mille combat -ns. Quand Charlemagne entendit parler 
uyon de Mira bel, il ordonna qu’on se mit en armes incontinent sans nul 
élai j GhaTlemagne voyant tous ses gens en état, voulut ordonner ses b'a- 
lilles ainsi qu’il avoit coutume de faire, et dit : Seigneurs, au nom do 
esus-Christ, je veux former cinq batailles de mes hommes d’honneur, b* 
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8% , Jfiisiolrt 

première évec vingt mille barons, lesquels seront toujours auprès de mol h 
duc NaimeS, commandera la seconde de trente mille hommes. Qger, la troi¬ 
sième de vingt mille, pour donner secours au besoin. Thierry, la quatrième 
de vingt mille pour cofoyer. Geoffroy, commandera la cinquième et der- 
irière bataille de dix mille. 

Après les batailles ordonnées, Charlemagne dit ; Messieurs et amîs, veut 
connoissex qu’il ne se faut pas tant vanter en campagne comme on fait & b 
maison, 11 est temps de montrer sa valeur; vous savez que ces maudite paye» 
nous veulent détruire et notre religion, c’est pourquoi je vous prie qOecha¬ 
cun fasse son devoir, car j’ai espérance en Notre-Stigneur, qu'aujourd'hui 
nous les mettrons tous à mort, ainsi nobles barons, prenons courage. Après 
que Charlemagne eut encouragé tous res gens, il lui souvint de Roland, 3 
commença à le regretter» et pareillement Olivier. Quand les barons le vire» 
en tristesse, ils lui dirent : laissez vos regrets ; car s’il plaît à Dieu , au jour 
d’bui sera vengée la mort de ces nobles barons et Pairs de Fr^ncç. 

Quand Charlemagne eut préparé les batailles , ils se mirent en cbemia d 
Rapprochèrent de l’armée de Belligant ; les deux armées commencèrent 1 
faire de grands cris; les Français frappèrent sur les payens d’une si grandi 
forpê, que du premier assaut ils en tuèrent bien deux mille. Lors un tvn.: 
Hommé. Rselamard, l’un des forts turcs qu’en pût trouver, voyant la défailli 
ptyens, prit un faussard en sa main et se mit en la bataille , et en frappil 
Antoine du Plessis si rudement qu’il le tua. Oger le Danois voyant la mort]! 
d’Antoine en fut bien irrité, il fut droit à Esclamard', à qui il donna udh i 
rude coup, que le cercle ni larcoëffe ne le purent garantir de la mo*t;poij 
Oger lui dit, maudit payen, tu as tué le fils de Geoffroy, qui étoitsinohie 
et courtois, et à cause de cela je t’ai rendu la pareille. Après qu’Oger m 
mis à mort Esclamard; Sorbrond, Malatban et le roi Archanas arrivèrent, 
rivée trente mille payens faisant grands cris, et donnèrent sur l’armée dei 
chrétiens, le roi Sorbrond vint frapper Guyon de Montagu, et]lui passa «j 
lance par le milieu du corps, dont ledit Guyon tomba mort. Le roi Malatbav 
frappa Josian qu’il tua aus»i. A cet assaut’ il mourut b*én cinq cens jfrançai^ 
jLm payens voyant la perte que faisoient les Français, firent «in cri, disant - 
Seigneurs, donnons dessus; car aujourd’hui il faut exterminer les ehrétiei* 1 
Charlemagne entendant le cri des payens, il fut ému, aussi furent les pris* 
ces et seigneui#. Tout les autres barons entrèrent en bataille avec un cav* 
rage invincible, les lances faisoient feu l’une contre l’autre. Oger le 0a»o«, 
tpa le roi Archanas, lui passant sa lance toute au travers.au corps, ta, 
deux armées, dtoient fort acharnées ; ]} y avoit grand nombre de morts ta» 
d’une part que d'autre. Quand les payens virent que les Français reculais»!; 
ils commencèrent tous ensemble £ crier; victoire, les Français étoient près? 
que tous déconcertés; mais ayant appexçu dans la plaine Gallien qui 
Ven oit secourir, ils reprirent courage et fureur tous foyeug de son arrivée» 
car il éloit temps. 


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* de Gallien Restauré, 8 J 

CHAPITRE L V I I I. 

Comme Gullien \arriva à Ronctvmux , pour donner scéours au noble roi ChurU» 
magne , et comme U tua Mauprivé , fils de BcUigant . 

OAIlien arriva â Roncevaux dans un temps où il éçoit bien nécessaire » 
"d'abord 11 se rait en bataille : Les payens arrivoient de tous côtés pour 
Voir la défaite des chrétien» ; charlemsgue étoit fort embarrassé lorsqu’il apt 

C ïr Sut Gallien qui venoit à son secours. Incontinent il appella ses barons, et 
ur dit s Seigneurs, je vois Gallién qui vient à notre secours, je vous pr :<• 
que chacun prenne courage. Haïmes dit; sire, cela e&t vrai, jeie vois aussi- 
âlors Charlemagne prit son épieu en sa main, puis piqua son cheval si rua» 
ciement qu'il alU jusqu'au roi Allemand , et lui passa son épieu aa traver- 
du corps, dont U tomba par terre à la vue des pajens qui en furent éton¬ 
nés. Le cheval^ qui étoit animé porta Charlemagne si ava<it daus l’armée doà 
payens qu’il passa six rangs; mais incontinent il fut enclos de tous côtés, et 
•son cheval fut tué sous lui. 

Etant à pied il se déiendoit si fort de Joyeuse son épée, que nul ne l’o- 
«oit «procher ; et voyant qu’il n'éioit secouru de personue, il se pi^t à dire i 
Vrai Dieu î je croyois que Gallien suivoit, mais tout est si mêlé présente» 
ment, que j’appréhende qu’il ne touche aussitôt sur les Fiançais que sur les 
payens ne les connorssam pas. Charlemagne n’osoit crier au secours, mais 
Oger le Danois lfapperçut, lequel vint incontinent rompant la presse, et fen¬ 
dant l’armée vaillamment. Le roi Frugant se trouva devant lui, qui lui vou¬ 
ait disputer le chemin; mais Oger le tua, et prit son cheval qu*il amena à 
Charlemagne, en lui disant; : H ne vous falloir pas combattre à pied, ne pou¬ 
viez-vous pats appel 1er vds barons et chevaliers à votive secours? Quand les 
«français virent venir Gallieq, ils se retirèrent vers i Orislau, et Us payens 
d’autre part, lesquels avaient grande peur. Incontinent Gallien piqua son 
cheval, et fut sur les payens pour venger la mort des Pairs de France , et 
aussi pour augmenter la foi chrétienne, tellement que du premier coup il 
tua un payen, quand Mauprivé vit que Gallien avdit’ mis à mort le payen, 
il vint contre lui par dépit, et se donnèrent de grands coups l’un sur l’autre. 
Gallien leva Haute-Claire, et du coup qu’il eo donna à Mauprivé, il abattit 
l’homme et Je cheval par terre, duquel coup ledit Mauprivé, finit sa vie j 
doqt les payens furent bientôt fâchés. Quand Gallien vit qull étoit mort «U 
? e prit à dire à haute voix devant tous : Seigneurs, voici cc roi; lequelavoit 
juré qu'il vengeroit J? mort des payens, mais maintenant que l’on venge la 
sienne. Quand les payens l’entendirent ainsi parler, ils en furent épouvantés, 
et dirent entr’eux , voici celui qui tiia le roi au château de Montfùseaix, 
et délivra au bois de Bruffçlle les prisonnierr Français, queSelligant vouloir 
fa ; rç pendre dan9 ledit bois ; A ces mots les Frauçai’ se mirent en bataille * 
Savaty rencontra Turben, et le frappa de telle force, que la fonce lui tra¬ 
versa le,corps, dont il tomba roide mort. Charlemagne caia à haute roi* " 
, 191 e y toi 


$4 Histoire 

, Saipt Denis. Girard * cria, Vienne* Hernaud cria, Bellande. Salomon criai 
' Saint . Malo. Oger cria «. Dannemarck. Naimes cria , Bavière...TMeny cria, 
Bidon. Geoffroy cria, Angers. Le noble "Gàllicn cria , Montfuseau ; car il 
avoir vaillamment conquis le château. Et quand les payens entendirent ht cris 
des Français} ils furent tous épouvantés, et s’enfuirent vers leur étèndartf^ 
mais enfuyant plusieurs furent tués. Quand ils furent à l’étendart, ils dirtsti 1 
A Belligant : Sire , sachez que le chevalier qui aime votre nièce la belle Gui- 3 
jiarde, a mis à mort votre fils Mau privé. Quand Belligant entendit ces nou¬ 
velles, il manqua mourir 4e chagrin. 


:MgniBâwnw«g 


CHAPITRE L I X. 


’ kVrbs 

» * mm 


Comme Çharlemagne tua Belligant , et cpmme il arreut le Soleil • 

i que Belligant sut la mort de son fils, i! fut si courroueé qu’il msn» i 
qua de mourir die désespoir; en voyànt Gatlien, il dit aux payens : Prenez . 
ce chrétien. Incoutihent les psyens vinrent de tous côtés pour se saisir <Jôj 
Gatlien qui se défend oit vaillamment} il tua plusieurs payens de sa hacht# 
tranchante; il eut fort affaire pouir vaincre tant de payens, mais Girard,v 
Beuves et Savary arrivèrent, lesquels tuèrent bien dit mille payens. D'autre 
part vfat Charlemagne et ses gens, tellement que la bataille fut toute re- i 
nouvellée. Et qnand Belligant vit que les Français étoient en si grand nom* 
bae, il se prit à dire : 

Charlemagne, où avez-vous été que vous ne vous êtes pas montré i moi 
depuis long-temps? Je crois que vous n’êtes pas assez hardi; car Vous ôtes 
trop vieusrQuand Charlemagne l'entendit ainsi parler, il piqtia son cheval 
ries éperons , et s en vint contre Belligant qu’il frappa si vaillamment, quel 
riu coup il le mit â terre, et s’harcelèrent de telle façon qu’ils brisèrent leur** 
lances ; Charlemagne tira Joyeuse son épée, mais en la tirant Belligant hr 
donna un coup sur le heaume qui lui coupa la ceëfFe, et Vint jusques au 1 


E ied. Quand Charlemagne l’entendit, il fut bi^n courroucé* et vint contrai 
IclJigant qui l’avoit tant injurié, et le frappa si rudement de Joyense son 
épée , qua du coup SI lui coupa son écu , puis il lui donn* un autre eeupsurjJ 
son haume, qu’il lui fendit la tête jusque» aù menton, et tomba mort daj 
dessus son cheval. Puis Charlemagne dit : Belligant, tu as dit vérité qnand tu| 
te flattoîs que tu serois couronné roi de France ; je te couronne au champ! 
rie bataille, de Joyeuse mon épée.' Alors les chrétiens se moqiroient Mes f 
payens, en leur disant; quoique Charlemagne ait la barbe grbe, il fait bien! 
encore un coup d’épée, il a bien montré à Belligant un tour rie maître; cari 
« l’ouvrage on connolt l’ouvrier. Quand les payons virent leur roi morr,ils| 


furent fort tristes. Lorsque le roi Mérsille sut que son frère Belligant était 
nort f il s’enfuit secrètement, et aussi firent Faussard et Justaœbal» Galfien 9 



ie Gaüiin Restaure. 8$ 

hoii en la bataille, en laquelle il faisoit grand carnage de sarrasins : Chax- 
emagne chassoit ses ennemis de telle sortes que nul n’esoit se trouver devant 
ui; puis il fit son oraison à Jesus-Christ, disant : Mon Dieu, je vous Sup¬ 
plie qull vous plaise de me donner le temps de venger la mort de mes ba- 
ons, dont l’intention n’étoK que de multiplier la foi catholique, et ont été 
rahis et morts comme des martyrs. Quand «Charlemagne vit que le soleil étoit 
ocore haut, il dit aux sarrasins, je vous promets qu’il Réchappera par- 
onhe de vous tous. Gallien passa contre un pré, et vint contre les tentes 
es payons, où il trouva plusieurs beaux pavillons que le roi Marsille avoit 
ait faire. Il y a voit deux mille payens qui gardoient k femme dudit Mar¬ 
elle ; mais quand ils virent Gallien ils prirent tpus la fuite». Quand Marsilta 
ui étoit de l’autre côté, vit que Charlemagne le poursuivit de si près, il 
“ra par Mabotn, que jamais il n’fcntrcroit en ville ni château qu'il ne tint 
’inelie i son plaisir, et puis qu'il ne redoUteroit pas Charlemagne ni sa puis* 
ance. Le roi Marsille ne pensoit qu’a se sauver, et Cbarlçmagnp le suiveit 
ou jours de pris, Gallien étoit demeuré près d*une rivière où 11 les atten* 
ait. Quand ils virent Gallien Venir, ils entrèrent, dedans ladite rivière à pied 
tâ cheval, il y enjeut tant de noyés que- les vlvans passoient par - dessus 
*s morts, tous ceux qui demeurèrent furent tués. Le rçi Marsille voyant le 
aoger où il étoit, par un subtil moyen échappa, et s’en alla â Pinelle, mais 
omme il fuyoit le jour finit; c’est pourquoi Charlemagne et Gallien retour¬ 
nent en leur camp. Charlemagne remercia Galien du grand secours qu’il 
d «voit donné. Ils logèrent cette nuit dedans les tente* des payens , lesquels 
'oient bien garnies de vivres ; chacun prit sa réfection des biens qu'ils y 
(Jurèrent, puis après souper chacun se coucha. Olivier et Videion firent le 
set toute la nuit. Le matin Charlemagne se leva, et s’en alla entendre la 
esse d’un saint abbé; après cette bonne action chacun se prépara pour re- 
(urner en bataille, et à la rencontre des chrétiens et des payens, il y eut 
icere un rude carnage, et la bataille fut si sanglante, qu'a grande peine 
)Qvoit-on distinguer les chrétiens d’avec les payens, dont Charlemagne fut 
ucbé de compassion. Gallien l'encouragea le mieux qu'il lui fut possihle. ; 

. - ‘> s . ^ 

C H A P I T R E L X. 

, x • ♦ | 

îommi Charlemagne s'en alla avec Gallien à Montfxseau , et comme U noble 

Gallien ipousa la belle Guinarde . 

MIHen voyant la tristesse de Charlemagne, et que'la bataille étoii finieft 
'il Lui dit ; Sire, il est vrai que j’ai prends foi et loyauté de mariage a 
Je jeune dame d'une, beauté parfaite , laquelle est fille du roi Marsille, qui 
t votre ennemi mortel. Je l'ai trouvée loyale, car elle^m’a donné plusieurs , 
* secours; c'est pourquoi je vous prie qu’il vous plaise^de venir, aux noces 
sa réjouir, et que vous la meniez par la main. Alors Charlemagne lui dit : 
au très-cher ami, je le veux bien ; car je dois bien reconnaître Votre géué- 

9 7 ' t'izpdbyVj - 




96 Histoire , J 

mm té par quelqu’çndroît, je tous donnerai l'étendart que von* avez conquis! 
Alors Charlemagne commanda qu'ou décampât, et manda aux seigneurs eff 
barons qu’ils vinssent vers lui. el que Guidon et Hernaud demeurer oient au¬ 
dit Heu gvec deux cestt chevaliers richement habillés, lesquels a voient gardé 
à Ronceraux les douze Pairs de France. Ils demeurèrent jusqu’à ce que Char* É 
lemgane fût revenu ; et (ut le traî re Ganelon bien gardé, lié et garotté poux 
ladite trahison. Thierry fut pris , lequel étoit à Montfuscsu , accompagné d« 
plusieurs princes et nobles chevaliers, lesquels arrivèrent à Montfuteau h | 
veille d’une boqoe fêe. La ville étoit fermée de muraille et le palais somp*j 
tueux; dont Charlemagne fut bien étonné quand il vit ' l’édifice, il demanda], 
à Gallien à qui eioit le château; tire, il est à vous, et j'en suis le seigneur 
Quanti Charlemagne entendit Gallien, il dit; mon cher ami, voua avez l*f 
conquis une belle forteresse; certes, vous êtes sage et hardi comme était 
votre père. la belle Guiuarde etoifr au palais où elle passoit son temps • 
mais quand elle vît les Fraofais elle eut peur ; car elle pensoit que ce fussent 
les sarrasins qui venaient de l’année^ de JBtiligaoî. GaiMen enVbya un mes¬ 
sager à la belle Guiuarde , lequel la salua, pub lui dit; madame Guinarde, 
GüJlien votre ami vous salue, lequel vous amène Charlemagne açcompagpé 
de. plusieurs barens et chevaliers de France. Guinarde eut grande Joie dp ces, 
nouvelles, fciie fi< faire grand appareil par toute la ville pour recevoir les 
Français. Quand Charlemagne et les barons furent arrivés, Guinarde des¬ 
cendit du palais, et vint au-devant de Charlemagne fort honorablement, et 
lorsqu’il la vit il descendit de dessus son cheval, puis vint vers Guinarde tt 
l’embrassa tendrement, elle lui dit s Bien venu soyez, tioble roi des Frau^ 
çais, et tpus les nobles chevaliers de votre suite. Ghariemagno répondit : 
Guinarde, Jésus Christ vous veille garder de mai. Quapd^ les seigneurs fu¬ 
rent tous au château, Charlemagne fut richement^ervi ainsi que les che¬ 
valiers. Après le souper chacun fut se coucher pour se reposer. Le matin 
ils vinrent plus de cent chevaliers au lever de Charlemagne, entre lesquels 
cî oient Gallien et Guinarde, qui le saluèrent humblement : Guinarde, dit f 
Gallien devant tous ; Gallien, cbet ami, je vous prie qu’H vous plaise d’ac^ 
corn pli r votre promesse pendant-que tpute la noblesse est ici , vous savez qui 
Vous m’avez promis foi et loyauté de mariage, c’est pourquoi je désiré, *i 
c’étoit votre plaisir, d’accomplir cette belle promesse. 

Chère amie, dit Gallien, j’en suis bien content, s’il plaît à Charlemagne) 
mon seigneur : Ami, dit ChaTtemagne, j’y consens très - Volontiers, puisque 
chacun en est coatfirt. Le roi fit baptiser Guinarde, après la eérémonle dq 
baptême ils furent épousés r dont grande joie fut manifestée par toute h 
contrée. Charlemagne donna à Gallien et à Guinarde pour acoroissemeot 
du terre de plusieurs seignettreries, ce que Gallien accepta de lui; mais, B de 
vint encore plus puissant: car il eut en peu de temps encore de plus grondé 
seigneuries. Après que Charlemagne eut resté huit jours à Montfuseau, il ea 
partit et y laissa Gallien et sa jeune épousée; il mena avec lui l’éceycr a 
Thurion qui sa voient toute la vérité de la trahison de Ganelon, et s’en allas 
Roncevaux; il prit congé de Gallien et de Guinarde, et laissa aveu lui Girard 
Hernaud, Bcuves et oavary, puis s’en fut à Roncevaux. 





Commi un message* apporta des nouveUesa Galiien qu'il allât secourir Sa mire, 
qu'on accusait et un cas criminel . 

P Allien se tint à Montfuseau jusqu’à l’été , se réjouissant avec Ginnardeet 
'J ses chevaliers. TJn messager vint vers lui, et lui apporta des, nouvelles de 
u mère. Quand il fut devant Gallitn, il le salua, disant : Dieu vous veuille 
garder de mal, fils d’Olivier; Galiien lui répondit : Jesus-Cbrist vous main¬ 
tienne et accroisse votre bonheur. Or» dites moi le sujet pourquoi vous ve¬ 
nez Vers moi. Le messager lui dit : Très-cher seigneur, je vous dhrai qae le* 
enfant dit roi Hugon ont empoisonné leur père pour avoir son royaume,et 
disent que c’est votre mère qui l’a fait, mais jamais elle n’a commis cette 
action : elle a donné son gage au champ de bataille contr’eux, mais votre 
aère n'a trouvé personne qui veuille combattre pour elle. 

Klleeût été brûlée Feutre jour, si ce *Tcftt été l'évêque de Naples qui lui 
tau va la vie, et les autres barons qui en eurent pitié. J’aliois quérir Olivier 
four la défendre* mais on m'a 4H que les piyens l’aboient mis A mort, et 
fcrtes, si vous ne lui aidez elle sera brûlée- Quaud Gai lien entendit le mes* 
nger il se prit à pleurer, et jetta un soupir en disant : Ah I mon Dieu, jq 
s'ai jamais connu mop père, sinon A U mort, et si je perds ma mère jo 
t’aurai plus personne.'Girard et Hernaud le consotoient; Griltcn djf, mes 
•ndes ont fart ce mauvais traitement è leur père, et en accusent ma mère; il 
(fit dans le moment qu’il iroit la secourir. Galiien qui a voit le cœur marri, se 
Il armer pour aller au secours de sa mère; il laissa A Mont fus eau, Girard 
tt Hernaud pour garder sa femme, et mena aveo lui Beuves, Savary,Geof- 
èoy do Paris, Bmery et dix mille chevaliers bien armés, 
rli prit congé de Gufnàrde et des chevalier, puis chemine en si grande dilt« 
(mee, qu’il arriva aux lices vers te soleil couchant. Le prince de Tarente, 
linmé Richard do Damas, et Gautier son frère, étaient venus peur loger 
fnx lices, mais ils allèrent a la cour de Constantinople pour justifier ia dame 
joe fou vouloit condamner A tort. Quand Galiien fat arrivé* les nobles lui 
beot grande chère au souper, ensuite ils furent se reposer. Le matin ils che- 
einèrent par la Remonte,, tant qu'ils vinrent A Constantinople) alors Gal¬ 
ien dit t quand je partis de cette cité 3 mes deux oncles me vinrent épier 

t ironie tuer en ce bois; mais* jepeqx je leur anferaibknsouvents»Tant 
minèrent qu’ils arrivèrent en la cité, et se louèrent lovant sainte Sophie, 
p laquelle Eglise ils entendirent la messe ; Çalltee étant aux fenêtres du 
Igis, ouït le peuple qui lisait : la meilleure demoiselle de ce pays sera air- 
lurd’huî exilée A grand tprt, les pauvres étoieot soutenus par elle; maudit 
fit celai qui est cause que nous la perdons. Quand Chilien les enjtendit, U 
ftprit A pleurer, Henry «t Tibère firent tant.par leurs flatteries, qu’ilsatti- 
mt lm m b*spns du royaume dans leur parii et Us menèrent £ la aonr. 

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dt Gallitn Restauré. , *9 

lfaux j traître et^parjaro ; car haubergeon fut envoyé au roi Hugou. Bçrga- 
]and ceignit une épée laquelle avoir un demi-pied de large, et l’histoire dit 
que eette épée tranchoir le fer. Le ponaeau et la croisée étoient de fin nr mas¬ 
sif, eUë étoit, appeüéei Tranche-Fer. Les boucles du heaume étaient de flu or 
bruni, au cercle de dessus il jr a voit des pierrerieq qui rendoient grande 
clarté. Etant bien armé, op lui donna un bon cheval,' Bürgaland mont» 
dessus >et mit l’écu à son col, il prit son épieu, lequel étoit enveminédu sang 
d’un tigre. Quand Bürgaland fut monté, il piqua des éperons et fut au champ 
de bataille; ceux qui le virent se mirent à dire que Gallien aeroit bientôt 
vaincu. Bürgaland attendeit Gallien au champ de bataille, désirant sa venue 
peur le vouloir mettre à morü; mats Gallien étoit en top logis qui s’armoit 
des armes que Begpier lui avoir-données quand il partit potUr aller à Ren- 
cevaux, Begves et Savary lui donnèrent la lance et le heaume , puis on lui 
pena Maxcepio, et monta dessus comme noble valeureux, puis â prit son 
écu et partit de son logis. Il appelle Savary, et lui dit, faites armer vos 
gens : car si Tibero et Henry mous youloient faire quelqu’butrage, vous me 
donneriez plutôt dp secours. Gallien vint au champ , le duc Guy on d’Athènes 
et plus de cent autres raccompagnèrent. Quand il fut arrivé au champ, Ti* 
tare et' Bfenry tinrent conseil, disant que si Bürgaland étoit vaincu, jqu’ils le 
leconrervlent. Les haronl amenèrent Jacqueline, fiée , bien é tro * t€ * puis 
Bürgaland jiit devant tous : Cçtte dame a fait, mourir son père , ' et vouloir 
faire xnadrir ses frères, afin d’avoir le -royaume; elle se Vint, conseiller à 
feoi, me disant,,que si je vouloir buaider à faire ce «rime , qu’elle -s’aban^ 
donpéroit à moi| quand Jaequelipe - l’eptendit, elle se prit 4 .pfeprex>» disant, 
que jamais elle n^avpit eu volonté de le faire ; alors GaUieadit à Bürgaland : 
Vous mepte^ impunément, et Vous accusez cette dame à tort; Rur§alapddit: 
Vqu9 mentez vous-même en voulant la justifier; mais avapt qu’a soit nuit 
Vous serez pendu et la dame brûlée;. Gallien lui répondit s Dieu et 4e ,bon 
droitnous aidera; chqcun ferma sop heaume, puis on fit crier que nul 
l’entrât au champ *ur peine de hi vif. Trois chevaliers gardoiept Jacqut- 
tne, laquelle regrettaitson epfqpt, quoiqu’elle nç le çopnoissoü, pain t , *£ 
die Fout connu elle eût mieux aimé être brûlée que,cfe jo laisser combattre 
centre bürgaland. r , , 1 Vi „ , \ ,.halu --i 

. Quand les dpux champion; furent de coml ttr© r GaJlfen appçQàml** 
gardes, et leur dit qu'ils gardassent le. champ, afin que personne nçje* 
troublât; ils dirent qpe si aucun y entroit qu’incontinent jl $çroU pepduet 
étranglé : Gallien les remercia grandement,,pijis leva l* ; matP-!e| 
k la crojx; l’évêque de Naples ipi dit ^ Dieu vous garde d® mal.et t vous* 
«use la grâce de Vaincre votre ennemi Bürgaland. Gallien lui dit, /Cgrtes f ; 
fai espérance que devant qu’il foit ppif, s’0,n’a la peau ptef dure que l’acier , 

S us la verrez trancher en plus de jtjepte pièces; ;les princes, a^lgpeuTS e| 
rons furent tous étonnés du courage de ce jeune chevalier- A J’entqjwrdes, 
leux chevaliers il y avoit grand, nombre de gens , lesquels étoient allés ppup 
Voir combatte les deux champions ; Bürgaland cria à haute Voix : Vassal, je Voua< 
iefie r jnais jamais je no vous prendrai à rançon, et ne sera. p*s> Jacqueline; 
Par vous défendue; car devant qu’il soit nnit w je vous montrerai que Voua 

* ** * ' C tized't *- ||vlL 


$0 , Histoire 

n’êtes pas Mge de Tous mettre en champ de bataille contre ixtel/ Alofi Gel* 
lien réclama le nom de Jésus, en le priant qu’il lui voulut êire en aide, . 
et nue la dame étoit innocente du crime que scr frères l’aeotisoîent. Burga- 
famd ^iqua Airages, son cheval, et Gallien en fit de mèn&ê à Marcêpkt, 
puis se rencontrèrent de leurs lances si rudement qu’lia en firent voler les 1 
éclats en l’air; Ghllien frappa Burgaland si fort, que s’il n’eut levé ion ésu, 
il eût eu la tête fendue; mais l’écu fut fendu en deùx; d’un autre côté il J 
lui ôfa «ne pièce du heaume, et s’il-n’eût paré le coup c’éiétt fait de loi; , 
car U trancha la cqè'ffe du heaume et coupa jusqu’à la chair-, et l’épée gfis 5 i 
au côté senestre et tiancha la pan de son baubergeon, et la chair fut en¬ 
tamée. Quand Burgaland se sentit frappé de ;Guilien, il se voulut venger 
sur le champ, U v lev* son épée et lui en porta Un rude coup, mais Gallien 
le pata avec son écù, sans cela il l’auroit tué ;• car il lui coupa plus de deux I 
cents mailles de; son haubergéon, et une partie de la' coëffe , tellement que 
le sang loi sortit par la bouche ; Gatti|n chancela et peu s’en fallut qnll ne 
tombât par terre, dent les barons de son part; furent fort chagrins ; ils se 
disoiënt tous bas les uns aux autres, je crois qu’il sera vaincu,» et par cou- j 
saquent Jacqueline sera brûlée. Quand la pauvre Jacqueline vit coup, 
elle se jstta la face contre terre, et se prit à pleurer* en disant i V¥ai Dieu f 
vous savez* que je suis accusée à tort, n’étant coupable aucunement de h, 
mort de "mon père; protégez, s’il vous plaît , le chevalier qui cpmbat pour 
moi. Et comme Gallien se préparoit pour se remettre au combatV Btixgarand 
lui dit ; chevalier, je vous ai déjà/moiuvé êtf que je sais faire ; maïs du pre^ 
T 7 )icr eoùp que je vous porterai ce sera fait de Vôtre vie;V Gallien Fui ait, 
vous en aurefc menti, s^il plaît à Dieu 4 mais ce que vous dites pourra bitn 
vous'arriver'plutôt qu’à moi. lis recommencèrent donc à frapper l*nn sur 
l’autre si fort que le sang coûtait de tOutés parts : Ils se combattirent tant, 
qu’il étoit midi qu’ils ne s’étoient pasdonnéfe temps de-reprendre baleine, 
ils éroient si las qu’ils ne pouvoient remuer ni bras ni jambes. Etant un peu 
reposés, ils se remirent en bataille, et Btirgalaaddit s Gallien dans peO di 
temps je te ferai mourir, et ferai aussi brôkr Jacqueline. Gallien lui répon* 
dit y je ne crains pas tes menaces ; lors Burgaland Prévoit de dépit d’entendre 1 
le mépris que Gallien faisoit de lui, il lui dit encore, tu as beau faire, tuj 
intou ms 'de ma nrmn j Gallieb lui répondit : Jésus-Christ-a toujours été le 
p^ôteoVeur'des innocéns, fai espérance en lui, v et tous tes serment te pour;! 
rout Men touirt et te porter dommage : Burgaland écwftoït de rages*U sent* ( 
Wok fut bOtt du sens, et vint par grande fureur contre Gaima-, et 
QaUieff contre lui, lequel se souvint de son père Olivier qui né becuVa ja¬ 
mais devant >uâ kofome. D’autre côte H vqyôit sa inère qiîi pleufdit, priant 
Dieu qu’il voulût gârdér Gallien de mal*; cependant elle 1 ne' lé connobsoit 
pas. JL* peuple qui étoit spectateur-du éortibat avoit grabdé pitié dé Gallien, 
et dfcoîent fe uns aux autres': Certes, WSeroit grand dommage si fce chei-' 
.VaKet* étoit mis à morti hélas ! il est trop jeune, si ce n’étok sofi courage 
Il seroit/déjé mort ; on n*é jamais Vu hOtmrie si Vaillant ni si courageux. Gai- 
Ken pria Dieu^et la Vierge d’être à son secours , püis il prononça lèsbauts 
Éoms de Notre Stigaeur ; car celui qui les réclamera ne périra le jour qalj 


> de Gallien Restaure. i $1 

les aura protfbncés » s’il n'est faux bu parjure, et qn*îl n’aft tort en ce qu’t! 
veut disputer. Quand le noble Gallien les eut nommés » il fut plus ferme et 
plus assuré que devant. Burgaland vint contre lui, et lui donna un si grand 
coup qu’il emporta une partie de la coëffe et du heaume et l’eftt tué s! 
l’épée n’eût pas glissé ; nonobstant elle lui trancha une partie du côté f ebes- 
tre» dept le sang cou loit abondamment, et du coup le noble GalUen chan- 
cela un peu. Quand Jacqueline vit ce coup* elle fit un grand cri et temba 

{ âuaée, croyant que le jeune chevalier fut vaincu : Tibere. et Henry étaient 
ien Joyeux du coup que Burgaland avait lait. Incontinent ledit Burgaland 
(fit plusieurs injures à Gallien; qui ayant entendu ces parcdcs, tira son épée 
et en frappa Burgaland si fort qu’il lui fendit écn, heaume et la coëffe par 
le naîl$eu 9 lui coupant une grande partie du test 9 de l’oreille et de la joue» 
et l'épée lui retomba sur J'épaule qui lui coupa le bras. Quand il sentit le 
coup il fit un eri» et dit j Jupiter» veuillez-mo*aider 9 la force me manque; 
jV en ma vie vaincu en trente’cbamps de bataille 9 les plus Çerts de Bornante», et 
aujourd’hui un jeune homme m’a .vaincu; je meurs de mes blessures et do 
désespoir. Gallien lui dit, il faut que tu périsses par mes mains, orgueilleux 
payen. Burgaland qui n’a voit plus qu'on bras voulut faire tomber Gallien 
par terre; mais celui-ci lui donna du pomcau de l’épée, dont il tomba par 
terre » puis Gallien prit l’épée de Burgaland, et lui en donna tant de coups 
qu’il mourut ^ur la place. 


C H À P I T R E L X I V, 

Commit aprè^que Gallitn tut mis à mort Burgaland » Tiberê tt Henry U voulu* 
rmt tuer , et tomme ils donnèrent Jacqueline a Antoine de Tyr , et a trois 
l autres chevaliers pûur la faire mourir et comme ils attaquèrent les Français % 

OAllien ayant mis à mort Burgaland, il monta sur Màrcepin son cheval : 
^ comme il montoit dessus » Henry vint avec plusieurs soldats pour mettre 
GalUen à mort, mais U se défendit bien, Tibere fit amener par force Jacque- 
Üae, mère de Gallien, et la donna en £arde à Antoine de Tyr 9 et à trois 
tares chevaliers pour la faire mourir. Ilr prirent la dame et la menoient 
heur être brûlée dont elle dit : Hélatf ! faut-il mourir étant innooente? Olivier 



pour 

•ien sont partis pour vous aller chercher, ainsi je n’ai phis de support de 
Personne; mes frères me veulent faire mourir i Souverain Dieu ! que Char- 
•magne n’est ll ici avec les chevaliers Français? Quand Gallien entendit les 
plaintes que faisott sa mère, le coeur lui .frémit» et promit à Dieu qu'il »ecou~ 
teroit sa mère jusqu’èia mort,. Les payons frappèrent sur les Français , les- 

G eta te sauvèrent en leur hôtellerie. Gallien alla, vers ceux qui menoient 9a 
tre, sans que personne le suivit : Quand ils le firent ils se mirent ejftihrt* 



Histoire i 

les Fronça!* qiii étaient cft la bataille retournèrent en leur logis, leqvÉl était 
mumté de hobs murs et de bonnes défenses ; ils fermèrent les portes. L’hôte ' 
dit : Seigneurs, ue craignez rien , car la maison est forte; mais* défendez-vous 
bien, j’ai pour vivre un an ; Beuves le remercia grandement» pub lui oit, 
aire, nous avons perdu un de nos parens qui était notre appui, dont nous 
sommes fort tristes. Ceux de la; ville vinrent au logis criant» raettez-nous en : 
main celui qui a tué Bùrgaland, ou nous vous ferons tous mourir. L’hôte; 
répondit : Seigneurs, modérez votre ,courroux 9 voas devriez au contraire| 
avoir obligation au jeune chevalier qut a pris le parti de Jacqueline, et ycfrsj 
uvez tors de chercher pour le mettre à mort ; certes, jt crois qu’à la fin il' 
Vous en viendra mal, aliez*vous^en d’iei, traîtres, faussaires, et quoique je 
Sois votre sujet je ne saurob vous flatter, car vous êtes des traîtres t vous! 
i’avez bien fait voir aujourd’hui. Quand Tibere l’entendit parler de la sorte; 
11 entra dans une étrange colère, il commanda que l’on attaqua ladite mai¬ 
son. Ue grecs, habirans do la ville, joints à plusieurs autres l’attaquèrent 
Incontinent, fassaut fut si grand qu’il ne dura guère ; ils firent tant qu’ils 
rompirent les murs en plusieurs endroits et montèrent dessus. Ceux de dedans 
ee défendoîent vigoureusement ; mais quand ils virent que les murs étaient é. 
bas, ils firent un cri. Alors Tibere dit à ses gens ils sont maintenant pris.. 
Quand l’évêque de Naples, Richard de la Morée, Gauthier de DamàV, Gui¬ 
chard, prince d’Esture, et le duc d’Athènes entendirent les cris de ceuxqui 
étoient'eo la maison, chacun d’eux alla en son logis et firent armer letirs 
gens. Us étaient quinze mille à cheval qui a voient tous promis à Gullien, 
qu’ils lui donneraient secours en cas de besoin. Chacun partit de son logis 
richement montés, et vinrent tous ensemble; les grecs étaient tous passés 
les murs quand les barons leur crièrent, disant : Faux, traîtres, vous faites- 
«me Injustice à ce jeune chevalier qui a gagné le champ do bataille s vous le : 
voulez faire mourir, cela crie vengeance. Quand les traîtres les virent ib] 
furent bien étonnés, ils laissèrent l’assaut et s'assemblèrent : L’évêque de. 
Naples ot les autres seigneurs commencèrent à frapper vigoureusement su* 
les grecs, et chacun d’eux crioit au secours; puis se mirent en bataille, tanL 
d’une part que d’autre; Beuves et Sàvàry écoutaient les cria,et regardaient; 
les valeureux chevaliers qui se combattaient, entre lesquels ils virent l’évtqem 
de ^Naples qui combattait pour eux. Ils montèrent à cheval et sortirent daf 
logfs, Beuves vint le premier et frappa Henry, dessus l’écn et lui rompit 1Â 
boucle d’or dessous,.et l'abattit de aessus son cheval, Savary vint devant 
Tibere et lui donna un si grand coup d'épieu qu’il le mit par terre, dont o* 
eroyôit qu’il fût mort. Les grecs vinrent, qui remontèrent Tibere et Heniy*: 
Alors Tibere dit à son frère, certes, si nous demeurons long-temps Ici noui< 
serons mis à mort; Henry répondit, Il me paraît qu’oui, mon frère; car R 
plus jeune de tous a vaincu Bùrgaland, il vaut mieux nous sauver secrète; 
ment. Nous donnerons aux barons qui sont de notre partie une grande sommé j 
d'argent, afin qu’ils jugent notre sœur à être brûlée, et les tiendrons 
nos amis. Alors Hfenry dit, mon frère, vous dites bien. Jacqueline fbt don! 
née à quatre chevaliers qui la menoient mourir.*Tibere et Henry avec ton! 
leurs amies s’enfuirent, dsàt ceux de Constantinople furent étonnés ; Pé?^ 4 


- T .. - > - v — ; ;- 1 -’-:-- - ■ -; 7—- - 

' it Gallltn Rtstaupi. „ 

e Naples et Guyon ie morêe parlèrent à ex , leur dléant 'qtt’itypse rendü- 
;nt, et qu’ils missent bas les armer; ce qu’ils firent volontiers » et deman* 
ftrent quartier, Beu Tes et Sarary leur p onnèrent. Tous les autres baron* 
u$nt marris de ce qu’Heniy et libéré étoient échapés. 

umm jQaapPP 

C H A P I T R E' L X V. 

ommt apris que Gallitn tut gagné le ’ champ ie bataille % il poursuivit Us 
quatre chevaliers qui menaient sa mips pour la faire mourir, dont il en tua 
trois* ' V 

‘'Allie» s’eu fut piquant des éperons pour atteindre les chevaliers qui me* 
J noient sa mère i la mort; ils entrèrent dans le bois, mais les traîtres 
^tirent tant Jacqueline que le sang lui sortoit de tons côtés , dont elle pieu* 
nt amèrement, disant * Hélas ! que j’ai eu de malheur quand jé mis mon 
mitié à Olivier, il m'en eofita bien cherah ! mon fils Gallien, vous ma 
riez maintenant d’un grand secours ; car à grand tort en qae veut faire 
lonrir : Vrai Dieu I qui êtes mort pour tout le monde, faites-moi là grâce 
e voir encore une fois mon fils Gallieh avant de mourir : Hélas ! chacun 
it qu’il est bon chevalier, et qu’il a tué plus de dix mille payons, s’il étoit 
i il me viendroit secourir : Vrai rédempteur du monde, soyez-moi mainte* 
ant e» aide, et ma faitos miséricorde avant que Je meure. Sitôt queGallien 
atendit lés tristes douleurs de sa mère, il piqua üfarcepin son cheval, il 
ouVa les quatre chevaliers qui menoiént sa mère, ils étoient pour lors en 
oe lande dessous uhe roche; JâcquéUne étoit si fatiguée de coups qu’elle 
roît reçus, qu’elle tomboit par terre, ils la frappoient encore pour le faire 
dever- Quand Gallien les vit il leur dit, vous le paierez, laissez aller Jac~ 
icline^ car vous la voulez faire mourir à tort. Quand les chevaliers virent 
ailien, ils diront l’un A l’autre ; Voici le chevalier qui a mis à mort Bur- 
iland , il faut croire qu’il cherche, la sienne A lui-même , qhand il entreprend 
: nous poursuivre. Les quatre chevaliers piquèrent leurs chevaux, et vinrent 
5rs -Craliien, lequel prit son épée et poussa MaVcepin aussi vers etsx, dont 
ois chevaliers ie blessèrent; et le quatrième blessa son cheval Marcepin. 
lors Gallien frappa dessus eux , et dü premier coup il en tua un de son 
)ée, en lui fendant le heaume et la tête jusques au menton, dont il tomba 
ort. Qü^nd les autres le virent, ils vinrent vers Gallien* lequel se défen* 
oit vaillamment; mais nonobstant il étoit fort blessé, Gallien donna tant 
e coups aux chevaliers qui menoient sa mère, qu’ils là laissèrent aller pour 
* défendre. Quand Jacqueline vit qnils étoient si acharnés, elle se mit en 
dte. Gallien fut bien marri quand il n’apperçut. plus sa mère, car il avoit 
rende peur que les^ bêles sauvages ne la dévorassent; il banda àes plaies le 
lieux qu’il pût, puis alla chercher sa mère dans le bois; mais elle fut de 
aisson en buisson, de peur qu’on ne la trouvât : Elle chemina tant qu’elle 
1 trouvât dessous un arbre d'où, i| sortoit une belle fontaine, près de la- 




‘ HiHoht '. , ' ' \ 

quelle t'atjf la batto Jacqueline. Elle éloit fort fatiguée, tant du maivali 
traitement cy^oa lui aroit fait, fw de- la peur qu’elle aveh eue, elle eem- 
mapq» à réclamer la Sainte Vierg», qu’elle la voulût garde» de mal, et 
qti'eue lui faste la græq devant que de mourir, de voir aea fils Gallien et 
le'comte Olivier son mari. Après cette prière faite, elle s'endormit auprès de 
1» fontaine-,'car la nuit éteit venue» 


v Xr i y + < y + t T , + i y ♦ - ► -»r rrëT' i * ■ > T \.~* ’ , ♦ <s ♦ -< v TfT♦ < 


CHAPITRE I X V h 

t 

Cemxït Henry et Tibère pendirent leur soeur Jacqueline par Us cheveux a un 
arbre y et comme Gallien coupa la branche et lui sauva la vie 9 et aussi commt 
il mena ses oncles prisonniers à Constantinople. 

Q tJand le malin fut vfenii • Tibère et Henry vinrent vert le bob pour sa¬ 
voir ce que leur teeur Jtoit devenue, et comme ils cheminoient vers la 
fontaine lia.la trouvèrent doriinl, dont iis furent fort joyeux', et Incomi- 
tioent descendirent de dessus' leurs cheveux, et réveillèrent en la battant i 
grands coups de poing. Quand elle fut éveillée elle èe trouva fort étonnée 
de voir ses deux frères : Hélas l dit-elle, où me suis-je réfugiée? Tibere dit, 
voue serex pendue per les cheveux, et puis vous ami mise A mort : dites- 
moi dono comment vous êtes échappée des matup des quatre chevaliess âjjwi 
je vous avois donné pour vous mettre i mort. Hèles ! dit la pauVre Jacque¬ 
line, laissez moi vivre en ce bois, et je vous promets de ne jamaisreiottroer 
en votre royaume Tibere qui n’avoit point pitié d’elle , il faut mourir, dit-il. 
Dans ce moment arriva le chevalier qui s’étoie échappé quand Gallien tea 
les trois autres. Ce chevalier dtoit nommé Amaury, il raconta A Henry et 
Tibere, comme les trois compagnons aroient été mis à mort par lechevaKer^ 
qui «voit vaincu Burgaland, et comme Jacquefixfe s’étoit sauvée par le bçW 
de la peur ou’eile avoit de voir tel carnage; après que ce chevalier eut fait 
#e rapport à Henry et Tibere, ils lui dirent : Poltron, vous avec fausse- 
mont menti, mais vous-même avec tué vos trois compagnons. Tibere et Heary 
courroucés en leurs coeurs, le prirent incontinent et le pendirent à un arbra 
qui était près de là. Après que les malheureux traîtres eurent fait mourir 

A_ TT__ v_f. tT __ lf_ _ . I. __ I». —_ I__1__ A — —; ' 


irnïanm mnzm tm■ im tei 


Qfiod elle s« sentit ainsi pendue $ elle fit un cri si haut que Gallien l’en¬ 
tendit ; Car il la ebereboit par le bois. Aussitôt il piqua son cheval Marce¬ 
lin, et vint au lieu oA sa mère était pendue : quand il la vit il fut tout 
hors de lui-même, les larmes lui tombaient des jeux en abondance, ear il, 
eroyoit qu'elle fût morte. Il tira'son épée Haute-Claire, et coupa la branche 
où sa mère était pendue, et elle tomba à terçe encore pleine de rie; «Ma 
fut bien joyeuse quand elle vit Gallien, aussi le fut-il pareillement quand il 
s’apperçut qu’elle n’étoit pas morte. Tibere et Henry voulurent approcher 
Ver» Jacquelinemais Gallien leur empêcha bien et les défia. Les traîtres 
courureatincentinent sur Galhen l’épée à la main, mais il se défend oit int ré- 



TT 



lit Galüvi &tstauri ., ^ 

leüt j il étoit néa®moîns bien foxble, «ir il atèit'été blessé, et àvtit 
beaucoup de&ang, «t £a!lolt combattre contre deux bénîmes courageux 
et hardis. Quand Jacqueline Vit Gallien qui combattait^ encore pour ï amour 
d'elle 9 se mit de rechef en fuite , et comme elle cour oit parmi le bois^ elle 
rencontra* Beiives et Savary , lesquels cèerchoient GalUèn. Ils avoient ren¬ 
contré un homme do Constantinople qVi leur avoir dit a Voir vu Galiien qui 
suivait ta dame et les quatre cheràliete, et que Tibqre et Henry aliment 
après. QuandBeuves et Savary virent la danse , ils la prirent par la «nain «t 
lui demandèrent d’oi elle étoit , elle répondit : Seigneurs * j* suis oedle pour 
qui le cb?mp de bataille fut fait faiér matin. Ils lui diront, madame, le che¬ 
valier qui vfrtfs a défendue est bien Votre ami, nous sommes fort en peine 
de toi, depuis que nous vous avoue garantie de la mort. Beuves lui de«* 
manda par queilooeéasioq «fte était en ce bois; elle lui raconta comment 
Grilitn lui aveït-sauvé la vioy et ruant trois des chevaliers qui 1a conduit 
soient pour la faire mourir; depuis j'ai tombé entre les mains de mes frères , 
lesquels m*avoient pendue perles cheveut 9 et m’eussent fiait mourir si ce n'eôt 
été ledit chevalier nui m' a dé fendue, lequel arriva à temps et coupa la 


de chevalier il sera bientôt^secouru par noiss.^La dame let?r, montra le lieu 
où elle tes avoit laissées; Mbit-il* ne Wrttrehèpèntpas lot»g*tehipg qu'ils en¬ 
tendirent le bruit, fia bataille fut fort aninië entre les champions, Gallien fut 
frfc* lierre; mais il se déf.Qdofravac an cOurage héroïque ;le ebeval de 
GàllieB^vînt à Tibere ef se lefa debout contre lui, dout il manqua de I* 
Traverser;'puis il vint i Henry , et lui donna aussi de grande ebops dé pieds 
de derrière «antre le côtéqu’il lui cassa une cfite, et le coucha par terre; 
Juand il fut relevé, il vint À Gatlieb ü’ud côté et Tibere de l'autre, puis 



rai redoubla , il frappa Tibère-et lui trancha te heaume, et lui blessa la tête, 
ionte&lomba par terré, Beüveslui prit se® épée qeiltctt fort belle, 
fvetP’frçiietle il lui vouloit couper le ccl : naaU ©aHien lut donna répit jus* 
|u*â ce qu'ils furent à Constantinople, afin qu'en en fit jutnoe, telle qu'il 
tonvénoit piotsr un pareil tas : Beuves en Bit fort joyeux, il* prirent tes deo* 
hraîttesy les lièrent et les Menèten* à Constantinople. Gattién Monta sur son 
iberal Marcepifl, avec grahde peine-; car 11 étoit fort blessé et avait perdu 
lut de sang , qu’il e® avoit le visage tout pile. Quand Jacqueline les vit * 

E t eut grande petit pfcWréWe lès suivait de tous èdtéS. Quand dallien la vit 
r h eut grande pitié, U'dît : Ma sa Me, pour l’amour de vous j’ai souffert 
grands stoaui; alors 1S dame lui répondit t Noble chevalier , >’* envoyé 
n Hls,.âa nôblè roi de France, peftr aller cbercbéT èoü père Olivier, le 
Mus;noble du palais ; je «dis demeurée seule sans avoir buis émis; on m’a 
Busse prient accusée du cas que vous savez , dont e’ést à grand tort, vous et 
t_î avons soufféft et' enduré grand mil r Je- prie Notre .Seigneur Jésus- 


H 


J 



,6 ■ Histoire 

Christ «t Ja glorieuse' Mère, qu’il leur. plaise vous récompenser! de v«tn 
générosité ; car vbu m’ave* retirés du tourmént. Quand Tiberfe et Hemj 
ouïrent ainsi parler leur sœur, ils furent très-mortifiées. Alors Gallien pif 
■a mère par la main et la mit devant lui, puis cheminèrent tant qu’ils sor 
tirent du bois, et trouvèrent leurs-gens lesquels faisaient grand deuil 
Guy on, le duc d’Athènes, et toute leur suite étoient bien' consternés; tua) 
quand ils virent Gallien et sa mire, ils furent bien joyeux » et les.Ftqçii 
aussi i et généralement les grands et petits se réjouirent, parce que lès traitn 
étoient pris. Alors le commun peuple retourna en la ville; quand Gsllid 
fut à Constantinopde, il fit interroger Tibere et Henry devant tous les b» 
tons; Ils déclarèrent, que malignement ils-avérant fait mourir le roi Hdgen 
leur père. Les chevaliers dirent unanimement qu’en les devoit traîner. Inco» 
tinent ils furent attachés.4 des ehevaux et -tramés par la viUe, puis fureri 
pendus au pied d’une muraille. Gallien commença 4 dire en présence de toatl 
Seigneur, vens avez su la- trahison, laquelle on disoit avoir été faite piq 
Jacqueline « mais 4 présent vous voyez le cosrraîre.i 


msMiasmMm» muas» mim ■«»» jm» mumm, ■■ •mrnmm 


C H A P I T R E L XV I I. 


Comme Gallien fut couronné, roi de Constantinople', 


î; 


rA Pris qu« Tibcr 0 et Henry furent; pendus pour la trahison qu’ils âvoisnt| 
^ commise) en faisant mourir leur pire, Gallien dit à tous les assista af i* 
vSeigneurS) voilà ceux qui doivent succéder au roi Hùgon, qui sont morUj 
pour leurs crime*; d’est pourquoi la dôme qui est ici présente, doit mmmé 
y raie héritière succéder a la couronne ? Ainsi je vous prie de lui voulu 
donner, un mari qui soir noble; et vdilant. pour maintenir le royaume <* 
>aix et le peuple en amour» sire» dit ; Jacqueline » je vous prie au nom à 
esus 9 de ne me jamais parler de mariage $ carie n'épouserai jamais autre ptf 
Sonne que le comte Olivier i attendu que nous nous sommes) promis la A 
et loyauté Tun A l’autre s J’ai un beau fils de lui, lequel l’est allé «h« 
cher, quand il sera venu il m'épousera. Quand Gallien Teût entendue, i 
poussa un grand Soupir, et lui ait : Madame, sachez que j'ai le 'coeur triai 
quand II me souvient du comte Olivier; les payons l’ont tué A Roncevaux 
je l’ai vû et parlé A lui;,sachez aussi, madame , que je suis Gallien veti 
fils qui partit pour l’aller chercher» dans le temps que mon oncle Tiberea 
frappa de l’échiquier. » / / . < 

Quand Jacqueline l’entendit parler plie fit un cri », puis tomba pAmée 
quand elle fut revenue elle commença A pleurer, et vint Ven Gaifien 4 
lembrrat, puis dit i Lqü6 soit Dieu -, quand'il m’a fait la grâce de revoi 
mon fils , et que je le vois en santé devant moi. De tout le mal que j’ai sor* 
fort et enduré il ne m’importe, puisque j’ai recouvert mon enfant. Quand 
barons l’entendirent ils forent émus de tendresse, tant que la plupart pli 
roient aussi et disoient les nn? aux antres : Je pçnsois bien que c’éloit ' 

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' 'eh Gallien Restauré. '97 

rit fe n’en <Mb rien dire de peur que su oncles ne Faussent tu#. Tous les 
ible» chevaliers s’assemblèrent en conseil, et conclurent qu’ils le feraient 
ignenrs du pays. Incontinent ils montèrent au palais, désarmèrent Câl¬ 
in , fieuves et Savary ; puis on fit venir les médecins et chirurgiens pour 
lérfr Gallien. Jacqueline plcuroit sans discontinuer, la mort d’Olivier, mais 
■llien la consoloit, disant, c’est folie de tant pleurer mon père, puisqu’il 
t mort pour la défense de la religion^ il faut plutôt prier Dieu qu’il veuille 
i faire pardon» Il est à propos que vous épousiez un noble baron pour 
alntenir Cette terre. Elle lui dit, mon enfant, je vous prie ,/ne m’en parles 
os ; car jamais je n’épouserai homme, telle chose qu’on me dise; mais do 
-ésent, je promets chasteté à Jésus Christ, et veux être nonnain , et vous 
irez la terre, s’il vous plaît : Vous serez rot, et maintiendrez le pays.Tdus 
s seigneurs dirent qu’elle avoit bien dit, car il lui apparteuoit mieux qu’à 
îrsonue, puisqu’il l’avoit si vaillamment acheté au prix de son sang. Tous 
s barons et chevaliers du pays et de la contrée montèrent au palais , 
sis couronnèrent Gallien somptueusement, «t firent grande fête et soient- 
ité. 


I» y» ^ ♦ O ♦ ■ > ♦ 1 1 ♦ 4 ni- O ^ , O ♦ O ♦ n ♦ < ■ - < I ♦ r: ^ O - < 


CH APURE L X VIII. 

omm* quittât rois payent vinrent attaquer le château de Montfustau , ok 
itoit la bette Guinarde , et tomme les Français gagnèrent Ntendart du 
payent. 

YUand les payent apprirent qull y avoit long-temps que Gallien étoic 
i bore du pays, ils pensèrent qu’il étoit allé à Paris, afin d’être empereur, 
qu’il ne retournerait plus à Mont fuseau. Ils résolurent d’attaquer le châ- 
au , pour lors Gallien étoit à Constluople avee plusieurs nobles barons qu’il 
gâtait d’un somptueux dîner, et ainsi comme ils faisaient bonne ebère, ua 
usager arriva qui entra en la grande salte et salua Gallien, eif disant s 
oblc roi, Guinarde vous salue, et vous prie au nom de Jesus-Cfarist què 
ius la secouriez ; car les sarrasins ont assiégé le château de Montfuseau j 
i astiégeans sont : Lamatbour des Cordes, le roi Fausseron ,‘le roi Clarion, 
Mirant de Sicile, le roi Rubion, Aquilant de Lucerne, le roi Amalegeres, 
toi Amadon, Amibie de Supeme, Carbin, Airable, le roi Cenimbres , l@ 

* Nerion, Trufier de Luzebonne, et le roi Lucion : Enfin, ils sont quinze 
k qui ont juré la perte de Montfuseau et de ses habitans ; ils fout brûler 
tire femme Guinarde, pour laquelle les Français furent délivrés de prison, 
disent aussi qu’ils vous feront pendre; Girard, Bernaud, Emcry, Savaiy 
Beuves sont déjà en prison, et croyez qu’ils lu feront mourir si vous no 
I secourez. Gallien l’euteodant fut dans une grande tristeste, il prit un 
ititeau et en frappa sur la table, U se leva tout en colère et se promeBoit 

iurs, je veut 

"0gle 


ir le palais tort triste et pensir ; puis u ait a au gens, soigne 
As qu’il vous plaise de venir arec moi, car il est de nécessité 

* * * — .. Digitizec j Vnlü 


9>8 Histolrt 

Alors |1 fit ouvrir tous les trésors du château qui appartenoient au défuul 
roi Hugon v il eo fit part à tous ,' dont chacun fut content de ses libéralités; 
incontinent ils dirent 'tous : Sire, quand il vous plaira Vous partirez, nom! 
sommes tous disposés à vous suivre , et à ne vous point quitter qu*à la mer?. 
Gallien fut_ joyeux quand il entendit la bonne volonté de ses sujets ; il fit' 
aussitôt crier son ban pour que tous fussent prêts et armés. Les barons firent.! 
équiper les vaisseaux pour rembarquement, les préparatifs furent faits si! 
diligemment, que Je troisième jour ils entrèrent dans les vaisseaux et mireDtJ! 
à la voile. Galiien fit i’hôte ( dent nous avons parlé çi* devant ) Castellan 
pour avoir soutenu son parti et donné^ retraite à ses chevaliers. Ensuite il 
prit congé de sa mère, laquelle pleuroit tendrement. 

Après qu'elle fut un peu rassurée, Gallien partit avec Beuves, Savary c t( 
tous ses g^ns ; ils arrivèrent le soir à un port qui appartepoit aux sarrasins, 
où il y a voit un puissant amiral, nommé Forbaine : Gallien se saisit d’abord 
de lui, et le & mettre en prison, puis marchèrent par terre droit i Mont- 
fuseau. Le messager Mauprm qui savait les détours , les conduisit en un poste | 
avantageux, ils campèrent à six lienos de l’armée de Lamajhour. Le matin 
Gallien commanda à Beuves, Savary et Emery, de conduire l’avant-garde 
il leur fit donner dix mille hommes de bonnes troupes, et Mauprin pour le*^ 
conduire idans le chemin qil’iljs doivent tenir. Dtaxst le ; mèment l'armée com¬ 
mença à marcher, les pins grands et les plus hardis 4 la tête; ils avoient 
encore devant eux trois mille archers ou arbalétiçrs; ils passèrent une pleine 
et montèrent un grand rocher., ils apperçurept deux sarrasins qui étoient 
en embuscade, et plus loin peux mille sarrasihs qui menoient Girard etHer-| 
naud en prison, lesquels ils avoient pris deux jours avant quand ils attaqué - 1 
reotle château, pour avoir des vivras T ils Içs menoient attachés, avec des 
cordes , et avec eux trente prisonniers aussi étroitement attachés, et si for¬ 
tement serrés que le sang leur sort oit par les englps, ils prioient Jésus Christ 
de tout leur cœur d’être à leur secours, et disoient tristement : Ah ! Gal¬ 
lien en Guinarde, vous ne nous verrez plus, c’ost fait de nous. Beuves M 
Savary entendirent crier, iis prirent leurs lances en main, piquèrent leurs 
chevaux et furent à leur rencontre i Beuves frappa Brandimur dans.l’écd 
et lui passa sa lance au travers le corps ; Savary abattit un autre pâyen, 
et tous les autres Français combattaient généreusement, les payeras voyant 
cela prirent la fuite; mais les troupçs de Gallien les poursuivoient rudement 
Mauprin délia Girard et tous les autres prisonniers, puis leur donna à cha¬ 
cun des chevaux et des.armes, puis ils coururent aussi comme les aime; 
après les sarrasins, passant au travers d’une rivière impétueuse; s’ils n’eus 1 
sent été bien montés , ils eussent tous été noyés, fis étpient bfcn trente millri 
sarrasins, dont (es Français.en tuèrent bien dix mille , en contant «ceux qu 
furent furent noyés; le reste prit la fuite.: ç’est pourquoi -Beuves et Savarv 
furent joyeux de ce* qufil* avaient délivré Girard, Hernaud e^ les trent; 
autres prisonniers. Gallien vint après avec le reste des troupes 4 lequel fu 
bien joyeux quand il vit ses Qucles, il leur demanda comment se portoi 
Guinarde, Girard répondit tout bas , ellp a beaucoup .de nécessité; car W ! 
Vivres nous ont-manqué il y a huit jours, nous sortîmes pbur tâcher d’etl 


de GailUn Rtuaurc. 99 

voir* mais le? sarras^s nous prirent et naus menèrent bien étroitement 
tés : Beuvcsét Savary nous ont sauvés de la prison et , délivrés de là mort. 
Puisque vous voilà ; secourez Guinarde qui vous aime si tendrement» elle 
;st aussi dans) une grande mélancolie au sujet de votre longue absence. Pçn- 
lant qu'ils discouroient ensemble un payen vint à l’amiral, et lui dit : Sire , 
loua sommes échappés des mains de Gallien, lequel amène' si grand nombre 
le gen&, qu’à/peine les sauroit-on nombrer, ils nous âuroient tous lüés sl 
îous n'eussions pris la fuite pour sauver notre vie; sachez que si vous le$ 
tttendez, qu’ils Vous tailleront tous eh pièces» car ee ne sont pas des 
tommes, mais des diables pour le courage : Quand l’amiral entendit ces 
taroles U fut/étrangement Surpris, il ordonna de se tenir sur -ses gardes , 
les principaux coururent à l’étendart, chacun se prépara j eeux qui atta- 
ju oient le château furent si épouvantés qu’ils se laissaient tomber dans les 
fossés. L’amiral et ses gens se rangèrent peur donner bataillé, et dressèrent 
leur éter^dart : Aquiland de Oolande eut ta charge de le garder ^Gallien fit 
rapproche des pàyens sans nul délai, puis il dit a ses gens : Sèignéùrs, j'ai 
pitié de vous» car il faudra combattre de toutes nps forces cès‘maudits 
payens : Je vous "prie tous que chacun fasse son devoir et prenne ben cou* 
rage ; oar le grand Dieu qui est au ciel vous récompensera. À cette parole 
ils s’embrassèrent et prièrent tous Notre jSeigneur de les fortifier; puis ils se 
mirènt en bon ordre, et s’en allèrent avec un grand courage Sutje payens^ 
le noble Gai lien s’employott de. toutes ses forces « Girard et Emeiy n’en fai- 
soient pas moins, et les Françaisdè même; il Ait fait dans cette attaque tel 
carnége de payens, qu’il en mourut bien dix mille, et le reste se retira vers 
Pétendart. Quand l’amiral vit cela 4 il étoit au désespoir, il fit rallier ses gens, 
et les fit venir sur Je? Français, Guérin de Neuf*Marge étoit là qui ren¬ 
contra le roi Corbion; et le mit à mort. Josian du Plessis tua le. roi Qra- 
cion. Les payens tuèrent le duc d’Esture, Richard dé la Morée étoit m 
grand danger ; mais Gallien, lé vint secourir. .QiraOd il *yit le duc d’Esture 
mort,.il dit : Ab ! malheureux payens, si mon épée oe casse en deux f c’est 
fait de vous.D’autre -part Galüeti vit le vicomte de Naples en grand dan* 
ger, dont Guinarde de la Morée s’écria » disant : Ah ! Sire Gallien , noua 
avons maintenant bien besoîh de vous; et si vous ne nous, secourez, jamais 
noria n'échapperons d'ici. Quand Galljen l’entendit ; , il appella Beuves", 
Emery, Girard, Hernaud, Huoit, et leur dit à haute voix s Barons, sui¬ 
vez-moi maintenant et vous tenez serrés , car lès païens sont forts et^ ont 
aussi çrand nombre de troupes ; nous sommes en risqûe si Dieu ne nous 
aide, )e vous prie que nul ne se répargne, et ^espère qne Dieu nous Pro¬ 
tégera. Ils répondirent, nous ferons tous ce que nous pourrons.. GaUien 
piqua sou cheval» et passa an travers du détour de Compnarion et ,iu£ le 
tri Blâchabre» puis il tira son épée Hau|e-Glairé, et viht à un autre à qui 
il en fit autant; Hernaud tua le roi Faiisseron., et Girard vint àu Faleprend, 
tt le jetta à bas de son cheval, et le coupa par pièces et par/ morceau*: 
Eariery tna ls rài Corbon, et Beuves frappoit de si grande puissance qu’il 
sembloit que ce fût un lion, tant il avoit un merveilleux courage, et bref 
plus de dix mille payens moururent. Gallien rfit sonner son cor pour rai U 



100 ' Histoire ' . 

(es gens et chassèrent les payens jusqu’à l’étendart. I] y sn eût tant de w§ i 

S ue la terre étoit couverte de corps morts. Gallien prit courage, et vint rca 
iquillant de Corsande et à un autre roi : Les payens se mirent en fuite 
les Français ceuroient après les payens qui disoient ^es uns au» mtres, nom 1 
sommes bien malheureux, il est bien fâcheux pour nous do nous laisser 
battre ainsi par ces chrétiens ; l'amiral est bien fol de penser avoir les Praa- 
çais : Dans ce moment Gallien donna un tel coup sur l’étendart des payées' 

8 ue leurs dieux Jupiter et Tarvagant tombèrent par terre , dont les payées 1 
irent fort dolens. L’amiral écumoit de rage quana il vit mie son étendait i 
étoit perdu, et qu’il voyott ses gens fuir de toutes parts, il les voulut ras«| 
sembler ; mais il ne put, car ils fuyoient de côté et d’autre. Gallien frappa 
un turc des plus forts qui fût en Turquie; car il étoit grand et robuste, le 
visage si furieux que nul n’osait le regarder, Il lui porta un si furieux coup 
qu’il lui fit voler ta cervelle. Beuves et Savary faisoient un massacre épou- 
ventabie. L’amiral se vouloit faire mourir de dépit quand il vit les 4 Français 
victorieux; incontinent il s'enfuit et n'emmena avec lui que le quart de ses 
gens, et en s'enfuyant, il disoit qu’il feroit pendre ceux/qui avoient laissé 
prendre son étendart. 


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C H A P I T RE L X I X. 

‘ " ' , S 

Comme t amiral s*enfuit au chduau de Ment-Jardin , et comme Gallien le suivit 
apris qu'il tut donné des vivres à la belle Guinardt 9 et à toute la ville de 
Montfustau. 

L ’Amiral voyant la défaite demi gens fut si mélancolique intérieurement 
qu’il se mit enfuitè : Gallien et les autres Français mettoient au tran° 
chant de l’épée plusieurs payens qu’ils trouvèrent sur le bord de la mer, et 
les autres noyés ; il y en eut tant de morts que cela étoit digue de com¬ 
passion : Ceux qui échappèrent avec l’amiral furebt au cbâteau de Mont- 
Jardin. Quand Gallien vit que les payens avoient abandonné leur camp , il 
vint en leur tente oà tl trouva de grandes richesses, lesquels il fit porter 
au château de Montfuseau. Lorsque Gallien approcha dudit château* il fut 
bien fâché quand H vit les murs abattus, et les fossés remplis; le palais 
rompu , lea salles gâtées, les tours démolies, la porte par terre ; les che- 
- aliers, bourgeois, bourgeoises étoienl si affamés qu’ils tomboient de foi- 
btlesse. ■ .■> i- 

. La belle Guiuarde avoit été deux mois sans manger? mais quand alla sut 
que Gallien étoit venu, et qu’il avoit délivré ses deux oncles, et nue les 
payons étoieut chassés, elle eut grande joie , elle fut au-devant- de lui, et 
■ rembrassa tendrement ; quand Gallien la vit si maigre , il lu) dit : Ma chère, 
vous aveu eu disette de vivres, dont il me fâche ; elle lui répondit, sire ,, 
je ou m’en souviens plus du moment que je voué vois, tuais si vous, eussiez 

' , * - Digitized'byVjOOyrc 



'Jt Caillai Rtmurl. Wf 

inlf à vctlfc, fi tends morte de chagrin. Lsra fla montèrent as patate 
pour prendre leur réfection, incontinent le eonper fat prit, puis Gâllien 
s’assit et ta belle Guinarde auprie de lui. Chilien dit, seigneurs et dames » 
laites bonne chère ; car noua arons de* vivres abondamment, noos avons 
été un peu affamés ; mais Dieu nous a aidé en dissipant nos ennemis. 

Gailien fit appeller tous les babitans de la ville pour savoir se qu’ils 
avaient perdus, tant en' bienf*meubles, que maisons brûlées ; et quand cha* 
«un eut dit sa perte il les dédommagea. Ensuite il partagea uses gens d’ar¬ 
mes, tant grands que petits, tout le trésor qu’il avait conquis, ils se disaient 
tas uns aux autres, Dieu Veuille maintsuir Gâllien , ear H nous a donné ton! 
ce qu’il a gagné aux sarrasins : chacun se toucha et reposa cette nuit. La 
lendemain Gallna commanda aux chevaliers qu’il» fassent prêts peur mar¬ 
cher au château de Mont-Jardin ; Mauprin qui étoit r r ésent, dit à Gâllien : 
Seigneur, jè vous prie d'amener promptement vos chevaliers, et j’irai de¬ 
vant faire l’espion, et si je peux j’entrerai au château ; car je sais bien 
parler leur-langue : Si je parviens au dedans, je vous V ferai entrer malgré 
toute leur puissance. Allez, dit Gâllien, je prie Dieu le créateur tout-puis¬ 
sant qu’il vous veuille bien conduire, j’irai après Vous avoa met gens et les 
mènerai devant je château, at s’ils sortent noos combattrons contre eux ; 
mais tâchez de venir i bout de rotte dessein. Mauprin répondit, j'y ferai 
mon possible : II prit congé des Français, puis s’en alla vers les payent 
monté sur un Houssin', et quand il vit le château, il descendit de dessus 
•a msMture en ta prairie, il prit un bâton qu’il trouva, at ta tenoit en sa 
main, puis cbeminoit bas à pas, ,et s’appuyoit sur ledit bâton, feignant 
d'être boiteux. Quand les payens qui étoient au château le virant, ils di¬ 
rent : Voici un sarrasin qui vient avec bien de ta peine, il paraît être 
beaucoup blessé; ear il ne peut presque marcher < ouvres*-lui la porto et ta 
faites boire et manger, car il en a grand besoin. Mauprin alla jusqu'au 
maître Donjqn, contre-faisant Je boiteux , on lui ouvrit la porte, lorsqu’il fut 
devant les payens il se mit i genoux, et les sslua de par Mabom et Tarva- 
gant. Les payens lui demandèrent d'où il étoit, il leur.répondit : Seigneurs, 
cela me fait de ta peine que vous me demandiez qui je suis, ne me con- 
noissez-vous pas bien? Non, dirent les payens, si tu ne nous dis fon nom; 
1 dit, je suis le baron Mauprin, les Français me prirent il y a long-temps 
et m'ont tenu en prison â Montfuseau, le mari de Guinarde a été long-temps 
bon du pays, mais il est revenu d’un grand nombre de gens, et pour la 
grande joie, Guinarde m'a délivré de sa prison, et m’ont donne à boire et 
i manger, et je sais autant leurs affaires qu'homipe du monde. Les payens 
le menèrent au château, quand Mauprin fut entré ou ferma 1a porte et 
passa en la salle ; là, on lui demanda comment les Français avaient or¬ 
donné leur armée pour avoir vaincu l'amrral, et un roi payen si fort qui 
étoit venu au secours. Cet amiral dit à Mauprin, je te promets que les 
français sont rudes en bataille, Ils ont défait beaucoup de nos gens depuis 
jtrois jours , nul ne les peut vaincre au .tranchant de l'épée: Sire, dit Mau¬ 
prin, vous dites; ta vérité; Us ont mis â mort. quantité de vos gens, et si 
ifirout encore dans peu, si votre armée n’est bleu ordonnée pat mm uMuren; 


IQ1 Histoire • / ' 

#ar Gafik» viztit qui aCûèae plus de trente mille combûttaro.Alor* l'amiral 
dit, hélas ! nous ne demeurerons guèref devant eu*. Mauprin lui répondit) 

Ï tardeaneg-moi, ne vous embarrassée point; car étant dans, leur prison, je ! 
eur ai entendu:dire 4a manière comme ils prennent lescbâteaux en France, 
et pareillement là manière, de les défendre; car si j’étpis en ce château d 
sent,hommes avec moi, je défierois à toute l’armée des Français,de lepren-i 
dre, èt n craiqdrois chose qu’ils purent faire, fussent-ils deux fois autant 
Alors l'amiral lui dit, si vous me youjez dire la manière,. je vous donnerai 
de grandes richesses ; car j’ai grand désir de mettre à bas M chrétiens : Sire 
amiral, dit Mauprin ,„je vus en ce, lieu pour vous aider, jamais vous ne 1* 
vaincrez sinon par moi, je sais leur manière de faire* Lamiral pria de re¬ 
chef Mauprin de lui dire le secret; Mauprin dit, quand vous verrez lei 
Français devant le château et â l’entotir, vous attendrez jus qu’a m soir, puis 
vous ferez partir le réi Brisemur, lequel mènera avec .lut dix mille Sommes 
fui Iront coucher dans lé bois ci-apres, et ne diront mot jusqu’au matin > 
puis me donneree un bon cheval et j’irai droit aux Français comme messa¬ 
ger, et leur dirai que vous manquez de vivres, et qu’ils viennent hardi¬ 
ment ence château ,et que vous leur rendiez; jet quand ils viendront au 
château, je serai sut la porte pour mieux tes tromper, en en laissqraientper 
dedansquand ils seront vers le palais je les ferai tons tuer; le roi Brise- 
mur viendra par-derrière et tuera ceux qui seront au-debors* Quand l’a¬ 
miral rehtenditj il dit : Mauprin, cher ami, vous dites bien; je votas prie, 
mettez la chosé à effet. Mauprin lui accorda, mais n’avoit gaTde de ce. 
faire; car U ne desiroit que la mort des payer i sçs ,gèn§ marcnèreot 
tant qu’ils arrivèrent devant Mont- Jardin , . auquel lieu ils posèrent leurs 
pavillons, et y logèrent jusqu’au matin, te roi Bri^mui et düc # mille 
payons, s’en ullèrent au bois pour former l'embuscade * l’amiral prioit sou 
vent Mauprin de faire réussir la chose, et qu’il.auroit bonne récompensa* < 

ipmaanongaanpone »i»«uupfgginra>iCT«K»»K»i« i irgyinmg^ 

C ri A P I T K E L ?C X 

Comme Gdlitn tua Brisemur , et comme il'prit le ehateau de, Mont- 

Jardin. . , 

L E lendemain de grand matin, l’amiral vint à Mauprin, et le pria d’ac 
compltr son dessein afin que les chrétiens fussent tous tués, Mauprin lu 
répondit, s’il vous plaît de me donner congé afin qtie j’aille au - devant d< 
Français pour les tromper ; l’amiral octroya. Mauprin prit ' 1 un cheval <; 
monta dessus, il sortit du château et fut jusqu’à l'armée de Callien : Quaai 
Gallten le tdt, il lui dit; Mauprin, comment.vous va, vous avez une . aurà 
cheval que vous n’aviez hier : il est vrai, dit Mauprin, ,et si. j'ai tant ùi 
que cette nuit', vous entrerez au château de'Mont*Jardin. .Gâlliqa le remet 
cia, lui demandant par quel moyen. Mauprin lui dit, sire, j’ai Fait entend^ 
à l'amiral que je vous ferais entrer au château jtour vous jaire mqurir, < 


Je Gallien Restauré, 1 

i conta aussi comme Brisemur étoit embusqué dansrfe bois; quand Gallieti 
□tendit, il-fut bien jbyëuxi ils sé mirent en armes promptement, pals 
lèreni attaquer tes dis millepaycns qui étoient embusqués dans le bbte» 
auprm É*em retourna au château, dont l'amiral fut très-joyeux; mais 11 
itendit les coups que les Français donnoient iur les pajrens qui étoient 
idit bois, dont H a^oit grand doute, nonobstant il avertit Maupria , et lui 
t que léà Français ven oient an cbâteaii.^ * 

L’amiral dît encore, il me semble que j’entends les épées frapper sur les 
Mûmes; Mâiprin répondit, sire, ce sont les Français que j*ai vus qui 
'oient maintenant entrér dans le ebâtëai); mais nous les ferons tous mou** 
r. Alors on abaissa le pont du château, on ouvrit Jes portes. L’assaut fut 
rude dans le hoir qiie grand nombre dé payons restèrent sur le champ 
e bataille; Mau pria alla vers I amiral et lui dit, sire, ne manquez pas 
n’incontinènt qu’ils Jseront pfcs&és de fermer la porte, puis nous les égor* 
ïtoris tottsi Quand le roi Brisemur qui étott embusqué au bois vit -venir 
rallier), il fut yveC fureur sur les Français; mais Gai Ken mit la lanoe en 
iain et piqua son cheval Veto Brisétûur , et se donnèrent sur les écus do 
! rudes coups qu’ils Tes fendirent* par-dessus les boucles, ils se donnèrent 
assî plusieurs coups de laûçes, dopt ils tombèrent tous deux par terre, ils 
e relevèrent fet Brisemür tira son épée et eû frappa GatUen sur lé heaumo 
i rudement, qu’il en abattit les fleurs et les pierres précieuses , mais l’épée 
e le prit entamér et toute sur l’épaulé et lui coupa l’éperon do derrière % 
>uanû Gallien sentit le fcoüp, la couleur lui changea et dit, payen , tu est 
priser ; car lu f manie'bien une épée, je te prie de me, dire tôq nom; 
eftes , tu ne mé te dois pat céler. Le payen lui dit ; Français, je ne te te 
ierai pas, j’ai nom Brisemur, je suis frère de Truffier, et il n’y a mur si 
nt au monde que jé" ne mette par terre; et moi, dit Gallien , j’ai nom 
rîse tout; c’est bon, c’est bon, dit le payen , à tel pot telle cuiller. Lors 
raliien leva son épée^ et Jc^pa de si grande, force sur Brisemur, qu’il lui 
indit la tête et Jui jirft la cterrole à l’air; les Français eurent bientôt 
aincus les dix mille payées qui étoient embusqués dans le bois; puis après 
s vinrent au château ; Mauprin étoit i la porte, et l’amiral crut qü*if 
U oit vîtement abaisser le pont- lavis et fermer la former la porte, quand ils 
erraient entrer Gallien et trois ou quatre cens barons; mais H n’avoit 
;arde, car il laissa entrer tous les'Français dans le château, Gatlien aVoit 
on épée en sa main et commença à frapper fortement SU* tous ceuit qui se 
encotrtrèrent devant lui* aussi firent Girard , Hernaud et .les autres Franr 
aïs, en telle façon qu’ils tuèrent tous ceux qui né voulurent pas croire en 
ft’*us-Christ. .... ' ' > ■ ; ; 

Quand l’amiral vit le massacre des payéns; il cifoit, Màuprio ferme la 
>orte et lève le pont ; je n’en ferai riendit Mauprin, Dieu m’en préserve 
lu and l’amiral entendit que Mâùppin partait dé Dieu , il connut bien qu’j 
ftoit trahi; il Fp maudit en disant : Mabom te puisse*confondre de metrahï. 
Jnsi. Il se remit en la bataille des plus avant , comme un ftirleux, telkr 
nent qu’il rencontra Gallien devant lui, mate dans le moment ils s’eutrejun 
•eut tellement que Gallien Vint fers Va mirai et lût porta un coup r 



ta? 


Uistoirl 


trancha b tâte t Puis enfonça lés prisons et délivra ha piitmoien; et lui 
monter sur de bons chevauxj' enfinil extermina tons les payons qni g 


millier lut uv vuuv «unramst vmuh p a» «amsuiiaa ivui msm fiaycoi qui n 

voulurent pas croire an vrai Dieu. Il fit abattre le château de Mont-Jardiil 
et fit transporter toutes les bonnes pierres i Mont fuseau pour rétablir 
château et la ville. Gallien et ses gens s'en retournèrent louant Dieu jov 
sentent de la victoire qu’ils avoient eue. Guinarde vint au-devant de Gi 
en grande joie, et les nobles chevaliers entrèrent è Montfnseau fais 
grande réjouissance. 



de vous peur retourner dans notre pays, carvous saves tris-bien quH ; 

■ du temps que nous sommes ici, et que depuis nous n'avhns eu aucev 
nouvelles de notre pays ; c'est pourquoi nous vous disons aujourd'hui non 
dessein j nous emmènerons aussi avec nous: Bcuves, Savary et mon ne* 
Emery. Quand Gallien entendit qu’ils voulofent c'en retourner, il fut di 
une tristesse qu’il n’est pas possible d’exprimer , il se prit i. pleurer, (cb* 
qui lui arrivât tris-peu. ) Girard lui recommanda avant de partir do tooj 
fours bien gouverner son peuple, de leur être doux et affable, de sa- 1 
«joint souffrir auprès de lui de mauvais courtisans; enfin, d’honorer Diei 
et l’Eglise : ce que Gallien lui promit do faire t suivant ces bonnes inOm* 1 
lions. - 1 


mtM Max-MBManaaiBHBHmamashi 


C H API TR E L X X I. 


i, 


Tomme Charlemagne fit vtnir devant lui le traître Ganelon ta sert palau Aj! 
Laon f où il U voulait faire mourir ; mais il demanda champ de bewik 
contre lt due £ Anjou , lequel lui accorda , et comme h traître fa ferrer noj 
cheval à rebours et denfuit* . ; 


"VrOus avons déjà parlé ci-devant do la trahison de Ganelon, lorsque noos 
avons fait mention de la mort des Pairs de France, que ce nialhenfe*Sj 
vendit aux payons: Mais i présent nous allons parler comme le train» 
Geueion fut puni. Charlemagne ayant donc vaincu le roi Manille et BeH 
iigant, et aussi qu'il tut fait enterrer tous les morts et bit prier Dieu mot 
f eurs âmes, il retourna en France et vint à £aon. Quand il fut arrive en; 
fpa palais, il envoya quérir la traître Ganelon pour en faire jugement. i 
ciQuand il fut devent l’empereur, il lui dit : malheureux trait», voa*. 

- - - — *---- - '-- - —--- »---—-—* rîonyf 


à âvra v bnsscmcnt tsabl,’ moi et mes gens, dont vous en serez puni rîgo« J 

Digitizedby .)< JfgUae®çBt. 


de Gallien Restauré L 


voilà mon gand 4e bataille que je jette, Ganelon le leva et le dnedctoiatida 
caution. ■' • — •> i ' t i", y- î ■ v : . V; /. 

Alors les partais ’ de Ganelon lcoauttannèreiit et prèmireqt sur leur vio 
ie leTCausentr le matin» Le champ Art choisi j, et Cnarlemtogoè donna Ga¬ 
nelon i ses parèns, suivant la condition qu’Hs.avoient faite \ ainsi fut arrêté, 
i$ les traîtres lui donnèrent un cheval qui courait corqmeun. cerf # et lui 
int Serrer quatre pieds à rebo^a. » fit qaaqd çe .viut le lendemain il# 
représentèrent au champ , mais quand il fût dedans il piqua son cheval. 




TnnTTTÏU 


yjTjJjBP i • M<i 


Jif.J 1JT1 » r-J 4 T* 


, courez v ap*ès .et ;qu’il me soit* «amené, celui qui ton le : livrera je lui* 
iDunerai grende récompense^ Dapstoé mopient ils coururent de tous -éôvég ;; 
I fut suivi 9 mais ce ftk inutilement ; car ies fers du/cheval venaient contre, 
«or. Quand les Français eurent cornus après. l f espace de sept ou hoR lieues m 
fe revinrent voyant qu'ils ne le• trouvaient point : CbarlemugqS et le' du6. 
l’Anjou eurent bien du chagrin itpiand ils virent qu’ils ce va voient point 
fioavé-iLqdit dun:promit à Cbarleroafcfle qu’l! alloit parcourir \ tput le paya 
jusqu’à ce qu’il l’eut trouvé. Quand Charlemagne l’entendit U en .fitf chient 
joyeux, il lui promit de lui donner'de grandes récompenses. 

Alors on lui donna dit mille hommes pour garder toutes les frontières dit 
pays, et leur dit que s’ils le pouvoient prendre qu’ils les feroit tous riches» 
Aussitôt le duc Thierry d’Anjou prit congé de Charlemagne, et s’en alla avec 
les dix mille hommes, lesquels étoient tous bien armés et montés sur do 
bons chevaux Arragonnois, ils sfen furent traverser et chercher par. toute* 
les terres de Laon. 

GaOelon s’étoit sauvé dans le bois avec son cheval où il ae cacha dans un 
Buisson fort épais : Quand il fut nuit il descendit et lia son cheval à un 

S rbre, puis il monta dessus un,rocher po;ir voir s’il découvriront quelque 
raison pour se loger; quand le traître fut au haut dudit rocher, il vit phi* 
de dix lieues à la ronde les gens d’armes de Charlemagne qui avoient envi- 
tonné tout le pays, dont il fut bien étonné» Lors il descendit croyant qu’il 

r urroit encore échapper, il vint à l’arbre où il avoit lié son cheval; mais 
ne le trouva point, dont il fut bien surpris. L«* cheval s’enfuyoit par lo 
fcois, et sentit les^autres qui hennissoienf dans les champs,et les cherchait; 
les Français venoienf courant vers lé bois, ef apperçurbnt le cheval de GV 
Jetan. Quand le duc 4’Aojou le vit , il le fit prendre et lui fit léver les 
Med*$ il fut trouvé qu’il étoit ferré le devant derrière, dont il fut bien 
Menue, il dit à haute voix ; Seigneurs, sachez que Ganelon est près d’ici, 
on il est mort ou il est pris : voici son cheval. . 

Dans le moment les Français entrèrent dans le bois , ils alloien^ et venoieuf 
k cherchant, mais ils ne pouvoient trouver le chemin par où le cheval a vota 
passé. Ganelon étoit pour lors dans le bois, o \il mouroR de faim et de soif. 
Quand xe vint au trobième jour il sortit bots du* buisson où il étoit pour 
fe désarmer» puis déchira son habit en plus de cent endroits; il prit un 

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106 , Hittoirt . . | 

bâton en sa main ; «t marcha tente la naît jusqu'au peint da jour, il vint j 
trais lieues d’un village, où il croyoit que les chevaliers de Charlemagne n 
fussent pas répandus jus que*-li , et qui» étaient d’un autre côté. 

Et ainsi qull venoit au village pour trouver à manger, il dirait en rai 
même, que s’il pouvoir gagner quelque maison, qu’il soabüieroit d’tine teU 
manière que les Français'’ne le pourraient jamais eoaaottre. Il approch 
dudit endroit an bâton en sa main} amis Dieu permit, avant qu’il eqtri 
en aucune maison, qu'il fut rencontré d’un noble et vaillant chevalier 
nommé Gauthier de 'Dijon, lequel l’apperçut comme il étoit près d’entre 
dedans* ' ■ ' ■ •> 

Le chevalier courut incontinent l’épde à la main;-H reconnus d’abord qw 
cVtoit Oanelon ; il lui dit : tnalbeureaat c’est toi que nous cherchons ara 
tant â’émpréssément, je ne sais à qui tient que je ne te traneba par mot 
ccaua ; mair ie grand Charlemagne nous a commandé da té mener vivra 
devant lui t Quànd ledit cbevüliefr #at -amèté Ganelon, il appella les autre 
chevaliers 3 le duc d’Anjou j Mccurut à toutb bride, étant fort réjoui A 
la prise da oe délavai; il le fit lier et garatter, et dans cet état on b 
mena à Laon an Laoaois , où étoit Charlemagne avec plusieurs princes «t 
stignefcri. •; ï« : • 

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CHAPITRE LXXII. 

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Comme Pinatel , ntviu de Ganelon dtmanda la joûtt pour ton oncle , et comme ■ 
il fin vaincu t et Ganelon pendu et tirl à quatre chevaux. 

Q Uand le traître Ganelon fat pris, le doc d’Anjou le bcos en la ville üa ■ 
Xaon en.Laonois, et le présenta & Charlemagne. Quénd il Je vit, il eut ! 
* D e joie tans pareille» de se voir en état de punir ce malbeurepk traître» d 
fui étoit cause de la perte de la noblesse de Frangé* j 

Il manda ses barens peur en faire le jugement» et quand ils surent -la <j 
prise de Ganelon, ils vinrent tous promptement. Charlemagne leur dit; ha* J 
tons» je vous ai mandés afin de faire le jugement de ce misérable. Les j 
barons dirent, il n’y. a point de supplice qu’il ne mérite, une très - volou- i 

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ÎIOS 1 . Histoire 

tiers Je ferovent ; tt ~fnt jugé â 'être i pendu Htt écarteî&' 
entendit sa sentence, il soupira et dit, sire., on m’a fait une injustice ; car 
Jamais je n’ai pensé -au crime dont v,6us m’àOcuSez, et je^ n'ai jamais en k 
Volonté de trahir les Pairs de France. Vous mentez, dit Charlemagne: vous 
êtes traître prouvé, par vous j’ai perdu tout ce que j’aimois au monde, c’est 

I iourqnoi vous mourrez d’une, mort cruelle : alors Ganelon redoubla se 
armes: • . .. 

Dans ce moment, Pinabel soq neveu arriva, qui dît'â Charlemagne : 
Sire, vous accuse*, mon oncle & tort; car jamais il n'a pensé à la trahison, 
et si quelqu’un veut dire le contraire, je veux le combattre. 

Charlemagne fuÇt surpris de l’àudace de Pinabel « il lui dit, ton oncle est 
jugé;c’est pourquoi lu n'autas p^§ de champ de bataille. Aussitôt trente pa- 
rens de Ganelon commencèrent à \rier à haute voir, disant : Sire, faites- 
nous droit; car cfui demande selon le droit, lé champ de bataille lui doit 
être octroyé c’est pourquoi plaise V votre majesté do lui accorder. Il y a Voit 
là le duc Naimes de Bavière, Ogerie Danois et Richard # lesquels dirent 
qu’il leur falloir accorder, crainte d’en avoir 4® s reproches, et lui dirent , 
sire , on pourrait dire que vous l’auriez fait mèurir par faux jugement. Alors 
le duc d’Anjou demanda la bataille, et le foi Charlemagne n’y accorda 
qu’avec peine, car là trahison dé Ganelon lui'teçoit ati cœur; ensuite les 
champions s’artnèrenr. ; * 

Après qu’ils furent. 4 armés ils entrèrent au cbamp d© bataille et firent \ps 
sermens accoutumés qnpareil cas, après que le roi eut reçu les dit s sermens . 
ils entrèrent au cbàmp la lance à là main,* puis piquèrent leurs chevaux . 
furent à la rencontre l’un de Vautre avec si grande roidèuir, qu’ils pércèrerit 
leurs écus; Pinabel rompit sa lance par éclats, et le due d’Anjou rencontra 
Pinabel de,si grande force!, qu’il-renversa homme et ebeYal par terre : mais 
quoiqu’à bas il tira son épée, et puis il vint au cheval du duc d'Anjou et lui 
trancha la tête, et le duc tomba par terre; mais il se réleva et vint à Pina¬ 
bel, l’épée en main : Pinabel lui donna un si grand copp sur le heaume « 
qu’il lui coupa la coëffe et la boucle, et si l’épée n r ettt glissé à côté, il lui 
eut tranché la tête; quand Je duc sentit le £oup U fpt bien étourdi, il yinè 
Vers Pinabel et déchargea u-n coup sur : le ‘Ijeàutne qui lui trancha les cercles i 
lacoëflé çt un peu de la joue, il tomba à terre; le duc d’Anjou courut eux 
lux et lui coupa la tête, il fît un cri épouvantable quand il lui coupa ;le duq 
lui dit : Dieu veut jeu, il ne.laisse point le xrime impuni. Aussitôt Charle¬ 
magne fit amener le traître Ganelon près de saint Martin, hors la ville de 
Xaon^ et dit à; imité voix devant tous ses patres, qu’on lut amenât quatre 
chefapx pour lè démembrer. Quand Ganelon fut devant toute la baronnfe. 
* il fut dépouillé en chemise, et puis on lui prondirça encore sa sentence d’être 
pendu et d’être tiré à quatre chevaux. Le bourreau vint, et puis le pendit a 
ensuite il Fattela à quatre ehevaux, e’est*à-dire , aux pieds et aux mains , et 
sur chacun cheval i^y «voit un homme pour te chasser; puis quand le traître 
Ganelon fut.bien attaché, le bourreau et sas valets frappèrent les quatre 
chevaux, lesquels, tirèrent si ibrt y qu’U fut démembré et rois eu pièces. Char¬ 
lemagne lui fil encore trancher la tête, et la fît mettre au bout d’une lance a 

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laquelle ftrt posée au plus haut de' Ia tour d« VVnn «Am i- l .v . 

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que tout fut fait, Charlenragne manda le duc d’Anî.u ^r Jni" h^* 1 ' 

&.T l îffï 5 ? »£ 

après le départ de «es oncles G «Vn«de, ?« restèrent i Montfuseatt 


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)pour faire leur voyage : Guinarde ne fut n r .t Cam t e,,8 l r * enrs JP** 0 »» que 
flue Gallien ; ils les remercièrent h.,IhtJ ** °i DS f ha 8 r, ne de leur départ 
gjoient donné ; ils les conduisirent f or t loin *• «° n 8CC0 “ rt qu'il* fane 
fdieux arec de grandes maraues d’esrinJïfj» •% j feDt eafin les dernier» 
Wtre quitté, GÏUien . Guinar ît îlT l f a “ ,t,é de P a « et d’autre. Après 
fuseau, où ils firent de grandes libéralité^ 1 ** barons retournèrent à Mont- 
1 Ensuite Gallien dit à (Ln°lWii 5Ü 
ne 
* 1 
ier 
, ilôt 

nrent arrivés 

t menu Deun 

*W «n«Æ ¥ £^è :»T*” 8«“ d »,ioie et »Sg'nifice'^ 
ouronnée reine 1. f 1 *»* où GùinardX 

'*? H y eut,fête au pala?3ait“iflSPJ? tOU,e i* Doble »e. En- 
oblesse se retira chacun cbePsol, UfelLuf f“«i^“ er l r? r ? s ^ ooi tout « U 
«une santé et dans une grande union ^u G , u,DS ™ e daa * un ° 

trd« fut attaquée d'une violente malJf K \ d » temps, Gùi- 

■.ttSSz&pJLâsS -js* » tüiAîSiSLTÏ 


jnô Bis&ir$Jt iÇsUwt Htuauri. 

«i Olbbrj H a ytpi lait entend. Qiipnd Gallica fat près de b cépuTtui 
4a son pèse , il pleure amèrement, étant ainsi dans (es ' caisaiu regrets, ■ 
# serra si fort an onr m’Ü tonhi an faiblesse; quand ü fut un peu r< 
veau, coitnoiaMai qu'Halfoit mourir , 41 déclare è tant qui étaient aupri 
de lui^ qu'il «tait Gallien fit é’Qlwtr b marquis et de Jacqueline , SU 
idn roi Hugo» «Après qu’il sa fart ainsi déclaré, il fit sa prière a Dieu, à | 
Co de Jeunette 11 tenait ba derniers soupirs « ainsi mourut ce géaércu 
adéfiMMOg mm b mÊ&m eksétieene. * 


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